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CHAPITRE IX

liquide renferme des cytases, qui font défaut dans les plasmas. Or, le faible effet bactéricide, s’il existe réellement vis-à-vis du streptocoque, doit être attribué précisément à la microcytase, échappée des leucocytes lors de la préparation du sérum

En résumé, l’exemple étudié par MM. Denys et l^eclef, rentre bien dans la loi ^’énérale de la réaction phagocytaire dans 1 immunité acquise contre les microbes. Il est impossible de nier que la suractivité des phagocytes que l’on trouve constamment dans cette immunité, bien que très facile à observer, ne peut être démontrée d'une façon rigoureuse en dehors des li(|uides (|ui baignent les cellules. Seulement il y a des analogies très importantes qui doivent être invoquées en faveur de cette thèse. Nous avons déjà cité dans notre cinquième chapitre les expériences de M. üelezenne sur la digestion de la gélatine par les leucocytes de chien qui montrent d’une façon incontestable que ces cellules sdiabituent à accomplir cette digestion de plus en plus rapidement et ceci tout à fait indépendamment d une influence humorale quelconque.

Depuis longtemps, on ne met plus en doute ce fait fondamental que les phagocytes, chez les animaux immunisés, saisissent et détruisent les microbes vivants. On avait tenté à plusieurs reprises de démontrer que la destruction des bactéries ne se faisait dans ce cas que par les humeurs et que les phagocytes n’intervenaient qu’en qualité de « balayeurs » pour enlever les cadavres des microbes. Les données nombreuses, communiquées dans le précédent chapitre, nous dispensent d’entrer de nouveau dans la discussion de cette question. Du reste, la plupart des opposants reconnaissent eux-mêmes à présent que les microbes sont englobés à l’état vivant par les phagocytes des animaux immunisés. Seulement quelques-uns ont exprimé 1 opinion que ces microbes vivants, avant de devenir la proie des phagocytes, doivent subir préalablement, de la part des humeurs, une atténuation de virulence. De là est née la théorie du pouvoir atténuant des liquides de l’organisme, soutenue surtout par M. Bouchard et ses élèves. Au cours de l’exposé des faits, concernant l’immunité acquise, nous avons eu plusieurs fois occasion de parler de la virulence des microbes dans l’organisme immunisé. Nous pouvons donc nous contenter ici d’un aperçu sommaire des données recueillies à ce sujet.

Après avoir remarqué que la bactéridie, développée dans du sang de moutons immunisés, était incapable de donner le charbon mortel

lapins, j’ai exprimé (l) l'opinion que, clans ces conditions, elle subit une atténuation de la virulence. IMns tard des changements analogues ont été constatés parM. Charrin p2) chez le bacille pyocyanique, cultivé dans du sérum d animaux immunisés. Généralisant ces faits, M. bouchard (3) est arrivé à la théorie suivante de la vaccination. « L’inoculation d’nn virus fort chez un vacciné n’est autre chose que 1 inoculation d un virus atténué. Seulement l’atténuation an lieu d’être faite an [)i*éalable dans le laboratoire, se fait dans les tissus du vacciné » (p. 18). MM. (>harrin et Roger (4) ont soutenu cette opinion et le dernier de ces deux auteurs a fourni plusieurs arguments nouveaux en sa faveur. Il a nolamment observé c|ue les animaux, inoculés av’ec des pncumoco(|ues et des streptocoques, développés dans du sérum sanguin des animaux vaccinés, ne contractaient qu'une maladie passagère et bénigne, tandis (pie les animaux témoins, inoculés avec les mêmes microbes, mais cultivés dans du sérum normal, mouraient toujours d’infection généralisée.

La découverte de la propriété préventive des sérums a jeté une lumière nouvelle sur ces expériences. On devait en etfet se demander si la bénignité des microbes, développés dans des sérums d’animaux vaccinés, dépendait non pas de l’atténuation des virus, mais bien de 1 effet préventif des sérums mêmes? Lorsqu'au courant de mes recherches sur le coccobacille de Gentilly, j’eus constaté que, cultivé dans le sérum de lapins vaccinés, ce microbe devenait beaucoup moins pathogène que dans le cas où il s'est développé dans le sérum de lapins normaux, je me suis mis à résoudre la (juestion que je viens d’indiquer. La simple filtration à travers le papier a suffi pour débarrasser le microbe du sérum, dans lequel il avait poussé. Jfinoculation de coccobacilles, traités par ce procédé, a prouvé de suite que leur virulence n’était modifiée en rien et que c’est l'intervention du sérum qui empêchait le microbe de provoquer la maladie rapidement mortelle. M. IssaetF (ô) (jnia fait dans mon laboratoire un travail sur le pneumocoque, a pu étendre à ce microbe le même résultat.* Il a obtenu des cultures agglutinées dans le sérum des lapins vaccinés et

(1) Annales de l'Insiitnt Pasteur, 1887. T. I, p. 42.

(2) C. r. de la Société de Biologie, 1889 1891.

(3) Essai d'une théorie de l'infection. Berlin, 1890.

(4) Charrin, (]. r. de la Société de Biologie, 1890, pp. 203, 332 ; Roger, C. r.

de la Société de Biologie, 1890, p. 373 et Revue générale des Sciences 1891 p. 410. ' ^ 1

(o) Annales de l'Institut Pasteur, 1893. ï. Vil, p. 273.

GHAPITUE IX

a compare leur activité en les injectant soit avec leur milieu de culture, soit débarrassés de celui-ci. Ladilterence a été très marquée. Dans le premier cas, l’infection produite était à marche beaucoup plus lente que dans leseeond. La virulence des pneumocoques lavés s’est montrée la môme qu'ils proviennent d’une cullure dans du sérum normal ou dans du sérum immunisé. M. Sanarelli ( I ) a obtenu le même résultat avec le vibrion de Gamaleïa. Les vibrions, développés dans du sérum de eobayes vaccinés, se sont montrés très virulents, aussitôt qu’on lesdébarrassait du liquide dans lequel ils étaient plongés. Plus tard, des constatations analogues ont été faites [)ar MM. Bordet(2j et Mesnil (3) par rapport aux streptococ[ues et aux bacilles du rouget des porcs. Il tant donc bien conclure qu’il s’agit ici d’une règle générale. Quelques expériences de M. de Nittis(4) pourraient scnd>ler y faire exception. Il a vu en elfet que des bactéridies, cultivées dans du sérum de pigeons vaccinés, perdaientde leur virulence. Mais il ne faut pas oublier qu’il a développé sescnlturesdansdesconditionstoutes particulières ; la bactéridie poussait pendant plusieurs jours à 42«, ce qui suffit déjà pour amener une certaine atténuation de la virulence.

La théorie de l’action atténuante des humeurs, basée sur l’atténuation des virus dans le sérum des animaux vaccinés, ne pourrait plus être maintenue, déjà à la suite du fait bien établi que le sérum, obtenu eu dehors de l’organisme, est im liquide diüérent du plasma de l’animal vivant. Nous avons vu jusqu’à quel point cette constatation a ébranlé la théorie de l’influence bactéricide des humeurs.

Il n’est pas douteux qu’un microbe peut subir un certain atlaiblissement de la virulence, ainsi que de plusieurs autres fonctions, dans l’organisme, ayant acquis l’immunité. IMais il faut se demander si cet etfet est obtenu à la suite d’influences humorales ou cellulaires. En règle générale, les exsudais, obtenus chez des animaux vaccinés et renfermant des microbes vivants se montrent virulents, lorsqu’ils sont inoculés directement à des animaux sensibles. Ce fait a été déjà établi par Pasteur (h) dès ses premières recherches sur rimmunité acquise contre le choléra des poules. 11 a constaté que l’exsiidat des poules vaccinées provoque chez des poules neuves la maladie mortelle, sans

(t) À7inales de l'Institut Pasteur, p. 230.

(2) Ibid., 1897. T. Xt, p. 177.

(3) 1898. ï. XII, p. 481.

(4) AiiJiales de l’Institut Idisteur, .

(o) Comptes re7idus de l'Acad. des Scie7ices, 1880. T. XG, p. 1033.

MIÆANISME UE E’IM.MUMTÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES

qu’il se présente le moindre signe de rattéiination du microbe. La même règle s’applique aux cas du coccobacille de Gentilly et du bacille charbouueux dans la très graudc majorité des exemples. M. de x\ittis a vu 1 exsudât des j)igeous immunisés produire riufectioii mortelle chez le cobaye et la souris, ('hez le cobaye immunisé, il a constaté au contraire f|ue 1 exsudât devenait bientôt inoil'ensif pour ces animaux. Seulement cette atténuation doit être attribuée non pas aux humeurs Ujui ne manifestent aucun pouvoii' préventif ni atténuant), mais bien à l’action des cellules.

Dans 1 intention do se rendre compte des changements que peuvent subir les microbes dans l'oi-ganisme immunisé, M. Vallée ( l i a entrepris des expériences sur des la[)ins, vaccinés contre le bacille du rouget des porcs. Il renfermait ces microbes dans des sacs de collodion qu il introduisait dans la cavité péritonéale de lapins sensibles et d’autres, hyj)erimmunisés. Le bacille se dévclo[)pait bien dans les deux cas. Il donnait des cultures homogènes, non agglutinées, dans les sacs des animaux normaux', tandis que dans les sacs, introduits dans le péritoine do lapins byperimmunisés, les bacilles poussaient en tilanients agglutinés. Le lait [)rouve que la paroi des sacs a permis le passage des substances actives, élaborées dans l’organisme immunisé. Diüérentes au point de vue de l’agglutination, les cultures accusaient également une différence considérable dans leur pouvoir pathogène. Les cultures développées dans les sacs des lapins hyperimmunisés se sont montrées notablement plus virulentes que celles des sacs des témoins, (.ette augmentation de la virulence dépend probablement de 1 influence des substances actives qui passent à travers les sacs. Dans

tous les cas, cette expérience confirme une fois déplus l’impossibilité de maintenir la théorie de 1 atténuation des microbes par les hiinieurs de 1 organisme, jouissant de l’immunité acipiise.

Après la découverte de la propriété antitoxiqiie des humeurs, on avait cru que sa manifestation était indispensable pour l’acquisition de l’immunité. On se représentaitque, pour se débarrasser des inicrobes pathogènes, l'organisme devait avant tout développer le inoyen de neutraliser leurs toxines, (ielles-ci, une fois empêchées dans leur action néfaste, le microbe restait sans moyen d’attaque et dans ces conditions se trouvait réduit au rang d’un simple saprophyte. Ou croyait donc trouver toujours dans les humeurs des animaux, ayant

(1) Comptes rendus de lu Soc. de Biologie, 1899, p. 43îi,

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acquis l’immunité, uii pouvoir antitoxique efficace. Contre cette interprétation, parlaient cependant certains faits, antérieurement établis. DôjàM. Chauveau (1) avait observé que des moutons algériens, dont rimmunité naturelle était encore renforcée par des doses considérables de bactéridies, manifestaient une sensibilité vis-à vis des injections de sang charbonneux tout aussi forte que les moutons neufs. L’immunité contre le virus ne marchait donc point parallèlement à celle contre le poison. Plus tard, MM. Charrin et Camaleïa (2) fournirent à ce sujet des documents importants. Ils établirent (|ue les animaux, vaccinés contre le bacille pyocyanique et les vibi ions de Koch et de Camaleïa, étaient même plus sensibles à l’intoxication par les produits solubles lie ces microbes que les animaux neufs, dépourvus d’immunité vis-àvis de ces bactéries. Ce résultat a été bientôt après confirmé par M. Selander (3) dans son travail sur le hog-choléra, exécuté sous la direction de M. Houx. Les lapins^, vaccinés contre le coccobacille de cette maladie, résistaient bien à l’infection par le virus, mais mouraient à la suite des mêmes doses de toxine qui tuaient les lapins neufs. Nous (4) avons pu non seulement vérifier ce tait, mais y ajouter encore cet autre que le sérum sanguin des lapins vaccinés, bien que manifestement préventif contre l’infection, n’exerçait cependant aucune action antitoxique.

Lorsque M. H. Pfeiffer s’est mis plus tard à étudier rimmunité des animaux contre le vibrion cholérique, il a pu lournir, avec ses colla-

borateurs, des données nombreuses confirmant cette thèse que les animaux, bien vaccinés contre ce microbe, ne sont pas pour cela devenus plus résistants à la toxine vibrionienne et que leur sérum antiinfectieux ne manifeste aucun pouvoir antitoxique. Ces résultats ont été confirmés un grand nombre de fois et doivent être considérés comme défmilivement acquis.

M. von Behring a reconnu, dans ces données, une loi générale qu’il a essayé de développer avec ses collaborateurs. Nous tenons de lui ce renseignement que la sensibilité, augmentée pour les toxines, des animaux vaccinés contre les microbes, peut servir même dans des cas difficiles pour révéler la présence de certains poisons bactériens. Des produits de culture, débarrassés de microbes, ne provoquent souvent

(1) Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, 1880. T. XG, p. 152(î.

(2) Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1890, p. 294.

(3) Annales de l'histitut Pasteur, 1890. T- IV, p. 563.

(4) IbüL, 1892. T. VI, p. 295.

MÉGANISM1-: DK D’IMMUNITÉ ACQÜISK CONTRE LES MICROBES

aucim empoisonnement cliez des animaux neufs, sciisililes à l’infectioii. De ce lait, on conclut généralement à l’alisence de toxine dans les produits en question. Mais les animaux de même espèce, immunisés contre l’intection par le microl)e, deviennent, grAce à leur hypersensibilité, un réactit heaucouj) plus a[)pro[)rié et démontrent dans les liquides, inactifs sur des animaux non vaccinés, la [)i’ésence de poisons l)actériens.

En collaboration avec M. Kitasbima (1), M. von Debring’ a immunisé des cobayes contre le bacille dipbtérbjne. Ces observateurs ont démontré que quelques injections de toxine dipbtéri(jue suffisent déjà à rendre ces animaux réfractaires à l’infection par le bacille diphtérique tandis qu’en même temps leur organisme devient pins sensible à l’intoxication. M. von Behring pense (jue cette augmentation de la sensibilité pour le poison diphtérique est un moyen pour rendre plus active la réaction locale des éléments vivants au point d’introduction des bacilles.

Dans tous les cas, il est hors de doute (jiie Eimmunité acquise vis-àvis de l’infection microbienne est tout à fait indépendante de la résistance contre les toxines du microbe correspondant. Une manifestation antito.xique quelconque ne peut donc aucunement être considérée comme nécessaire pour le développement de rimmnnité contre te microbe.

De toutes les propriétés humorales qui se développent dans rimmunité acquise contreles microbes, ce sont donc le pouvoir fixateur et le pouvoir préventif qui sont les plus constants. On pourrait supposer facilement, a la suite de cette constatation, que ces deux pouvoirs sont indispensables pour que la phagocytose se manifeste afin de détruire les microbes pathogènes et d’en débarrasser l’oreanisme. On conçoit bien que, dans ces conditions, on ait pu émettre l’idée que l’immunité antiinfectieuse acquise est due à deux facteurs différents : en premier lieu à une propriété humorale, indépendante des phagocytes, et en second lieu à ces phagocytes mêmes. Seulement le rôle de ces éléments ne pouvait être accepté que comme purement secondaire, opinion qui a été exprimée etsontenue à maintes reprises. En présence de l'im[)ortance de cette question, il y a donc lieu de se demander d où viennent les propriétés humorales, telles que le [louvoir fixateur et le pouvoir préventif, si répandus dans l’immunité antiinfectiense?

(i) Bei'liner klinische Wochenschr., 1891, p. 157.

ClIAl'lTUE iX

Grâce aux efforts de plusieurs chercheurs, la science s’est trouvée en état de répondre à cette question. Ce sont d'abord MM. Pfeiffer et Marx(l) qui ont fourni dos renseig-nements très importants sur l’origine de la propriété préventive Ils ont inoculé sous la peau de lapins des vibrions cholériques, tués par la chaleur (70°), après quoi ils ont fait des recherches minutieuses sur la valeur préventive du sang et de l’extrait des différents organes. Eu examinant séparément le pouvoir préventif du sérum et de la couche des leucocytes, déposés dans des tubes, MM. Pfeiffer et Marx n’ont pu constater aucune différence notable. De même ils n’ont jamais pu obtenir d'elfet mar<pié avec des leucocytes, prélevés à des exsudais pleurétiques. Ils en concluent que les leucocytes du sang ne doivent pas être considérés comme source de la substance préventive (ou « choléraanticoj-ps »). Aune période où le sérum ne manifestait encore qu'un [)ouvoir préventif insignifiant ou nul, l’extrait de la rate exerçait le plus souvent une action des plus marquées. Dans une expérience, où le lapin fut sacrifié 48 heures après l’injection des vibrions, 0,3 ce. de sérum étaient incapables d'empêcher l infection mortelle du cobaye, tandis cpie l'extrait de la rate injecté à une dose dix fois moindre, exerçait un pouvoir préventif des plus manifestes. De cette expérience et d’autres pareilles ou analogues, MM. Pfeiffer et Marx concluent que c’est la rate qui est le foyer principal de la substance préventive. Pour vérifier cette conclusion, ils ont injecté des cultures choléricpies tuées à des lapins [>réalablement dératés. Malgré l’absence de la rate, les lapins ont cependant produit la même cpiantité de substance préventive, ce qui a amené les deux observateurs à admettre que les ganglions lymphatiques et la moelle des os peuvent également servir de source à cette substance.

Ce n’est que pendant les premiers jours que ces organes manifestent un pouvoir préventif plus fort que celui du sang. Trois ou quatre jours après l’injection des vibrions, c'est le sérum sanguin qui devient le plus riche en substance préventive ; les organes en renferment beaucoup moins. Cet état se maintient pendant quelque temps, après quoi le sang aussi commence à s’appauvrir.

MM. Pfeiffer et Marx se sont demandés si le fort pouvoir préventif de la rate dépend de la grande production de la substance préventive par cet organe, ou bien s’il s’explique par l’accumulation dans la

(t) Zeitschrift fur Hygiene, 1898. T. XX Vil, p. 272.

MKGANISMH DK L’IMMUNITK ACQUISK CONTRE LES MICROBES

rate de cette substance, faln'iqiiée ailleurs. Dans riiiteiitioii de résoudre celte question, ils ont injecté à des lapins du sérum préventif d autres individus et ont constaté que la substance préventive ne inanitcstait aucune tendance à s accumuler dans la rate. Ces auteurs ont donc été obligés de conclure (jue la rate et les autres organes bématopoiéti(jues (ganglions lymphaticpies et moelle osseuse) sont de vrais foyers de; production de la substance prév'entive. iNous pouvons ajouter (pie ces organes sont précisément les organes phagocytaires par excellence, c est -a-dire les centres (pii servent non seulement au développement des [iliagocytes, mais (pii renferment une (|u<‘uitité de ces éléments adultes, capables d’exercer leur fonction.

Presque en même temps (pie MM. Pfeilfer et Marx, M. A. Wasserniami i 1 en c()llaboration avec M. raUaki, a entrepris des recherches aiiabygues sur l’origine de la substance préventive vis-à-vis du coccobacille tjqihiipie. Il en est résulté (pie « ce sont la moelle des os, la rate et le s\st('me lymphatiipie ainsi (juc le thymus (|ui manifestent un pouvoir fortement immunisant contre le bacille de la lièvre typhoïde. Au contraire, les autres organes, tels (]ue le sang, le cerveau, la moelle, les muscles, le toie, le rein, etc., ne montrent à ce moment <aucune pro- [)i*iété spécifique marquée .»

(^omme ces données sur la production de substance préventive dans les organes phagocytaires présentaient une importance tout à fait fondamentale pour 1 ensemble du problème de l’immunité acquise, j'ai demandé à M. Deutsch (2 de faire dans mon laboratoire une série d’e.xpériences sur le mémo sujet. Il s est servi de cobayes auxquels il injectait dans le péritoine des cultures du coccobacille typlii(pie, tuées par la chaleur (60'’). Quelques jours après, le sérum devenait nettement préventif. A ce moment, comme aussi avant l’apparition de ce pouvoir dans le sang, M. Deutsch sacrifiait les animaux et déterminait soigneusement la propriété préventive de l’extrait des différents organes. Il a commencé par confirmer le résultat de MM. Dfeiffcr et Marx sur la non-production de la substance préventive dans l'exsudât péritonéal. Le plus souvent ce liquide était insuffisant pour protéîî'er les cobayes neufs contre l’infection typhique. Dans quehjues expériences seulement, l’cxsudat s’est montré aussi préventif que le sérum sanguin, tandis que dans la plupart d’autres, celui-ci était beaucoup plus actif (pie le li(piide de l’cxsudat. Parmi les organes, c’est surtout la

(1) Herliner ktinische Wochenschri fl, 18R8, p. 200.

(2) Armales de l'Institut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 689.

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rate qui a manifesté la plus forte propriété préventive et dans pres- ([ue la moitié des cas, elle était plus active que le sang. La moelle des os a donné quelquefois des résultats analogues, quoique beaucoup moins démonstratifs. C/est donc surtout la rate qui doit être cpnsidérée comme le princij)al foyer de production de la substance préventive.

Après avoir continné cette donnée de MM. Pfeilfer et Marx, Wassermann et Takaki, M. Dcutsch a essayé d’obtenir la propriété préventive chez des cobayes, piâvésde la rate. L’expérience a très bien réussi et ici encore son résultat a été conforme à celui des deux premiers observateurs. Les cobayes dératés ont tout aussi bien développé la propriété préventive que leurs témoins normaux ; chez les premiers, c’est la moelle des os qui s'est montrée la plus active.

Lorsque M. Deutscli enlevait la rate à ses cobayes non pas avant l’injection des microbes, mais quelques (3-5) jours après, il en résultait souvent une diminution notable dans la production de la substance préventive. Il faut en conclure que, bientôt après l'inoculation, il se produit dans la rate un phénomène lié au développement du pouvoir préventif. L'explication la plus simple de ces faits consiste dans la supposition que les microbes, injectés dans le péritoine, et bientôt après saisis par les phagocytes (pour la plupart par des micropliages) sont transportés dans les organes phagocytaires, surtout dans la rate, les ganglions lymphatiques et la moelle osseuse. Chez les animaux, dont la rate est intacte, une quantité de ces microphages chargés se dirigent dans cet organe, un fait confirmé par Tobservation directe. Lorsque la rate est enlevée, les microphages doivent nécessairement se réfugier dans les autres organes phagocytaires. Comme les microbes subissent la digestion intracellulaire dans les phagocytes, il est très difficile, sinon impossible, de les poursuivre longtemps après qu'ils ont été englobés. IMais l’analogie avec les phénomènes de la résorption des globules rouges, que nous avons relatés dans le quatrième chapitre, nous permettent de supposer qu’avec les microbes les choses se passent de la même façon. Ces organismes, saisis au point d’inoculation par les phagocytes, sont transportés par ceux-ci pendant leur pérégrination à travers les organes jusqu’à la circulation générale. L’interprétation que je viens de donner a été acceptée par M. Deutsch.

Cet observateur a voulu aussi se rendre compte de l’origine de la propriété agglulinalive, si développée dans les humeurs des animaux, inoculés avec du coccobacillc typlii({ue. 11 n’a pas réussi à résoudre

cette question, mais il a pu démontrée la dilFéreiice incontestable entre cette propriété et le pouvoir préventif. Les faits, apportés par M. Deutscli, doivent donc être rang’és à coté de tant d’autres, raj)[)ortés plus haut, qui démontrent d’une façon définitive (jue les deux pouvoirs des humeui'S sont essentiellement distincts.

Les résultats si concordants de tous les chercheurs (jui se sont occupés de 1 origine du pouvoir préventif [)ermettent cette conclusion que ce sont les éléments des organes j)hagocytaires, c’est-à-dire les phagocytes mêmes (|ui [)roduiseut la substance préventive. Mîhs nous demandera-t-ou, [)eut-on admettre pour cela que la substance fixatrice ou le fixateur proviennent également de la même source ? A l’é[)0(jue ou 1 ou exécutait les travaux que je viens de résumer, on ne connaissait pas encore sulfisamment les fixateurs et on les confondait avec les substances préventives. Malgré-cela, la réponse à la question que nous venons de poser, n’est pas douteuse. Dans les l’apports des expériences de MM. Pfeilferct Marx, nous trouvons des données très précises sur la transformation granuleuse des vibrions. Ainsi ils ont observé plusieurs fois que l’extrait de la rate provo(piait cette transformation d'une façon extrêmement nette et rapide à une période où le sang et le sérum, employés à dose beaucoup plus forte, étaient incaj)ablcs de 2)roduire le même effet. Oiç comme le phénomène de Pfeiffer est une manifestation visible de l’action du fixateur spécifhjue, il ne peut être douteux que la rate est réellement l’endroit principal où SC dévelo])pc la substance fixatrice, avant d'apparaitre dans le sang.

Avant de terminer ce cha])itre, nous devons passer en revue d’une façon très sommaire les principaux phénomènes qui ont lieu dans rimmunité acquise contre les microbes. La destruction extraccllulaire de ces parasites ne se [)roduit chez l’organisme vivant que dans des conditions spéciales, lorstpie les phagocytes subissent une avarie passagère (phagolyse) et laissent échapper leurs microcytases. Ces dernières ne re[)résenlcnt point des attributs des humeurs, comme on le pensait autrefois et comme (pielqucs auteurs l’admettent engore à l)résent. Ces ferments solubles sont liés aux phagocvtes et représentent les fermcids de la digestion intracellulaire. Les cytases ne subissent pas de modifications pendant rimmunisation et correspondent à celles (jui agissent dans l’immunité naturelle.

La substance agglutinative, déjà souvent présente dans les humeurs normales, devient beaucoup plus développée dans celles des animaux immunisés. Llle est vraiment humorale, car elle circule dans les

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