‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 6 sur 171 · IMMUNITE CHI'Z LES ORGANISMES UNICELLULAIRES · texte numérisé non relu

IMMUNITE CHI'Z LES ORGANISMES UNICELLULAIRES

à une période déterminée delà vie de l’infusoire, est totalement digéré parle protoplasma, comme n’importe quel corps alimentaire, introduit du dehors. Il tant admettre que le noyau cesse de produire la substance

protectrice qui l’empeclie d’ôtre digéré dans les conditions ordinaires de l’existence.

Une lutte semblable à celle que l’on observe entre le noyau et le contenu digestif des protozoaires se produit aussi entre ces derniers et les organismes infectieux. Tous les êtres (pii, d’une façon quelconque, pémMrent dans l’intérieur du corps d’uii infusoire ou d’un rbizopode, sont aussi mis eu contact avec l’endoplasma digestif de ces protozoaires. Si les intrus sont tués et partiellement digérés par les sécrétions digestives ou bien expulsés à la façon des excréments, le protozoaire reste indemne et continue sa vie normale. iNous assistons ici à un exemple d’immunité naturelle, due à la digestion intra-cellulaire. Dans le cas contraire, c’est-à-dire lorsque rorganisme étranger résiste à cette action digestive, il s installe définitivement dans le corps du protozoaire. Si le parasite ne se reproduit qu’en petit nombre, n’excriHe aucun poison et, en général, n’exerce aucune influence nuisible sur son luMe, il devient facilement son commensal. Aussi il n'est pas rare de trouver dans le contenu des infusoires et des radiolaires des petits

organismes végétaux desgenres Zoochlorelles ou Zooxantliellesqui non

seuleineiit ne provoquent aucune maladie, mais peuvent môme, grâce a l assimilation de l’acide carlionique, être utiles pour leurs hùtcs Mais 1 y a des cas où les parasites agissent d’une façon plus ou moins iiuisible sur les protozoaires qui les renferment. Alors il se produit une veritabl(3 intection, quelquefois mortelle.

l“anm ces maladies iiifecHeuses des prolozoaires, la mieux éüidiéc est celle qui est provoquée par plusieurs représentants d’un genre particulier de microbes, découvert par Johannes Millier en 18oo et qui a tait le sujet d’un travail, exécuté dans mon laboratoire par M! Hafkine(l). .Feu ai déjà parlé dans mon ouvrage sur la pathologie comparée de intlammation (2), ce qui me permet de me résumer ici tr(’>s brièvement. Les paramécies sont quelquefois contaminées par des parasites en forme d’aiguille ou de spirille qui pénètrent tantôt dans le macroniicleus, tanhit dans le microniicléiis, s’y reproduisent aboiic animent et provoquent une énorme hypertrophie des organes atteints, c ^re cela 1 infusoire peut continuer à vivre et à se reproduire, ce qui

(t) Aîinales de l’Institut Pasteur, 1890, T. IV, p. 148.

eçonssurla pathologie comparée de l'in/lammation. Paris, 1892, p. 24.

GiiAPiTRE plu-:mii:u

lui permet souvent de guérir de sa maladie. D’un autre côte la paramécie, dans l’organisme de laquelle se sont introduites des spores du parasite, les traite comme n’importe (piel corps etranger avale Faute pouvoir les digérer, à cause de la résistance de la membrane de aspore, la paramécie les expulse, comme une substance cxcrementitielle quelconquc. L’inlusoire se conduit de la même façon vis-à-vis des endospores bactériennes. Tandis que les bacilles du foin, si communs dans es infusions où vivent les paramécies, sont digérés dans leurs vacuoles endoplasmiques, les spores de ces bacilles, apres un séjour plus ou moins prolongé dans les vacuoles, sont expulsées avec les excremenls.

Comme de beaucoup la plus grande partie du corps des protozoaires est constituée par le proloplasma digestif, il est tout naturel que les épidémies infectieuses de ces animalcules soient en général très rares. Les infusoires et les rhizopodes, dont rorganisme est tout particulièrement adapté à se nourrir d’algues inférieures et de bactéries, ne sont pour ainsi dire jamais sujets à des maladies bactériennes. Les infections, observées chez les protozoaires, sont dues le plus souvent à 1 invasion des cliampignons inférieurs, comme des cliytridiens, des niicrospliaeres, des saprolégniées, ou bien à des organismes particuliers que nous venons de mentioiiner dans les noyaux des paramécies. Et encore ces infections se rencontrent le plus souvent chez des protozoaires incapables de véritable digestion intracellulaire, ou bien dans 1 état enkysté, lorsque les infusoires, menant une vie latente, n absorbent ni ne digèrent aucune nourriture. Comme exception je dois mentionner l’épidémie d'amibes, provoquée par les Microsphaera (1), et la maladie des Actinopliryeiis, observée par M. Iv. Brandt (^2) et attribuée à des champignons, voisins du genre Pylhnim. Dans les deux cas, il s’agit de parasites qui vivent et se développent dans 1 intérieur du protoplasma actif de ces protozoaires, il y a bien une partie des parasites qui est expulsée avec les excréments ; mais il en reste une autie qui s’installe dans le protoplasma, s’y multiplie et amène la mort des hôtes. Dans ces exemples, l’action digestive du protoplasma doit être neutralisée ou paralysée par des sécrétions du parasite. Mais ce côté de la question n’a pas encore été abordé jusqu’à présent.

En dehors de la digestion intra-cellulaire et de l’expulsion des parasites par la fonction excrétrice, la résistance des protozoaires contre les maladies infectieuses doit être en partie attribuée à leur grande

(1) Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation, p. 21.

(2) Monatsberichte d. Bertiner Akad. d. U issensch., 1881, p. 388.

IMMUNITE CHEZ LES OHUANISMES UNIGELLULAIHES

sensibilité. Lorsqu’on observe les manœuvres des ainil)es on de certains infusoires au milieu de toute une flore et une faune microscopiques, on est très frappé du choix (jue ces protozoaires font de leur nourriture. Souvent on voit des amilies rechercher uni(juement des diatomées, dédaignant toutes les autres algues, ou bien choisir une espèce de palmellacées au milieu d’une llore très variée. Les infusoires ont aussi leur nourriture de prédilection. Heaucoup de ciliés choisissent presque exclusivement des bactéries ; d’autres, comme les Nasstila, ont une prédilection particulière pour les oscillariées. L’exemple le plus frappant est présenté par V Amphiipptus Claparedei, un cilié vorace qui, au milieu de tous les animalcules, fait un choix exclusif des vorlicclliens (jn’il dévore, après quoi il se transforme en kyste fixé sur le })édoncule des vorticelliens. Cette sensibilité doit évidemment guider les protozoaires dans leurs relations avec d’autres organismes et leur permettre d’échapper à l’invasion des parasites.

Dans cet ordre d’idées, je dois mentionner une très intéressante observation de M. Salomonsen ( I ), commnnicjuée au Congrès de Médecine de Paris en 1900. Ce savant a pu constater que presque tous les infusoires ciliés, sentant le voisinage de cadavres de leurs congénères, s’en éloignent rapidement, manifestant ainsi une chimiotaxie négative très accusée. Il est évident que cette propriété doit les mettre souvent l’abri de la contamination par des parasites, contenus dans le corps des infusoires morts de maladies infectieuses.

Il y a donc toute une série de faits qui peuvent expliquer l’immunité naturelle des protozoaires vis-à-vis des microorganismes pathogènes. Mais jusqu’à présent on ne sait encore rien sur l’existence ou la possibilité d’une immunité acquise chez les animalcules inférieurs dans les maladies infectieuses. On est mieux renseigné sur la résistance des êtres imicellulaires à l’action des poisons solubles qui est, en général, beaucoup plus facile à étudier que l’immunité vis-à-vis des microbes mêmes.

Comme un très grand nombre d’animaux supérieurs sont extrêmement sensibles a 1 action toxique des poisons d’origine bactérienne, 011 s’est demandé si les infusoires pouvaient également être empoisonnés par ces produits microbiens. Dans ce but, M. Gengou (2) a,

(1) Comptes rendus du Conr/rès international de Médecine tenu à Paris en 1900. Section de bactériologie et de parasitologie.

(2) Sur l’immunité naturelle des organismes monocellulaires contre les toxines Annales de l’Institut Pasteur. T. XII, 1898, p. 465.

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