CHAPITRE IX
plasmas et passe dans les liquides, les exsudais et les tfanssudats. Mais son rôle dans rimmunité est très restreint.
Les propriétés préventive et fixatrice, le plus souvent intimement liées entre elles, se développent très notablement dans l’organisme jouissant d’immunité acquise. Jolies peuvent agir sur les microlies, qui s’imprègnent de la substance tixatrice, ou sur l’organisme infecté en stimulant sa réaction défensive. Mais elles sont incapables d'atteindre le microbe dans sa vitalité ou sa viridence. Les deux propriétés (préventive et tixatrice) résident dans les humeurs, mais elles sont fonction des produits cellulaires. Les éléments des organes phagocytaires (rate, moelle osseuse, ganglions lymphatiques), ou phagocytes, produisent les substances préventives et les fixateurs spécifiques qui, de là, parviennent dans les plasmas.
La réaction phagocytaire est tout à fait générale dans l’immunité acquise. Les phagocytes qui ne remplissaient que très incomplètement ou meme pas du tout leur fonction antimicrohienne, deviennent, à la suite de la vaccination, beaucoup plus actifs. Ils manifestent une chimiotaxie positive des plus accusées et acquièrent la faculté de digérer les microbes d’une façon beaucoup plus intense. C’est à l’accroissement de ce pouvoir digestif qu’est liée la surproduction, par les phagocytes, des substances fixatrice et préventive qui sont excrétées en grande quantité par ces cellules et passent dans les liquides de l’organisme. Comme ces substances sont des productions phagocytaires, on conçoit bien que, dans certains exemples d’immunité acquise, l’organisme arrive à bout des microbes, sans que la substance préventive se retrouve dans les liquides. Il suffit qu’elle soit en possession des phagocytes qui peuvent la garder dans leur sein sans s’en débarrasser et l’excréter dans le courant circulatoire.
D’après tout cet exposé, on voit bien que les phénomènes, dans l’immunité acquise vis-à-vis des microbes, ne sont qu’une copie plus on moins stéréotype de ceux qui ont lieu dans l’organisme après la résorption des cellules. Là aussi, il y a digestion intracellulaire avec surproduction des fixateurs spécifiques qui sont en partie excrétés et passent dans les plasmas Dans la résorption des cellules, il y a aussi action double des cytases et des fixateurs ; seulemenb dans ce cas, ce sont les macrocytases (jui inferviennent, tandis que, dans la résorption des microbes, ce rôle est accompli par les microcytases. Les fixateurs, dans les deux cas, sont bien diftérents an point de vue de leur action, car ils sont spécifiques ; mais les cellules qui agis-
MEGANISMl'] DE L’IM.\rUNlTÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES
sent dans leiii* production ap[)ai*tiennent dans les deux cas (résorption des cellules animales et des microbes) à la catégorie des phagocytes.
On pense souvent que la théorie que je viens de résumer, se trouve en désaccord fondamental avec la théorie des chaînes latérales, ou des récepteurs, formulée par M. lOirlich (1). Je ne puis me ranger à cette o[)iuion. Applicpiée à l’immunité accpiise contre les microbes, cette théorie peut se résumer de la façon suivante. Les microbes, inoculés à la dose non mortelle, mais immunisante, se combinent avec certains éléments de l’organisme. Les réce[)teurs des microbes trouvent des récepteurs corres[)ondants dans ces cellules, mais, une lois combinés, les récepteurs cellulaires deviennent incapables de remplir leur fonction normale pour la nutrition. Les cellules, ainsi privées de leurs récepteurs, en reproduisent une quantité tellement grande ([u’une partie est excrétée dans le milieu ambiant et passe dans les plasmas. Ces récepteurs, d’origine cellulaire, mais devenus des parties constituantes des humeurs, ne sont autre chose que les lixateurs, ou les corps intermédiaires, ou encore les ambocepteurs d’Ehrlich. A la nouvelle arrivée des mêmes microbes, ceux-ci rencontrent, dans le liquide des exsudais, de nombreux ambocepteurs qui se combinent avec les récepteurs correspondants des microbes, sans cependant les détruire ou les gêner dans leur vitalité. Mais, comme les mêmes amboce[)tcurs possèdent encore une seconde affinité, celle pour les molécules des cytases, ou des « compléments » d'Ehrlich, les microbes peuvent être mis en contact avec ces ferments sohd)les. Sans 1 intervention des fixateurs, la combinaison du corps des microbes avec la cytasc ne peut jamais avoir lieu, parce que les récepteurs des microbes ne sont point adaptés à ceux des cytases. Lorsque les molécules de ces ferments se trouvent dans les plasmas l’état libre, elles peuvent être accaparées par le groupement correspondant des ambocepteurs.
Essayons de confronter la théorie que nous venons d’esquisser avec celle qui a été exposée plus haut. Les microbes, inoculés à la dose non mortelle, mais immunisante, sont, comme nous l’avons vu, englobés [)ar les phagocytes et ensuite digérés dans leur intérieur. Cette digestion intracellulaire est suivie de la surproduction du fixateur spécifique, dont une partie est excrétée et passe dans les plasmas.
(1) lihriicli, Lazarus et l’incus, Leukaemie, etc., dans Nothnagel, Specielle Pathologie U. Thérapie, 1901, T. F''» partie, 8e livraison, p, 168.
CIIAIMTRK JX
Ce sont les résultats des données expérimentales bien établies que nous avons développées dans ce chapitre. La théorie de M. Elirlich n’objecte rien contre cet exposé ; elle essaie seulement de pénétrer plus profondément dans le mécanisme des phénomènes qui se passent entre le microbe et la cellule. L’acte (jue nous désignons simplement comme digestion intracellulaire, est divisé par M. Ebrlicli dans ses parties constituantes. Pour lui, il y a combinaison du fixateur, d’un côté avec la molécule du microbe, de l’autre côté avec celle du ferment soluble, ou cytase. D’après M. Ehrlich, ce sont les ambocepteurs des cellules qui se détachent pour fournir le fixateur qui circule dans les plasmas. Pour nous, il s’agit simplement de surproduction d’un des deux ferments de la digestion intracellulaire, sans préciser la partie constituante de ce ferment qui passe dans la circulation. Les deux théories pourraient se compléter, mais ne sont pas du tout contradictoires en principe. Il n’y a qu’un seul point important où elles soient en désaccord. M. Ehrlich pense que les cytases sont toujours en liberté dans les humeurs et que les cellules, pour exercer une action digestive sur les microbes, doivent préalablement saisir leurs molécules avec un des groupements de leurs ambocepteurs. Nous avons développé au contraii-e cette notion que les cytases ne sont libres dans l’organisme que pendant la })hagolyse et que, dans les conditions normales, les cytases restent intimement liées aux phagocytes. Cette donnée est basée sur un grand nombre de faits expérimentaux bien établis et doit par conséquent être acceptée comme exacte. Mais elle ne touche à aucun principe fondamental de la théorie de M. Ehrlich. Par contre, les bases de celle-ci ne touchent à aucun des points principaux de la théorie que nous avons développée. La doctrine qui envisage l’immunité acquise comme un cas particulier de la résorption, peut se concilier avec la conception des ambocepteurs. Mais elle peut tout aussi bien s’accorder avec la conception de M. Dordet, d’après laquelle les fixateurs agissent non pas comme des substances intermédiaires entre le microbe et la cytase, mais comme des substances qui sensibilisent les microbes pour la pénétration du ferment digestif. Cette question délicate n’est pas encore tranchée d’une façon définitive, mais les expériences de M. Bordet que nous avons rapportées dans le quatrième chapitre, plaident beaucoup en faveur de sa manière de voir.
MM. M. Neisser et Wechsberg (l) ont essayé de se rendre compte
(I) Mïnichener medic. Wochenschrift, 1901, n® 18
MliGAiNISMK DE L’IMMUNITÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES
(le la façon dont agissent les fixateurs sur les microbes et ont décrit des faits très intéressants. Ils ont constaté (|ue ces suljstances ne permettent la destruetion des bactéries ([ue dans le cas où elles sont en certain rapport avec la cytase. Les mélanges de fixateurs et de cytases, dans lesquels les premiers se trouvent en excès, non seulement ue tuent pas les microbes, mais môme leur permettent un développement abondant. Pour arriver à ce résultat. MM. Neisser et M eclisbcrg ont mélangé des quantités constantes de bactéries et de sérum normal, reutermaut de la cytase, avec des (juautités variables de sérum d animaux immunisés, chauffé à 5G®. Comme on le sait, a la suite de ce chautlage, ce sérum spécifique est dépouillé de ses cytases, mais peut être facilement réactivé par l'addition de sérum neuf non chaufïc. Le fait paradoxal, constaté par MM. Neisser et Wechsberg, ne peut être explirpié, à leur avis, que parla théorie des ambocepteiirs de M. Lhrlich. Ijorsque ces coiq)S à aflînité double se trouvent en trop grande quantité par* rapport à la cytase, il peut en résulter (pi une pai'tie seulement de ceux qui se combinent avec les iécept(;ins des microbes, réussissent a s accrocher les molécules du ferment actif. L’ambocepteur, étant par lui-môme incapable de détruire le microbe, ne peut lui être nuisible (|u’à condition d'apporter de la cytase. Or, comme la quantité de celle-ci est trop petite pour le nombre beaucoup plus considérable (rambocepteurs, on com^oit facilement que les microbes peuvent en profiter et rester vivants. Cette interprétation est certainement très iug’éuieuse, mais rien ne jirouve qii elle corresponde a la réalité des choses. MM. Neisser et \\ echsberg ont observé eux-mêmes que le sérum de chèvre normale peut aussi empecher 1 action bactéricide de la cytase. Seulement, dans ce cas, ils admettent 1 intervention d nue anticytase de ce sérum normal. La môme explication pourrait peut-être servir aussi pour expliquer l'action empêchante du sérum des animaux immunisés. On sait que les anticytases se trouvent assez frécjuemment dans les divers sérums et qu’elles subissent de grandes variations, selon les conditions dans le.squellcs se trouvent les animaux (pii fournissent le sang.
Dans tous les cas, il est évident que la théorie des récepteurs ne doit nullement être considérée comme l'antithèse de la théorie des phagocytes. Celle-ci conserve bien son droit d'affirmer que, dans 1 immunité acquise contre les microbes, ces éléments jouent le nMe le plus général et le plus important. Ce sont les phagocytes qui détiennent les cytases, capables de débarrasser l’organisme, de dé-
CHAPITHE IX
traire les microlies. Ce sont encore ces memes cellules qui produisent et excrètent les substances üxatriccs et préventives. Les fixateurs libres peuvent atteindre les microlies dans les humeurs, mais ils sont incapaliles de leur enlever la vie ou même la virulence. Les cytases, échappées des phagocytes, peuvent bien, en collaboration avec les fixateurs, détruire un certain nombre de microbes^ mais seulement dans des cas spéciaux, ipii ne se rencontrent que rarement dams les conditions naturelles. Au contraire^ les phagocytes, chez rorganisine qui jouit de rimmuuité acquise, remplissent constamment la fonction de saisir les microbes et de les soumettre dans leur intérieur à l’action combinée des fixateurs et des cytases.
L’immunité acquise, comme rimmuuité naturelle contre les microbes, ne présentent que des cas particuliers de la digestion intracellulaire.
CIIAI’ITRE X
IMMUNITÉ RAPIDK KT PASSNCKllF. UONTIIK LKS MIUllOIJKS, CONFÉRÉE PAR LES SÉRUMS SPÉCIFIQUES ET NORMAUX, OU PAR d’aUTRES SUBSTANCES, OU PAR DES MICROBES AUTRES QUE CEUX CONTRE LESQUELS ON VEUT PRÉSERVER l’oRGANISME.
Immunité coiüérce par les sérums spécifiques. — Analogie du mécanisme de cette immunité avec celui qui s’observe dans l’immunité obtenue avec les microbes pathogènes et leurs |)roduits, — Le rôle de la phagocytose dans l’immunité conl'érée par les sérums S|)éciliques. — Influence de l’opium sur la marche de l’immunisation |)ar ces sérums. .Action stimulante des sérums spécifiques. — .Action préventive et stimulante des sérums normau.K. — Influence des li(|uides, autres que les sérums : bouillon, urine, eau physiologique, etc.
Antagonisme entre le charbon et certaines bactéries.
Nous avons vu (juel rôle important joue dans l’étude de riminunité ac(|inse contre les microbes, la constatation du pouvoir préventif des liumeurs. Sans être absolument général, ce pouvoir est cependant très répandu et se trouve niCmie dans quel(|ues exemples d’immunité acquise vis-à-vis de microbes appartenant au règ’ne animal. Jusqu’à présent, nous nous sommes contenté de signaler la présence, dans les humeurs de l’organisme immunisé, de cette propriété préventive et nous l’avons étudiée exclusivement par rapport à l’organisme qui la produit. Maintenant nous devons passer à cette autre question de savoir comment agissent les substances préventives dans l’organisme qui les reçoit toutes faites. C est 1 immunité qui a été désignée par M. Khrlich sous le nom à'immunilé pa>isive vis-à-vis des microbes, qu’il nous faut examiner.
L’étude que nous voulons entreprendre est très facilitée par les données sur les phénomènes qui se passent dans rorganisme, vacciné par les microbes ou leurs produits, données dont nous avons entretenu le lecteur dans le précédent chapitre. Il existe en effet une très grande analogie entre les deux catégories d’immunité et si on les sépare par une limite tranchée, ceci s’explique par le fait que celle qui est conférée par tes microbes ou leurs produits, demande un cer-