CHAPITRE VI H
lie peut niilleiiient être icleiitifiê au plasma du sang circulant, fju il est tout à fait inutile de revenir encore une fois sur ce sujet. Lorsqu'on veut se rendre compte du mécanisme de rimmunité dans l’orc'anisme vivant, il faut observer la marclie des phénomènes dans
l’animal vacciné et ne tirer des conclusions des observations tn vitro qu’après une critique sévère. Tous les travaux sur rimmunité pyocyanique que nous venons de résumer, encourent le reproche de n avoir pas suivi cette règle.
Après la découverte du phénomène de rfciffer chez des animaux, vaccinés contre le vihrioii choléi-ique, on s’est mis beaucoup plus qu’auparavant à tenir compte des changements qui se passent au sein de l’organisme qui jouit de l’immunité acquise. C’est M. M asscrniann (1) qui a tenté le premier d’appliquer la découverte de M. l*feiffer au bacille pyocyanique. Avec une race renforcée de ce microbe, M. Wassermann a obtenu, chez le cohaye, une maladie expérimentale mortelle, contre laquelle il a pu vacciner ces animaux par des procédés divers.
Voici comment cet observateur décrit les phénomènes qui se passent dans le péritoine do cobayes immunisés. Ilientot apres 1 injection, les bacilles pyocyaniques deviennent immobiles, puis « les bâtonnets gontlent et fondent comme la cire dans l’eau chaude. La formation de g’ranules, comme dans le choiera, na pu être observée que laiement. Le processus rappelle plutôt celui qui a lieu dans la fièvre typhoïde expérimentale, d’après la description deM. IL Pfoitter. Dans tous les cas, le phénomène de dissolution se passe eu entier dans le liquide de l’exsudât, sans le concours des leucocytes » (p. 28i). On voit qu’il s’agit encore d’une sorte de phénomène de Pfeitfer atténué, sans transformation granuleuse, mais avec une immohilisation des bacilles. Comme M. Wassermann s’est contenté de l’observation du contenu péritonéal qui, ainsi que nous le savons déjà, ne donne qu’une image incomplète de l’immunité acquise, M. Gheorghiewsky (2) s’est mis dans mon laboratoire â étudier cet exemple d une fayon plus complète. Dans ce but, il a vacciné une série de cobayes avec des bacilles pyocyaniques vivants, ce qui est un procède très sur poui obtenir l’immuiiité ac(piise. L’examen du liipiide péritonéal de ces cobayes vaccinés, retiré peu de temps après 1 injection de bacilles, lui a montré une immobilisation et un certain degré d agglutination
(1) Zeitschrift fur Hygiene, 1896. T. XXII, p. 263.
(2) Annales de /'Itisfitut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 308.
de ces microl)es. Ceux-ci ne se transforment pas en granules, mais deviennent un peu plus trapus et épaissis. Ces modifications s’ol)servent pendant la péiâode de la pliagolyse, lorsqu’on ne trouve dans le liquide du péritoine que quelcpies rares leucocytes. Environ deux heures apres 1 injection des l)acilles, les leucocytes commencent à réapparaître dans 1 exsudât péritonéal. Ce sont surtout les micropliag’os qui ne lardent pas saisir les microbes, dont une partie se transforment en granules. Peu d’heures après, l’exsudab contenant une masse de leucocytes, ne renferme plus du tout de l)acilles libres. Tous sont déjà inclus dans les microphages. Et cependant si l’on retire une goutte d’un pareil exsudât et qu’on la maintienne pendant quehpie temps a .17*^, on constate que les bacilles pyocyaniques se multiplient à l’intérieur des phagocytes, morts en dehors de l’organisme. On obtient ainsi des colonies de liacilles, ce qui prouv'e bien que ceux-ci ont été englobés vivants par les leucocytes. Celte expélience est donc tout à fait pareille a celle que nous avons décrite à propos du vibrion de Gamaleïa.
Même à un moment plus éloigné, 2i ou 30 heures après rinjection des bacilles, c’est-à-dire à une période où l’examen des préparations de 1 exsudât péritonéal ne révélait plus du tout la présence de microbes, rensemencement d’une goutte de cet exsudât sur des milieux mitrilifs donnait encore des cultures isolées du bacille pyocyaniipie, capable de produire les pigments caractéristiques. Encore jilus tard, lorsque l’exsudât péritonéal demeurait stérile, l’autopsie des animaux permettait de reconnaître sous le revêtement péritonéal des petits points blancs^ constitués par des leucocytes. L’ensemencement de ces amas donnait pres(|ue toujours des colonies du bacille pyocyanique, fournissant du pigment bleu. On voit, d’après cet exposé, que,, môme dans le péritoine des animaux vaccinés, les choses ne se passent pas du tout de façon uniforme, comme il semblait résulter du travail de M. Massermann. tl y a bien un certain effet bactéricide dans le liquide péritonéal, mais tout à fait jiassager et limité à la périocle de la pliagolyse. La pbqiart des liacillcs résistent à cette attaque humocalo et continuent leur lutte avec les phagocytes qui finissent par prendre le dessus. Dans le tissu sous-cutané, ce rùlo de la réaction phago- C) taire est encore plus général. M. ^îheorghie^^■sky l’a étudié non seulement chez des cobayes vaccinés, mais encore chez une chèvre qui avait reçu à plusieurs reprises une grande (juantité de bacilles pyocyaniques. Il a vu que bientôt après rinjection de ces microbes sous
CIIAl'lTRK VIII
la penii, le liquide qui s’accumule à cet endroit les immobilise et les agglutine en partie. Ce liquide est clair et ne renferme que peu de leucocytes et une quantité de bacilles ayant conservé leur forme normale. Quelque temps après, les leucocytes commencent à affluer au point d’inoculation et à englober les microbes. Au bout de 10 à 15 lieureSj toutes les bactéries sont saisies par les micropbages et on n’en trouve plus de lilires. Une goutte pendante de cet exsudât, transportée à l’étuve, se peuple de bacilles, ayant pour origine les microbes englobés par les leucocytes.
L’exsudât devient de plus en plus al)ondant au point d inoculation et aboutit à un abcès, dont le contenu donne des cultures pyocyaniques pendant quinze jours. Les l)acilles finissent cependant par disparaître définitivement et ceci grâce à faction destructive des phagocytes et non du liquide de fexsudat.
Ce rôle fondamental de la phagocytose dans l’immunité acquise vis-à-vis du bacille pyocyanique a pu être confirmé par M. Glieorgliiewsky à l’aide d’expériences sur des cobayes vaccinés et soumis à l’influence de fopium. Comme dans les expériences analogues de M. Cantaeuzène sur le viln-ion cholérique, la narcose par l’opium retarde la diapédèse, ce qui, pendant quelque temps, augmente les chances des bacilles. Il se produit bien une diapédèse et une phagocytose tardives qui amènent fenglobement des microbes, mais l’animal perd quand même son immunité acquise et finit par succomber, malgré la dose de bacilles pyocyaniques, insuffisante pour tuer un cobaye témoin, vacciné au même degré, mais non soumis à finfluence do l’opium.
L’exemple que nous venons d’analyser se rapporte donc à un microbe qui résiste mieux que les vibrions, les spirilles d’Obermeyer et même que le coccobacille typhique à faction de la microcytase échappée des cellules pendant la phagolyse.Le bacille pyocyanique subit, dans les humeurs de l’organisme vacciné, finfluence du fixateur spécifique et peut s’immobiliser et être agglutiné. Mais cette action est insuffisante pour assurer l’immunité et si la phagocytose n’arrive pas à temps pour dévorer les bacilles, l’animal vacciné succombe. La réaction des phagocytes est donc indispensable pour que fimmunité acquise soit efficace. Sous ce rapport l’analogie est très grande entre la résistance de l’organisme vacciné contre tous les microbes (^ ibrions. Spirochète, Coccobacille typhique, Bacille pyocyanique) que nous avons étudiés jusqu’à présent dans ce chapitre. Ces bactéries ont
APEUÇÜ DES FAITS SUR LTMMüMTÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES 249
encore ce caractère commun qu’elles sont toutes douées d’une mobilité considérable. En poursuivant l’examen des faits principaux sur rimmunité acquise contre les microbes, nousdevons choisirencore quelques exemples dans le groupe des bacilles immobiles, parmi lesquels nous donnons la première place au microbe du rouget des porcs. Ce petit bacille a servi a plusieurs recherches importantes sur l immunité acquise, dont l’une a produit à un certain moment une véritable sensation dans le monde des bactériologistes. A l’époque où l’étude détaillée de l’immunité ac(piise était encore à peine ébauchée, M. Emmerich (1), dans un travail fait en collaboration de M. di Mattéi, a annoncé une découverte inattendue. Il s’est cru autorisé à afhriner que l'immunité acquise des lapins contre le bacille du rouget des porcs est due a la formation dans les humeurs d'une substance antisepti(jue qui détruit ce microbe en un temps extrêmement court. Cette substance, sécrétée par les cellules de l’organisme vacciné, agirait comme une solution de biclilorure de mercure et tuerait une masse de baeilles, introduits sous la peau, en un espace de 15 à 25 minutes. Cette découverte n’a pas été confirmée. Dans une série d’expériences que j avais faites (2) pour élucider cette question, dans des conditions aussi favorables que possible pour la manifestation de la sécrétion Ijactéricidc supposée, celle-ci ne s’est jamais produite. Non seulement les bacilles du rouget de porcs virulents, injectés sons la peau de lapins bien vaccinés,, mais meme les Ijacilles atténués des vaccins pastoriens, se maintenaient vivants dans l’exsudât sous cutané pendant des heures et des jours. Plus longue a encore été la survie de ces hacilles, introduits dans la chambre antérieure de l’œil. Dans cet endroit, ainsi que sous la peau, la pénétration des bacilles provoquait une exsudation, riche en leucocytes, parmi lesquels prédominaient les microphages. Ces pha gocytes commençaient aussitùt à s emparer de microhes et ceux-ci se détruisaient non pas dans le liquide de l’exsudât, mais bien dans l’intérieur des leucocytes. Longtemps après l’englol)ement définitif des bacilles, 24 heures et plus après l’inoculation, rensemenccment de l’exsudât donnait encore souvent des eultures dans des milieux appropriés.
M. Emmerich 13) a tùché de répondre à ces objections, se basant sur des expériences nouvelles. Mais celles-ci lui démontrèrent (pie le
(1) Fortschritte der Medicin., 1888, p. 729.
(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1889. T. Ht, p.289.
(3) A^'cbiv fur Hijçjiene, 1891. T. XII. p. 27o.