‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 7 sur 171 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

étudié l’influence des toxines tétanique et diphtérique sur les infusoires ciliés. Il n’a pu établii* aucune action particulière de ces poisons sur les paramécies. Ces infusoires supportaient parfaitement bien les mômes doses de cultures de bacilles diphtériques et tétaniques, préparées dans du bouillon et débarrassées de microbes par filtration, que de bouillon ordinaire seuC non ensemencé. M. Gengou en a conclu à l’immunité naturelle et absolue des paramécies vis-àvis des deux toxines mentionnées. Si l’on tient compte de ce fait que ces poisons ii’agisseut que faiblement aux températures ordinaires et sont souvent inofl'ensifs pour des animaux « à sang froid », on sera peut-être tenté d'attribuer rimmunité des infusoires à la température qui l'égTiait dans la chambre pendant les expériences de M. Gengou. Guidée par cette réflexion, Mme Metebnikofi' a essayé l'action sur les paramécies du sérum sanguin des anguilles qui est très toxique non seulement pour les vertébrés à sang chaud, mais aussi pour les vertébrés à sang froid et les invertébrés, et ceci à une température basse ou moyenne. Eb bien, le sérum d’anguille n’a point manifesté de pouvoir toxique supérieur au sérum sanguin d’autres animaux.

Les toxines microbiennes sont inoflensives non seulement pour les infusoires ciliés, mais pour une quantité d’autres organismes unicellulaires. Le fait est bien connu que ces toxines, abandonnées à l’air, se peuplent bientôt de toute une flore de microbes, parmi lesquels prédominent les bactéries et les levures. J’ai pu constater (1) que ces organismes non seulement ne sont pas gênés dans leur vie normale par la présence des toxines diphtérique et tétanique, mais que rapidement ils amènent la destruction plus ou moins complète de ces poisons. M. Gengou a pu voir également que les levures prospèrent très bien dans ces toxines l)actériennes. La pullulation des microbes et la destruction de ces poisons se font à des températures diverses

(de 15 à 37").

Mais, tandis que les organismes inférieurs sont réfractaires vis-àvis des toxines bactérienues, capables de tuer avec de toutes petites doses 1 homme et les animaux de grande taille, un grand nombre de microbes manifestent une sensibilité toute particulière pour certains liquides d origine animale. Dans un des chapitres suivants, nous allons traiter plus longuement cette propriété microbicide des humeurs. Ici nous n avons qu à signaler quelques faits concernant cette propriété, imiquement au point de vue de rimmunité des êtres

(1) Annales de V Institut Pasteur, T. XI, 1897, p. 801.

IMMUNITE CHEZ LES ORGANISMES UNIGELLULAIKES

inférieurs. L’exemple le plus frappant d’un pouvoir bactéricide d’un liquide animal est certainement l’action du sérum sanguin de rat visà-vis de la bactéridie charbonneuse. Ce fait, découvert en 1888 par M. von Behriug’(l),ra amené à conclure (jue le sang'de rat renferme une base organique, capable de tuer et de dissoudre une grande quantité de bacilles charbonneux. Plusieurs observateurs ont pu confirmer la découverte de M. von Behring et y ont ajouté le fait (pie la bactéridie peut être tacilement accoutumée à l’aclion toxiipie du sérum de rat. Ainsi M. Sawtchenko (2), dans un travail fait à mon laboratoire, a pu. par des cultures successives^ habituer le bacille charbonneux à vivre dans le sérum de rat pur. Il s’est donc produit dans ce cas une véritable immunité acquise d’une plante inférieure vis-à-vis d’une substance toxique d’origine animale. Plus récemment, M. Danysz a vérifié le meme fait et y a ajouté plusieurs autres dans le but de préciser le mécanisme par lequel la bactéridie s’adapte au poison. Dans un travail, exécuté à 1 Institut Ihisteur (3), il a constaté que le bacille charbonneux se défend contre l’action toxi(]ue du sérum, en s’entourant d’une gaine épaisse, constituée par une sorte de mucus qui fixe et rend inoüensive la toxine du sang de rat. Ce même mucus, mais en moindre quantité, se produit aussi dans une culture de la bactéridie, dévelop[)ée dans du bouillon ordinaire. Lorsqu’on débarrasse par filtration à travers la porcelaine une culture pareille des bacilles ([U elle contenait et (pie l on ajoute un peu de ce liquide au sérum de rat, celui-ci devient moins bactéricide (pie dans un mélaime du meme sérum avec du bouillon ordinaire. M. Danysz suppose que ce fait peut s’expliquer par la présence dans le li(juide filtré d’une certaine quantité de la substance muqueuse, produite par la bactéridie, qui fixe et neutralise une partie de la toxine de rat. Si, au lieu d’ensemencer la bactéridie ordinaire, sensible à cette toxine, on ensemence dans du bouillon le bacille charbonneux, préalablement accoutumé au sérum de rat, on constate que le liquide de la culture filtrée neutralise une quantité plus grande de la toxine. M. Danysz en conclut que la bactéridie accoutumée a acquis la propriété de produire plus de mucus que la bactéridie ordinaire et que, pour cette raison une plus

grande quantité de cette substance protectrice passe dans le liquide de culture.

^(t) Uaher die Ursache der Immnnitat eon Ilalten (je;jen Mihbrand. dans le Centralhlatt filr klinisc/ie Medicin, 18X8 p. 38.

(“2) Annales de l’Inslitnt Pasteur, 1897. T. XI, p. 872.

(3) Annales de l'Institut Pasteur, 1900. ï. XIV, p. Oil.

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