CHAPITRE IX
eng'lol)és est suivie de destruciioii totale des microbes chez les animaux vaccinés, taudis que, chez les animaux neufs, cette digestion est très im[)arfaitc.
L’ac([uisitioii de rimmimité contre les microbes est donc due, non seulement au changement de la chimiotaxie négative en positive, mais aussi au perfectionnemeut des pliagocytes à digérer leur proie. Il se produit une suractivité et une adaptation générales de la réaction pin, gocytaire de l'organisme immunisé. Cette conclusion qui découle d’un grand nombre de faits bien élalilis et qui se trouve en pleine harmonie avec tout renseinhle des données sur l’immunité acquise, a été combattue [)ar MM. Denys et Leclef (1) dans leur travail sur le streptocoque. Tisse basent, dans leur opposition, sur des expériences faites in vitro au sujet de l’action des sérums et des leucocytes sur ce microbe. Ils ont comparé le pouvoir bactéricide des mélanges de sérums de lapins normaux et de lapins vaccinés avec des leucocytes isolés des exsudais de ces deux groupes d’animaux. Les leucocytes, plongés dans du sérum normal, étaient également incapables d’englol)er et de détruire les streptocoques aussi bien dans le cas où ils provenaient de lapins neufs que dans celui où ils dérivaient de lapins vaccinés. Mélangés avec du sérum sanguin de lapins vaccinés, les deux catégories de leucocytes manifestaient au contraire une très forte réaction phagocytaire. MM. Denys et Leclef en concluent que, bien qu’importante dans l’immunité, la phagocytose n’y joue qu’un rôle secondaire et dépendant des propriétés humorales. Les expériences et les opinions de ces deux observateurs ont été en général accueillies par les partisans de la théorie bactéricide des humeurs comme une preuve réelle en faveur de cette théorie. Nous ne pouvons nous ranger à cet avis. Des recherches longtemps poursuivies nous ont appris que l’observation de la phagocytose ni vitro ne peut rendre compte que d’une façon très inexacte et très imparfaite de la marche des phénomènes dans l’organisme vivant. Le plus souvent, les leucocytes, prélevés dans des exsudais, quoique mobiles, ne remplissent plus leurs fonctions phagocytaires, alors que dans l’organisme, ils englobent les microbes avec la plus grande rapidité. Lu règle générale, le séjour en dehors du corps vivant les affaiblit d’une façon très considérable. Mais dans quelques exemples, rares il est vrai, les leucocytes, peu actifs dans l’organisme, manifes-
(I) La Cellute, 1895. T. XI, p. 177.
MÉCANISME DE L’IMMUNITÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES 2f)!)
teiit une phagocytose des plus intenses, Jorscpi’on les introduit en goutte suspendue avec du liquide d’exsudat ou môme avec de rurine. Dans tons les cas, il est très risqué de conclure des phénomènes (]ui se passent dans ces conditions artificielles à ceux qui s’accomplissent chez 1 animal vivant. Ce (jui enlève encore davantage de valeur aux expériences de i\[M. Denys et Leclef, c’est la circonstance qu ils mélangeaient les leucocytes avec du sérum sanguin. Ces auteurs ont perdu de vue (jue ce liquide est loin de corres[)ondre à celui qui baigne les leucocytes chez 1 animal vivant. Les sérums renferment de la lencotoxine en [)lus on moins grande (juantité et il n’est pas étonnant que les leucocytes, mélangés avec du sérum de lapin neuf, y périssent au bout de [)cu de temps. De plus, le sérum des la[)ins vaccinés est agglutinant (ce fait n’avait pas encore été suffisamment mis en lumière en LSDi, à l’époque des recherclies de MM. Denys et Leclef) cl l’agglomération des strcptoco(jues pouvait simuler leur destruction. Lu un mot, les expériences de ces observateurs ont été exécutées dans des conditions telles (ju’il est impossible de baser sur elles la réfutation des données, obtenues sur l'organisme vivant. Du reste, dans la description des phénomènes qui se passent sous la peau des lapins, inocules avec du streptocoque, MM. Denys et I.,eclcf nous fournissent eux-mémes des arguments contre leur opinion.
(.es observateurs introduisent la môme quantité de sti'eptocoques sous la peau de 1 oreille des la[)ins neufs et des lapins vaccinés. Chez les [)remiers, il se produit l^ientôt un œdème très fort de 1 oreille, dans lequel on trouve une quantité de streptoco(jnes et de leucocytes n ayant [>as englobé de microbes. Chez les seconds,
1 œdème ne se dévelop[)e pas, mais au lieu d'invasiou, arrive bientôt une (juantité de leucocytes qui ne tardent pas à englober les streptocoques. Comme on le voit, les phénomènes se passent ici exactement de la môme façon qu’avec la bactéridie et tant d’autres microbes se trouvant dans des conditions analogues. i\I.M. Denys et Leclef reconnaissent bien eux-memes que, sous la peau de l’oreille des lapins vaccines, la faible quantité du li(juide de l’exsudât ne suffit pas pour faire admettre une influence considérable des propriétés bumorales. Malgré cela, ils pensent que le « sérum » de ce li(juide peut exercer une certaine action. Seulement, ils ne fournissent aucune preuve en faveur de cette assertion et semblent oublier (jue le plasma de l'exsudât sons-cutané est loin d'être identique au sérum sanguin, obtenu eu dehors de l’organisme. A présent, nous savons bien (juc ce dernier