CHAPITRE X
Il est inutile de relater les phénomènes qui se produisent chez les souris, inoculées sous la peau et traitées avec du sérum préventif, car même dans le péritoine il n’y a ni phénomène de Pfeiffer, ni aucune destruction extracellulaire des bacilles. Ces microlies, soumis à l’influence du sérum spécifique, absorbent bien le fixateur, comme l’ont démontré MM. Bordet et Gengou (1). Cette absorption doit certainement favoriser l’action des cytases intraphag’ocytaires. Mais elle ne suffit pas pour expliquer l’effet préventif, antiinfectieux, du sérum. Ce dernier résultat découle des expériences que M. Geng’ou a bien voulu faire sur ma demande. Il a inoculé à des souris des bacilles du rouget, mélangés avec du sérum spécifique, chauffé à 55°, et additionné de sérum de cobave normal. Les souris ainsi traitées ont
résisté à l’infection, tandis que leurs témoins mouraient après quelques jours. Après s’être ainsi assuré de l’effet préventif du sérum, M. Gengou a préparé les mêmes mélanges de bacilles du rouget et des deux sérums; seulement au lieu de les injecter en totalité, il débarrassait les Imcilles des sérums, après un contact prolongé, et les injectait à des souris. Les bacilles s'étaient imprégnés de fixateurs, mais, malgré cela, ils tuaient les souris presque aussi vite que les témoins. Ce n’est donc pas !c fixateur adhérant aux microbes qui détermine l action préventive du sérum spécifujue. Ce liquide doit renfermer encore une autre substance, celle justement qui stimule les plia gocytes.
L’analyse du mécanisme de l’immunité dite passive, c’est-à-dire communiquée à des animaux neufs par le sérum antiinfectieux spécifique, nous apprend que, même lorsque l’action directe des substances humorales est très limitée, l’effet préventif se produit tout de même grâce à l’influence stimulante qui provoque la destruction des microlies par l’intermédiaire de la réaction phagocytaire. Le résultat auquel nous sommes amenés se confirme par l’examen des phénomènes qui se passent chez des animaux soumis à l’action du sérum anticharhonneux. C’est M. Marchoux (2) qui, le premier, nous a donné des renseignements précis sur la façon d agir du sérum des animaux traités avec des bactéridies, sur l’organisme de lapins. Cet observateur a \u que, dans le péritoine de lapins injectés la veille avec du sérum anticharbonneux, les bactéridies inoculées deviennent
(1) Annales de V InsliluL Pasteur, 1901. T. XV, p. 289.
(2) Ihid., 1895. T. IX, p. 800.