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CHAPITRE IX

clisme. On sait l)icii que souvent une première atteinte de cette maladie, loin de conférer une immunité tant soit peu durable, laisse au contraire une sorte de prédisposition aux récidives. Malgré cela, l’élude du paludisme dans les divers pays et sur les individus, appartenant à des races diüerentes, a démontré qu’il existe une certaine immunité acquise contre cette maladie. Dans ces dernières années, M. Koch (1) s’est beaucoup occupé de cette question et a lourni des renseignements très précieux, se basant surtout sur l’étude comparative du sang d’enfants et d’adultes. La fréquence du parasite de Laverai! chez les premiers et sa rareté chez les seconds, 1 ont amené à la conclusion que le paludisme infantile crée une immunité qui persiste chez l’adulte. D un autre côté, il a été établi que, dans les pays paludéens, les indigènes manifestent une forme atténuée de la maladie, sans accès aigus, mais avec des phénomènes lents et très longs à évoluer.

Eh bien, malgré l’existence d'un certain degré d’immunité acquise contre le paludisme, toutes les tentatives pour démontrer l action préventive du sérum ont été infructueuses. M. Lelli (2) a injecté à titre préventif du sérum sanguin, provenant d individus guéris de la malaria ou d autres, saignés pendant la période de la défervescence, après une crise aiguë de cette maladie. Dans tous les cas, ces injections se sont montrées incapables d empêcher 1 accès malarique de se produire.

On conçoit facilement que, dans une affection exclusivement humaine, comme le paludisme, on n’ait jamais pu exécuter les expériences en nombre suffisant pour résoudre d’une façon absolument précise la question de la propriété préventive du sang. Sous ce rapport, on a chance de trouver des données plus satisfaisantes en s’adressant à une maladie analogue, sévissant sur une espèce animale. C’est le cas de la fièvre du Texas, cette maladie des bovidés, provoquée par un parasite animal, Pivoplcisinci bigemiivnu, qui envahit les globules rouges tout à fait comme le parasite de Laveran le fait avec les hématies humaines.

Comme nous l’avons déjà mentionné dans le précédent chapitre, MM. Smith et Kilborne et R. Koch ont démontré que les bovidés sont capables d acquérir une véritable immunité contre la fièvre du Texas.

(l) Deutsche medic. Wochenschr., 1900, p. 781.

(2j La Malaria, Home, 1900, p. 86. Die Malaria, dans Helirmg, Beilrage sur experiuieiil. Thérapie, 1900.1. 1, llcfl d.

MM. Nicolle et Adil Bey (1), à Constantinople, ont vu des races indigènes présenter une immunité remarquable contre le Piroplasma. Après avoir constaté ce fait, ils ont eu l’idée d’inoculer à ces bœufs réfractaires des quantités très g’randes de sang virulent et d'essayer leur sérum pour empêcher l’infection dc.s bovidés de race sensible. Cette tentative ne leur donna (jue des résultats négatifs. M. Lignières (2) a élaboré une méthode particulière pour vacciner les bovidés sensibles et a obtenu des résultats très encouras'cants. Une commis-

sion de vétérinaires d’Alfort i3), nommée pour vérifier les données est arrivée a la conclusion (jue (( la vaccination pratiquée par M. Lignières s est montrée d’nnc efficacité absolue ».

M. Lignières a fait aussi des recherches sur le pouvoir préventif du

sérum sanguin de ses bœufs immunisés. 11 a communiqué au Congrès international de médecine, tenu à i*aris en 1900, (]ue l’injection de plusieurs centaines de centimètres cul)es de ce liquide était inca-

pable de préserver les animaux neufs contre l’infection. 11 faut donc croire que, dans ce cas, nous avons un nouvel exemple d’immunité acquise, sans propriété préventive du liejuide sanguin.

Ces résultats ont reçu une confirmation, émanant d’une source des plus autorisées. M. Nocard, ainsi qu’il a bien voulu me le communiquer, a essayé vainement de conférer l’immunité à des chiens neufs, auxquels il injectait du sérum sanguin, provenant de chiens guéris de la maladie produite par un hématozoaire très voisin de celui de la fièvre du levas, ainsi que de moutons, immunisés avec du sang de chiens malades.

En envisageant l’ensemble de données que nous venons de résumer, nous sommes ol)ligés de reconnaître que, d’un coté le pouvoir préventif des humeurs peut coïncider avec une sensibilité pour le microbe correspondant, tandis que d'un autre côté l’immunité acquise réelle peut exister sans aucuue manifestation de cette propriété humorale et ceci d’autant plus que, môme chez les animaux immunisés, rimmunité acquise persiste souvent plus longtemps que cetfc propriété. Il faut donc bien accepter que, dans cette immunité, il doit y avoir quelque chose d’autre que les pouvoirs des liquides de l’organisme, c’est-à-dire que le facteur qui y joue le rôle prépondérant, se

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 3i3.

(2) La Tristecca, on Malaria bovine. lUicnos-A yrcs, 1900, p. I i2.

(3) Hulletin de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, séances dos 12 et 26 juillet 1900.

aiAI'ITHR JX

trouve dniis les éléiiieiils cellulaires. Il suffil de se rappeler les faits si nombreux que nous avons réunis dans le précédent chapitre, pour s’assurer (jue, dans l’immunité acquise, la phagocytose constitue le phénomène le plus constant et le plus général. On la retrouve dans les exemples, où les propriétés humorales sont des plus accusées, tout aussi bien que dans ceux, où elles ne sont que très faibles ou meme pas du tout manifestes. Nous n’avons pas besoin de discuter ici à nouveau le phénomène de Pfeiffer (|ue nous avons analysé dans le précédent chapitre. 11 nous suffit de rappeler que cet exemple de destruction extracellulaire des microbes ne se réalise que dans des conditions limitées et spéciales. Il ne s'observe que dans des cas où l'injection se fait dans un endroit riche en leucocytes qui subissent la phag’olyse à la suite du changement brusque de leurs conditions d’existence. Et encore on ne le constate (jue vis-à-vis des mici-obes les moins résistants à l’influence des microcytases. Üans les mêmes cas où l’on peut constater le phénomène de Pfeiffer, on observe également la réaction phagocytaire très étendue.

Cette réaction est des plus prononcées dans des cas où les propriétés des humeurs ne sont que peu développées ou absentes. L’étude de l'immunité acquise contre le charbon nous en fournit une preuve très démonstrative. Nous avons déjà cité, dans le précédent chapitre, l’exemple de lapins et de rats vaccinés, chez lesquels la phagocytose est incomparablement plus forle que chez les témoins sensibles qui contractent le charbon mortel. Cette règle est générale. Elle se confirme chez le mouton et le cobaye vaccinés. L'absence ou le faible développement du pouvoir préventif du sang et des autres propriétés humorales n’empêchent donc en rien le changement considérable qui se produit chez les phagocytes des animaux, ayant acquis l’immunité contre le charbon. La chimiotaxie négative des leucocytes, si marquée chez les animaux sensibles, se modifie à la suite de la vaccination en chimiotaxie positive. Ce fait d’une importance fondamentale, a été d’abord démontré pour 1 immunité contre le charbon et étendu plus tard à d’autres microlies. M. Massart (1) l’a étudié d’une façon générale et a réuni une série de données qui lui ont fait dire ([uc « la vaccination opère une éducation des leucocytes ; ceux-ci s’adaptent à. se diriger vers les microbes virulents ». Le meilleur procédé pour apprécier le changement que subissent les leuco-

(l) Annales de r Institut Pasteu?', t892. T. VI, p. 321.

MEG.VNrSMI'] DE L’IMMQNITÉ AEQUISE CONTRE LES MICROBES

cytcs, consiste a injecter sons la peau les inicrohes très virulents, capables de provo(jiier une infeetion généralisée. Le cliarbon, le vil)rion de Ganialeïa, les streptocoques, les coccobacilles du choléra des porcs et des poules, conviennent très bien pour ce genre d’études. Ces microbes, inoculés sous la peau des animaux sensibles, ne pro\o(pient (pi une réaction locale insignifiante ou nulle avec une exsudation de li(]uide transparent, [iresfpie entièrement dépourvu de leiicocjtes. Les microbes poussent librement dans ces exsudats et ne tardent pas a envahir 1 organisme, tout le contraire s’observe chez les animaux vaccinés. Ici la réaclion locale est plus manifeste ! l’exsu-

c \ t e s e t pauvre en parties liquides ; les inicrc^ibes ne se rencontrent a l état libre (pie pendant peu de temps et sont bient(')t englobés par les leucocytes. La destruction, dans l’intérieur de ees cellules, demande un temps plus ou moins long selon les cas ; mais elle finit toujours par être détinitive.

La ditlérence dans la réaction phag’ocytaire chez des animaux sensibles et des vaccinés, telle que je viens de la décrire, a été reconnue comme générale par beaucoup (l’observateiirs. Il s'est trouvé cependant quelques coniradicteurs (pii se sont crus en possibilité d’aftîrmer que la chimiotaxie négative de l’organisme sensible n’existe pas en réalité et ([ue, par conséquent, la vaccination ne peut d’aucune façon amener son changement en chimiotaxie positive. C’est M Werigo qui s est fait le porte-voix de cette opinion qu'il a soutenue dans plusieurs publications (1). Seulement, au lieu d’introduire les microbes virulents dans le tissu sous-cutané des animaux sensibles, il les injecte directement dans les veines. Il se sert de cultures du charbon et du coccobacille du choléra des poules qu’il injecte dans le système veineux de lapins neufs. Les animaux meurent au bout de peu de temps d’infection générale. Mais, lorsqu’on les sacrifie peu a[H‘ès l'inoculation, on constate, sur des coupes, (ju’un très grand nombre de microbes ont été englobés par les phagocytes. M. Werigo conclut de ces faits ((ue, chez les animaux supérieurs, la chimiotaxie est toujours positive; seulement, elle aboutit à la destruction des microbes chez les animaux vaccinés et ne peut jamais amener ce résultat chez les animaux sensildes. D’après tout l'ensemble de données sur cette question, il était facile de s’assurer que cette opinion ne doit pas être considérée comme juste, car non seulement les plié-

{^) Annales de l'Institut Pasteur, VIII, p. I. Archives de Pathologie

expérimentale., I89S. T. X, p. 725. Archives russes de Pathologie, etc., 1898.

GHAPITRK IX

nomènes si nets qu’on observe sous la peau, mais aussi les processus non moins démonstratifs qui s’aceomplissent dans la cavité péritonéale, prouvent rcxistence de la chimiotaxie négative des leucocytes d’une façon irréprochable. Je n’ai qu’à rappeler l'expérience de M. Hordet sur le sort des streptocoques et du Protens viilgaris, injectés en mélange dans le péritoine de cobayes. Tandis que les Proteus sont au bout de peu de temps en totalité englobés par les leucocytes, les streptocoques restent en liberté dans le liquide péritonéal jusqu’à la mort de l’animal. Les mômes leucocytes qui manifestent une chimiotaxie positive vis-à-vis des premiers, accusent une chimiotaxie négative par rapport aux streptocoques.

Malgré la grande valeur de ces arguments, il était intéressant de trouver moyen de concilier les résultats que l’on ol)tient après l'inoculation des microbes sous la peau ou dans le péritoine, avec ceux que l’on observe après leur injection dans les vaisseaux sanguins. MM. Silberberg et Zéliony (1) ont donc entrepris une série d’expériences dans ce but. A l’exemple de M. Werigo, ils se sont servis de coccobacilles du choléra des poules, et ils ont vu, conformément aux observations de cet auteur, que l’injection intraveineuse de ces microbes, prélevés à des cultures dans des milieux nutritifs, amène une très forte phagocytose des coccobacilles. Mais, lorsqu’ils injectaient dans les veines de lapins des coccobacilles, développés dans le liejuide péritonéal d’autres lapins, ils retrouvaient ces microbes libres dans le plasma sanguin et n’observaient qu’une phagocytose très restreinte dans les macrophages du foie. Il résulte de ces expériences que l’englobement des coccobacilles, dans les expériences de M. Werigo, dépendait de la présence d’un grand nombre de microbes atténués qui se trouvaient dans ses cultures^ employées pour l'injection. A côté de ces microbes peu ou pas du tout virulents, il y en avait assez d’autres, doués de leur activité pathogène normale, et tout à fait suffisants pour amener l’infection mortelle. Lorsque MM. Silberberg et Zéliony remplaçaient les cultures sur gélose par l’exsudât péritonéal qui renfermait presque exclusivement des coccobacilles virulents, la phagocytose chez des lapins, injectés dans les veines, se trouvait supprimée presque complètement. Dans l’intention d’établir si l’absence delà réaction phagocytaire, dans ce cas, dépendait réellement de la chimiotaxie négative de la part des leucocytes, les observateurs cités

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1901. T. XV, p. 615.

exécutèrent rexpérience suivante. Ils injectèrent dans la veine d’un lapin, déjà pris d’infection généralisée par le coccobacille du choléra des poules, une culture de staphylocoque saprophyte, inotfensif. L’autopsie leur démontra que ces cocci étaient presque totalement englobés par les mêmes phagocytes <[ui refusaient si énergiquement de saisir les coccobacilles. Cette ex[)ériencc, analogue à celle de M. Bordet sur le streptocoque et le Protf^us^ oblige à rejeter les conclusions de M. crigo sur 1 absence de la chimiotaxie négative des {)hagocytes chez les animaux supérieurs. Je dois ajouter que le travail de MM. Silberberg et Zéliony a été en partie exécuté dans mon laboratoire, de sorte que j’ai pu me convaincre, par l’examen oculaire, de la complète exactitude de leurs affirmations.

Mais, indépendaiument de ces observateurs et même avant eux, M. Th. Tchistowitch (1) a publié une étude intéressante sur la même question. Il injectait dans la veine de l’oreille des lapins des streptoco({ues très virulents. Ces microbes provoquaient une infection généralisée et mortelle, dans laquelle la phagocytose était complètement nulle ou à peu près. Ici encore, il se manifestait une chimiotaxie négative des phagocytes, qui, dorénavant, ne pourra plus être mise en doute.

Dans certaines maladies infectieuses avec issue mortelle, une phagocytose très prononcée s’observe même chez des animaux sensibles. L'exemple le plus typique de ce genre est fourni par le rouget des porcs et la septicémie des souris. On sait, depuis les recherches de M. Koch (2). suivies de celles de MM. Lœffler et Schütz (3) et autres que chez les animaux, morts de ces deux infections, les leucocytes sont gorgés de petits bacilles spécifiques. Une méthode de vaccination des animaux contre le microbe du rouget des porcs a été élaborée d’abord par Pasteur et Thuillier (4) et étudiée depuis par un grand nombre d’observateurs. Grâce à ce procédé, il a été possible d’établir les phénomènes qui se passent chez des animaux (surtout les lapins) vaccinés. Ici aussi il se fait une phagocytose, mais encore plus rapide et plus complète (jne chez les animaux sensibles. Ut, ce qui est le plus important, la digestion intracellulaire des bacilles

(1) Annales de VInstilat Pasteur, 1900. T. XI\’, p. 802.

(2) Untersuchunaen über die Aetiologie der Wundinfectionskrankheiten •1878.

(3) Arbeiten a. d. K. Gesundheitsamle, 1896. T. I, pp -46 et o7.

(4) C. r. de l'Acad. d. Sciences, 1883. T. XCVll, p. 1103.

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