CHAPITRE IX
bacilles du rouget des porcs par leur « erysipelase-iumiunprotéidiiie » soluble, chez des animaux vaccinés, ce qui n’a jamais été démontré par eux et qui se trouve en pleine contradiction avec des observations consciencieuses et l)ien faites. D’un autre C(Mé, ils citent des faits qui se contredisent. La « pyocyanase-immunprotéidine )) est une substance d’un pouvoir bactéricide extraordinaire non seulement vis-à-vis du bacille pyocyanique, mais aussi de plusieurs autres microbes, comme les bacilles charbonneux, diphtériques, typhiques et pesteux. Cette substance dissout rapidement ces bactéries, et guérit la diphtérie et le charbon expérimentaux. Mais en même temps, elle est tellement sujette à l’invasion par les bactéries les plus banales, comme \q Bacillus sublilis, qu’il faut la protéger en lui ajoutant des antiseptiques. A toutes ces contradictions, inexactitudes et incertitudes, il faut ajouter encore le conseil, donné par MM. Emmerich et Lôw aux bactériologistes, de ne pas essayer de reproduire leurs expériences, car elles peuvent facilement ne pas réussir. Dans cet état de choses, je crois que, malgré toute la séduction que présente la tentative d’attribuer un rôle aux produits bactériens dans l’élaboration des substances antimicrobiennes, il faut renoncer à suivre plus loin les auteurs que je viens de citer. Il vaut mieux avouer son ignorance au sujet de la question de la composition chimique de ces substances en général et des fixateurs en particulier.
Comme les fixateurs résistent à des températures beaucoup plus élevées que celles qui détruisent les cytases, et se rapprochent sous ce rapport des substances agglutinatives si fréquentes dans les humeurs des animaux vaccinés, on a pendant longtemps manifesté une tendance à les identifier. Il est incontestable qu’entre les fixateurs et les substances agglutinatives, les analogies sont assez nombi*euses. Toutes deux, elles se produisent en quantité pendant l’acte de riininunisation et se trouvent non seulement dans le sérum sanguin, mais aussi dans les humeurs de l’organisme vivant, notamment dans les liquides des exsudais et des transsudais. Toutes les deux, elles dialysent à travers le parchemin moins difficilement que les cytases. M. Buchner (1) a établi que ses alexines (substances bactéricides du sérum normal) dialysent seulement dans le cas où le liquide inférieur est constitué par de l’eau pure ; la dialyse est au contraire nulle quand on remplace l’eau distillée par la solution physiologique du chlorure
(1) Mfuichener medirin. IfocAense/o’., 189“2, pp. 119, 982.
(le sodium. Les fixateurs et les agglutinines, comme il a été établi par M. Geng'ou (l) pour ces dernières, passent à peu près totalement à travers le dialyseur (juand il s’agit d’eau pure et passent encore à moitié quand le liquide inférieur se rapproche autant que possible du sérum normal.
bh l)ien, malgré ces analogies, la propriété agglutinative doit être nettement distinguée du pouvoir fixateur des sérums. Dans ce liquide, provenant des animaux normaux, la propriété agglutinative est souvent très mar(|iiée lorscpie le pouvoir de fixer les cytases fait totalement ou presque complètement défaut. MM. Dordet et Gengou (1) ont constaté aussi (pie les sérums des |)ersonnes, convalescentes de la fièvre typhoïde, (jni ne se sont montrés que faiblement agglutinants, ont manifesté un tort pouvoir de fixer les cytases. Des faits que nous mentionnerons plus tard, confirment la différence réelle enfre les projiriétés fixatrice et agglutinative.
L^agglutination des microbes a été découverte à ^occasion des recherches sur les propriétés ac(piises du sérum sanguin des animaux vaccinés. MM. Charrin et Roger (2), cherchant à se rendre compte de la dittérence entre le sérum des animaux normaux et celui des animaux, vaccinés contre le bacille pyocyanique, ont remarqué que ce microbe se développait de la façon normale dans le premier et donnait au contraire des cultures particulières dans le second. Au lieu de pousser sous forme de bâtonnets, il s’allonge en filaments segmentés qui s’enchevêtrent entre eux et tombent au fond des tubes, laissant surnager le sérum limpide. J’ai pu non seulement confirmer l exactitude de ce fait pour le bacille i)yocyanique, mais l’étendre aussi aux vibrions de Gamaleïa et au pneumocoque (3). Dans tous ces
exemples, il s’agissait de la modification des microbes, développés dans' des sérums spécifiques, provenant des animaux vaccinés. Plus tard, M. Dordet (4), à l’occasion de ses recherches sur la bactériolysc des vibrions in l'ilro, a observé que ces microbes, introduits dans le sérum sanguin d’animaux vaccinés, perdent leurs monvements*et au bout de peu de temps se réunissent en amas plus ou moins volumineux. Ce fait fut confirmé par MM. Gruber et Durham f5) (jui l’appli-
(1) Annales de l'Insiitat Pasteur, 1901. T. XV, p. ^89. (^) C. r. de la Soc. de Biologie, 1889, [). 667.
(9) Annales de l'/nstitul Pasteur, 1891. T. V, p. 478.
(D Ibid., 1896. T. IX, p. 462.
(6) .d ùnchener nied. Wochenschr- , 1896, |). 285.
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qiièrent pour la première fois au diagnostic des especes bactériennes. Ils constatèrent que le pouvoir agglutinant des animaux vaccinés, quoique n’étant [>as rigoureusement spécitique, peut néanmoins être utilisé pour la distinction de certaines bactéries, notamment du vibrion cholérique et du coccobacillc typhique. Mais, indépendamment de ce résultat, M. (’iruber (1) essaya de formuler une théorie de rimmunité acquise, l:»asée sur la propriété aggiutinative du sérum. Il accepta, dans le phénomène tle la destruction des microbes, l’idée de M. lîordet du concours de deux substances, dont Tune, la substance bactéricide proprement dite, n’est autre que l’alexiiie de Buchner, tandis que la seconde substance est justement celle qui agglutine les microbes. L’agglutination, d'après M. Gruber, consisterait dans le gonllement de la membrane bactérienne qui deviendrait visqueuse et amènerait ainsi l’accolement des microbes et la formation des amas.
Transformées dans cet état et devenues immobiles, les bactéries subiraient plus facilement l’action destructive de 1 alexine. Les phagocytes n’interviendraient dans ces cas d’immunité acquise que d’une façon purement secondaire, en englobant des microljes déjà fortement endommagés par l’agglutinine et Talexiue réunies. Le rôle princi])al dans cette immunité incomberait à la substance agglutinative qui serait un produit microbien, modifié par les macrophages et sécrété dans le sang.
La découverte de l’agglutination des microbes a acquis une grande importance surtout à la suite de son application au diagnostic de la fièvre typhoïde. M. Widal (2) a pu établir que les coccobacilles typhiques s’agglutinent facilement sous l’intluence du sérum sanguin et d’autres humeurs (lait, transsudats, larmes, etc.), provenant des malades, atteints de fièvre typhoïde. Comme ce fait devait être utilisé pour la reconnaissance précoce de cette maladie, on s est mis a 1 étudier avec beaucoup de soin et on a réuni à ce propos une quantité de données intéressantes. Le résultat général de ces recherches est conforme aux conclusions de M. AVidal et le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde a acquis une place importante parmi les méthodes pour reconnaître cette maladie, beulement ce côté de la question ne nous intéresse pas au point de vue du problème de rimmunité qui nous préoccupe. C’est pour cette raison que nous ne pouvons entrer ici dans l’étude du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde et de quel-
(1) Wiener klin. Wochenschr., \)\'>. 183,204.
(2) Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 1896, 26 juin.
ques autres maladies (choléra, tuberculose, piieumonie). Nous devons même nous abstenir de 1 analyse des bypolbèses émises sur le mécanisme de 1 agglutination. Celte question a élé beaucoup discutée entre les partisans des théories cbimi(jues, d aj)rès lesquelles ragglutinine agirait directement sur la subslance agglutinable des mici'obcs, et les défenseurs de la théorie physique, exposée par M. liordet (1), qui attribue 1 agglutination a des modifications dans les attractions moléculaires qui unissent les éléments agglutinables soit entre eux, soit a\ ec le litpiide ambiant. On a pensé pendant quelque temps que l’observatioii de M. Koger (2), (pii a vu les membranes cellulaires de \ Oï(lnü)i (tlhiC(uis , culti^é dans le sérum spécifiijue des animaux immunisés, augmenter de volume et gonfler considérablement, tranchait la question en faveur de la théorie de M. Gruber. Mais l’objection, formulée par MM. Kraus et Seng (3) d’un C(Mé et par M. llordet de 1 autie, a porté un coup tia'S g’rave a cette inani('*re de voir. Comme le séiuin de i\l. Iloger n était pas débarrassé de ses cytases (alexine), la \iscosité de la membrane du champignon ne devait aucunement être attribuée à l’agglutinine. Lorscpie M. llordet (i) montra que les globules rouges subissent, sous rintluence des sérums, une aeslutination aussi forte que celles des microbes, ou a pu étudier ce phénomène sur les hématies très volumineuses des oiseaux. Eh bien, dans ces cas, il 11 a jamais été possilile de constater aucune viscosité du stroma globulaire. Dans un mélange de glolniles rouges d’oiseau et de mammifère, soumis a 1 action d un sérum qui n’ag’glutine que les premiers, les hématies de mammitère ne s accolaient jamais à celles d’oiseau, ce qui devrait arriver si la membrane des hématies agglutinées était réellement devenue visqueuse. Les faits, réunis jusqu’à présent, plaident donc en faveur de la théorie physiijue de M. Bordet qui trace une analogie entre les phénomènes d’agglutination et de coagulation.
Le point qui nous intéresse d’une façon particulière dans la question de ragghitination est le rapport do ce phénomène avec riiîimiinité. Nous avons déjà mentionné, dans le septième chapitre, les arguments qui ne permettent pas d’attribuer à la propriété aggliitinative des humeurs un rôle tant soit peu important dans rimmunité natu-
(1) Annales de V Institut Pasteur, 18II9. T. XIII, p. 225. C2) Revue (jénérale des Sciences, 1896. ï. Vil, p. 770, (5) Wiener klinische Wochenschr., 1899, p. 1.
(4) A7inaLes de l'Institut Pasteur, 1898. T. Xll, p. 688.
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relie contre les microbes. 11 nous reste à étudier rimportancc de cette propriété dans rininiunité acquise, où ragglutination des microl)es par les humeurs est beaucoup plus fréquente et plus intense que dans rimmunité naturelle.
La première question que nous devons poser est la suivante : la propriété ag’glutinative est-elle réellement constante dans les humeurs des animaux vaccinés? Il est hors de doute que le sérum sanguin des animaux, ayant acquis l’immunité, est le plus souvent agglutinatif vis-à-vis du microbe correspondant. Cette agg’lutination peut être plus ou moins prononcée, mais elle existe dans la grande majorité des cas. Et cependant il y a des exemples où, malgré l’état réfractaire acquis à la suite de rimmunisation, le sérum ne manifeste aucun pouvoir agglutinatif. Après avoir constaté que plusieurs bactéries (b. pyocyanique, pneumocoque, Vihrio Metchnikovi) se développent dans le sérum des animaux vaccinés sous forme de tilaments allongés et plus ou moins enchevêtrés, j’étais tout prêt à reconnaître une importance générale à ce fait. Mais l’étude d’un coccobacille qui produit la pneumoentérite des porcs et qui a été isolé par M. Cliantemesse dans une épizootie à Gentilly, m’a assuré du contraire. Comme ce microbe se distingue par une grande mobilité, j’ai pensé (1 ) qu’il était identique à celui du « hog-choléra » des auteurs américains. M. Th. Smith (2), auquel j’en ai envoyé un échantillon et qui a une grande compétence dans cette question, l’a rapporté à l’espèce qui produit la « swineplaguew. On sait que la question de ces deux microbes n’est pas résolue définitivement, de sorte qu'il est impossible de se prononcer d’une façon absolue. Heureusement, au point de vue de l’immunité, qui nous intéresse particulièrement, elle n’a pas une grande importance. Le fait sur lequel je dois insister, c’est que le sérum de lapins, vaccinés contre le microbe de Gentilly, ensemencé avec ce coccobacille, donne des cultures très abondantes et uniformément troubles. Dans les recherches que j’avais entreprises aune période où Ion ne connais sait pas encore ragglutination rapide des microbes, ajoutés d emblée à du sérum spécifique, je constatais seulement que les coccobacilles qui poussaient dans le sérum sanguin des lapins vaccinés, présentaient leur forme normale et provoquaient un trouble général du liquide. Depuis lors, ou a souvent observé que le mode de développement dans un sérum donne des indications encore plus délicates que 1 aggiuti-
(1) Annales de Vlnstiini Idistenr, 1892. T. VI, p. 289.
(2) Gentralblati f. Bakteriologie, 1894. T. XVI, p. 23o.
MKGANISMI'. I)h I.’IMMU.NITK ACQUISK GÜNTRK LGS MIGRÜBi;S
nation piopromcnt clile, [)rovo(piéc pat* le sérum, auquel on a ajouté un microbe, cultivé sur son milieu habituel. Ainsi, M. Pfauncller (1 j a Ml que le bacille coli et le Proteus; vulgaris^ qui n’étaient pas agglutinés par certains sérums, s^y développaient d’une façon inusitée et donnaient des filaments très longs et eiicbevetrés. Lorsqu’un sérum est incapable de révéler ses propriétés par la réaction agglutinativc proprement dite, on 1 ensemence avec le microbe correspondant et on compare son développement avec celui dans un sérum normal. Souvent on constate une différence très marquée, lorsque le même microbe pousse en filaments dans le sérum spécifique et ne donne que des bcUonnets dans le sérum normal. Quelquefois on désigne même le
premier mode de développement sous le nom de « réaction de Pfaundler ».
Lh bien, dans le sérum des lapins, vaccinés contre le coccobacillc de Gentilly, il ne se forme pas de filaments, correspondant à la réaction agglutinative, mais il se produit des bacilles. Malgré cola, les fournisseurs de ce sérum résistent bien à finfectioii. lMusréccmment,M. Karliiisky i'2) a étudié les propriétés des sérums d’animaux, traités avec, les coccobacilles du liog-cholcra et de la swine-plague. Il a pu constater que le sérum sanguin de bœuf, avant reçu des cultures de hog-choléra à plusieurs reprises, était incapable, non seulement de tuer les coccobacilles des deux maladies porcines, mais même « ne produisait aucune agglutination » des deux microbes et ne pouvait point immobiliser ceux du hog-choléra. J)'un autre côté, on a obtenu des sérums d’autres espèces animales (cliien, porc,) ipii déterminaient 1 agglutination typique du coccobacille du liog-clioléra (3).
Dans le précédent chapitre, nous avons déjà cité l’expérience de M. Gengou sur le sérum d’un chien qui avait été traité avec une culture de charbon virulent. Ce sérum n’agglutinait pas la liactéridie, même celle du premier vaccin pastorien. Et cependant un second cliien, traité avec une culture de ce bacille atténué, a fourni un sérum aggjutiiiatif. L’immunisation du premier cliien était poussée beaucoup plus loin que celle du second, tandis que les propriétés agglutiiiatives des sérums étaient en ordre inverse. M. Sawtcbenko, dans smi étude sur 1 immunité contre le charbon, a établi que l’exsudât sous-cutané des
(i) Centralblatl f. Bakteriolof/ie, t89(). T. XIX, p. I!)|. fi) Zeitschrift far Hi/r/ieyie, 1898. T. XXVIII, p. .lOf).
PI Bureau «/ Animal Industry, 1898, p. 348.
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rats vaccinés n’agglutinait pas la Ijactéridic (jui géncralement manifeste une si grande tendance à se réunir en amas.
L’agglutination a été étudiée avec un soin tout a fait particulier dans la fièvre typhoïde. On sait qu'après une atteinte de cette maladie, il résulte un état réfractaire acquis qui dure pendant un temps très long. Eh bien, le plus souvent, le pouvoir agglutinatif du sang diminue très notablement et disparaît déjà quehjues semaines apres le début de la convalescence. Ce n’est que dans des cas plus rares qu’il persiste pendant des années (1). Au contraire, dans la période d’apyrexie qui précède la rechute de la fièvre typhoïde et pendant cette rechute meme, le pouvoir agglutinatit peut se manifester d une façon très notable. Dans une observation, rapportée par MM. AVidal et Sicard (2), le pouvoir agglutinatiC chez un malade, s est élevé, l’avant- veille de la rechute, à un taux (1 : loO) qu il n avait jamais atteint lors de la première attaque. « L'apparition de la rechute, deux jours après cette constatation » ~ ajoutent ces auteurs — « montre une fois de plus que la réaction agglutinante n est pas un phénomène d immunisation )). Des cas analogues ont été signalés a diverses reprises par plusieurs oljservateurs.
Les exemples que nous avons cités, montrent que d un coté le sérum des individus, doués d’immunité acquise, peut être dépourvu de propriété agglutinative, tandis que de l’autre côté ce pouvoir peut être très développé dans le sérum d’individus sensibles. Le résultat qui découle de ces données peut être corroboré par plusieurs autres séries de faits. Ainsi M. Salimbeni (3) a démontré que le vibrion cholérique n’est pas agglutiné dans les humeurs des animaux immunisés. L’exsudât sous-cutané d’un cheval, traité avec une grande quantité de ces microbes, n’agglutine le vibrion de Koch qu’en dehors de l’organisme. Lorsqu’on retire cet exsudât peu de temps après l’injection des vibrions, ceux-ci troublent uniformément le liquide. Mais il suffit d’un court séjour à l’air pour que les vibrions s’agglutinent dans le même exsudât. Guidé par cette observation, M. Salimbeni a exécuté des expériences comparatives sur faction, en dehors de l’organisme, du sérum des animaux vaccinés, dans des tubes privés d’oxygène et dans d’autres exposés à l’air. Dans les premiers, fagglutina-
(1) AVidal et Sicard, Bullet. et Mém. de la Soc. des médecins d’hôpitaux, f896, j). 684.
(2) Annales de Cliistitut Pasteur, 4897. T. XI, p. 411.
(3) Ibid., p. 277.
Ml'/JANIS.MK DI'] L’IMMÜiNITK ACQUISK CONTHE LKS MICROBES 273
tioii ne SC faisait pas on n élait (pie très incoin])lt‘to, tandis (jiic, clans les seconds, elle ne tardait [)as a se [)rodiiire. Ce fait s’accorde parfaitement avec l’observation du phénomène de Pfeitfer dans le j)éritoinc de coba J CS, dont on retire le licpiide renfermant des granules issus des \ibrions parfaitement isolés. l‘our les autres microbes, on a trouvé une ditlérence sous ce rapport. Ainsi M. (ilieorgliiewskv a vu rag-glutination du bacille pyocyanique se produire sous rintlueiice du sérum des animauv vaccinés, même dans des tubes privés d’oxygè^ie. M. Durham a observé le meme fait avec le coccobacille typhique. Mais lorsipie M. Trumpp (l) a voulu s’assurer de la production de raggdutiualiou du mémo microbe dans rorganisme de cobayes bien vaccinés, il n est arrivé qu’à des résultats incomplets. Il conclut de ses expériences « cpic la formation des amas typhiques peut précéder ia dissolution des bactéries aussi dans le corps animal même, mais seulement dans des conditions déterminées, lorsque le degré d’immunité de l’animal est suftisamment élevé et lorsque les microbes introduits ne sont pas trop nombreux « (p. DIO). Dans l’exemple du coccobacillc typhique, l’agglutination se produit jusqu’à un certain point dans le sein de l’organisme, mais elle se renforce notahlement dans les humeurs, retirées et soumises à l’action de l'air.
11 a été bien établi à maintes reprises que l’agglulination des microbes par des sérums spécifiques ne les empêche point de vivre ni de se reproduire. Ces microbes agglutinés ne perdent non plus rien do leur virulence, àl. Issaêll p2) a fait, à ce sujet, dans mon laboratoire, un travail sur le pneumocoque. 11 a vacciné des lapins contre ce microbe et s’est assuré que celui-ci pousse bien dans leur sérum sanguin , seulemenb Ü6u de présenter la forme typique de diplocoques lancéolés, le pneumocoque donner dans ces conditions, des chatnettes très longues, de vrais streptocoques. Après avoir filtré ces cultures pour les débarrasser du sérum, il les injectait à des lapins et des souris et constatait que les pneumocoques avaient complètement conservé leur virulence initiale. M. Sanarelli(3) a exécuté des expériences analogues avec le vibrion de Gamaleïa, qui, comme on sait, donne aussi des chaînettes dans le sérum des animaux vaccinés. Filtrés sur un filtre de papier et lavés avec de l’eau phy.siologique, les vilirions se sont montrés tout aussi virulents que les microbes témoins, culti-
(1) Arc/nv fitr Ihjgime, 1898. T. XXXIII. p. m.
(2) Aiuiales de VlnstiUU Pasfeitr, 1893. T. VII, p. 2ü0.
(3) Ibid., p. 225.
cHAm'UK ix:
vés dans du sérum d’auiinau.v sensibles. Plus récemment, M. Mesnil (Ij a fait la môme constatation pour le bacille du rouget des porcs. 11 a opéré à la fois sur des cultures agglutinées après leur formation et sur d’autres, agglutinées à l’état naissant. Le liquide de culture était décanté, remplacé par du bouillon neuf jusqu à 1 élimination complète du sérum. Les souris, inoculées avec les amas lavés, succombaient dans le temps normal, fournissant ainsi la preuve que « l’agglutination n’altère en rien la vitalité et la virulence du microbe du rouget des porcs (p. 492).
On conçoit facilement qu’après la constatation de tous ces fails, il est devenu impossible de soutenir la théorie de M. Max Gruber, d'après laquelle le pouvoir agglutinatif constituerait la base fondamentale de rimmunité acquise. Aussi, après avoir publié plusieurs notes préliminaires en 1896, ce savant ne s est pas encore décidé a donner à son hypothèse un développement plus étendu. Personne d’ailleurs n’a ]amais non plus essayé de la soutenir.
11 est probable que, dans quelques cas particuliers, l’immobilisation des bactéries très mobiles et leur agglutination en amas, peut faciliter la réaction de l’organisme et notamment la rapidité de la phagocytose. Ainsi M. Besredka (2) a observé la survie de ses cobayes, inoculés avec des coccol)acilles typhiques, mélang'és préalablement a du séium sanguin d’animaux neufs. Le plus actif parmi ces sérums a été celui de bœuf, chautté à 60°. Les cobayes fournissaient un sérum qui agissait beaucoup moins bien. La résistance de cobayes, inoculés dans le péritoine, était en raison directe de l’état agglutiné des microbes. M. Besredka insiste sur la facilité avec laquelle les coccobacilles agglomérés en gros amas étaient englobés par les phagoej tes et signale aussi un certain pouvoir stimulant des sérums vis-a-vis des leucocy tes. Lorsqu’il injectait à des cobayes un mélange de microbes typhiques et de sérum de cobaye, fait extemporanément, ses animaux mouraient d’infection. Mais lorsqu’il laissait pendant quelque temps les microlies en contact avec le sérum de cobaye en dehois de 1 oiga nisme, et qu’il n’injectait le mélange qu’après que l’agglutination était accomplie, les animaux inoculés survivaient généralement. Cette expérience démonlre le rôle de l’agglutination dans la résistance et prouve en même temps que, dans l’organisme de cobaye,! aggloméra-
(1) Annales de l'hisfitnt Pasieur, 1898.1. Xll, p. 481. p2) Ibid., 1901. T. XV, p. 209.
MLGANIS.Mh DK L’IM.MÜMTK ACQUISK CO.NTRK LKS MIGROBK-? 277
tioii des microbes eu amas ne se fait pas au meme deg’ré que dans le sérum préparé et abaudoiiiié au contact de l’air.
Dans tous les cas, les données réunies par M. Desredka ne peuvent nullement servir d’argument en faveur du rôle essentiel de l’agglntination dans l’immunité accpiise, ni diminuer rimportance des faits signalés sur l’absence du pouvoir agglutinatif dans des exemples d’immunité acquise, ainsi que sur la virulence des microbes ae-glutinés
Le rble de ragglntination, dans cette immunité, n’est qu’accidentel et très subordonné.
On a entrepris des recherches spéciales dans le but de préciser 1 origine des agglutinines dans rorganisme, ayant acquis l’immunité. Ions les auteurs sont unanimes à reconnaître que c’est le sang qui, de toutes les parties de l’organisme, est le pins riche en agglutinines.’ On trouve cette substance dans le sérum sanguin au meme titre que dans le plasma. De ce résultat, corroboré par la projiriété agglutinativc d autres humeurs, telles ({ue le liquide du péricarde, les œdèmes très pauvres en éléments figurés, etc., il résulte que l’agglutinine circule dans le sang et la lymphe de l’organisme vivant. Plusieurs observateurs, parmi lesquels je citerai MM. Achard et Hensaude (1), Arloing(2j, M idal et Sicard 3), s’étaient demandés si, avant de passer dans le sang, l’agglutinine ne se formait pas dans l’exsudât, déveoppé au j)oint d inoculation des microbes. Leurs conclusions étaient unanimement négatives, car jamais ils n’avaient pu trouver plus d’agglutinines dans ces cxsudats que dans le sang. MM. Dieiffer et Marx (-4) avaient observé quehpiefois que leurs animaux, inoculés avec du vibrion cholérique, mamfestaient un [louvoir agglutinatif précoce de la rate ; seulement ce résultat ne s’est pas montré avec une constance suffisante pour (pi’ils aient pn en tirer une conclusion définitive. Lhi peu plus tard, M. vau Linden (o) a étudié en délail la répartition de la propriété agghitiiiative dans l’organisme, inoculé avec le Iktci/lus aerogcncs. Ces recherches l’ont amené à conclure que c’est la rate et les organes lymphoiques qui doivent être considérés comme la source des agglutinines. Dieiitùt après rinoculatioii des microbes,
1>.7:;9. - Itensamic, Le phénomène de I (lUfjlnlinatwn des nuerohes, Paris, IK97, p.
{‘k (L de la Soe . de lUoUnjie, t897. p. lUi.
(9) Annales de l'histitnt Lastear, 1897. T. XI, p. a7(i.
(D Zeitsnhrifl far Uipiiene, 1898. T. XXVII, p. -'>7'> l-’>) Ihid., 1899. T. XXX, p. 19.