IMMUNITIÔ HAPIDD ET PASSAGÈRE CONTRE LES MICROBES
presque uiissitôt la proie des phagocytes. Déjà deux minutes après riiitroductioii de bacilles dans la cavité péritonéale, la grande majorité est englobée par les leucocytes ; dix minutes plus tard, il n’y a plus du tout de bactéridies libres. Non seulement benglobement, mais aussi la destruction de ces microbes se font avec une très grande rapidité et déjà quelques heures après l’injection, l'exsudât péritonéal ensemencé sur des milieux de culture, reste stérile. Dans le tissu sous-cutané, la réaction [)hagocytaire demande [)lus tle temps que dans le péritoine, mais elle se fait encore très rapidement. Ainsi, inoculées sous la peau de l'oreille de lapins, traités avec le sérum spécifique, les bactéridies sont déjà en majeure partie englobées au bout d’une demi-heure. Au bout d’une heure, en général, la phagocytose est complète.
Dans les expériences de M. Marchoux, l’importance du rôle des phagocytes ressortait encore davantage lorsqu’il entravait leur fonction d’une façon quelconque. Les lapins, injectés la veille avec du sang anticharbonneux, et inoculés 24 heures plus tard avec des bactéridies sous la peau de l’oreille, résistaient définitivement à l’infection, en présentant la phagocytose abondante que nous venons do mentionner. Mais chez d’autres lapins, préparés de la mémo façon parle sérum, mais inoculés le lendemain dans une ecchymose, provoquée en martelant légèrement l’oreille, certaines bactéridies échappaient aux phagocytes et réussissaient à provoquer un fort œdème et le charbon mortel au bout de plusieurs jours. A l'autopsie de ces animaux, les bactéridies étaient peu nombreuses, mais on on rencontrait dans tous les organes. Le même fait découle d'une autre expérience, dans laquelle M. Marchoux inoculait du sang charhonneux qui se coagulait sous la peau de lapins, préj)arés avec du sérum s[)écifique. Le caillot sanguin n’attire (jue les macrophages, comme nous le savons d’après l’exposé présenté dans le (piatrième chajiitrc. Les microphages n'arrivent que tardivement et en [)ctit nombre. Or, comme ce sont justement ces phagocytes qui détruisent princi[)alement la bactéridie, leur absence permettait aux bacilles de se reproduire et d'amener le charbon mortel. Les la[)ins, préparés par le même sérum, mais auxcpicls on injectait du sang charbonneux, délave dans du bouillon (cecpii cmj)êchait la formation du caillot), résistaient très bien à l’infection, grâce à la réaction phagocytaire qui évoluait sans entrave.
M. Sclavo (I) (pii a fait des recherches nomhreuses sur l'action dn
M) Centralhlatt fiir BaktPriolo(ii>‘. IS9!L '1'. XW'I. p. f“28.
CITAPITRR X
scrnm aRticliarl)nnnonx, ])eiiso aussi (jiio ectio aciioii n’cst pas directe sur la l)actéridie et ne se produit (jne j)ar l'intermédiaire de l’organisme. 11 suppose que le sérum stimule la fonction des phagocytes et augmente rintluence bactéricide des humeurs. Seulement, comme dans ce pouvoir bactéricide entre la cytase en qualité de substance détruisant les microl)es, et comme cette cytase est renfermée dans les phagocytes, on concevra facilement quel rôle prépondérant retombe sur ces éléments.
M. S)bernheim (1) s’est aussi beaucoup occupé de la question qui nous intéresse en ce moment. A la suite de ses recherches, il arrive à cette conclusion que le sérum anticharbonneux u ne peut d’aucune façon agir sur le virus par une action directe des substances préventives spécithpics ». 11 faut, pour ([ue le sérum soit efficace, l’intervention active de l’organisme, car autrement on ne peut pas expliquer pourquoi le sérum, employé dans la môme proportion contre la môme quantité de bactéridies, protège une espèce animale (lapin) et en laisse périr une autre (cobaye, souris). Aussi, lorsque M. Sobernheim essfiya d’appliquer au charbon la découverte de la transformation des vibrions cholériques en granules, il n'aiaâva qu’à des résultats négatifs. 11 ne se produisait rien de comparable au phénomène de Pfeill'erct, en général, les bactéridies ne subissaient aucune modification apparente. M. Sobernheim affirme aussi que la phagocytose rapide sous l’influence du sérum, décrite par M. Marchoux, « ne parait pas se produire dans toutes les circonstances » (p. 117). Seulement, comme ses recherches à ce sujet ont été faites sur des cobayes qui, malgré le traitement par le sérum spécifique, finissaient toujours par succomber au charbon, on comprend facilement que les résultats ne pouvaient [loint ôti*c comparables à ceuxdelM. Marchoux. Nous avons été témoin du travail de cet observateur et nous avons pu nous convaincre de l’exactitude des faits qu’il a rapportés dans son mémoire.
La plupart des exemples que nous venons d’étndicr justifient pleinement l'hypothèse de l’action stimulante des sérums préventifs, supposition que nous avons formulée à la suite de nos recherches sur l’iminnnité des lapins contre le coccobacille de (Tentilly (2). Dans ce pr emier cas d’immunité antiinfecticusc, due au sérum élalioré par un animal immunisé, nous n’avons pu constater ni un pouvoir bactéricide tant soit peu manifeste, ni la propriété agglutiiiativc ou atténuait) Zeitschrift für ïïi/giene, 1899. T. XXXI. p. MO.
(2) Annales de l’Institut Pasteur, 1892. T. VI, p. 308.
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trice des humeurs. Gomme d’autre part, ce sérum s’est montré dépourvu de toute iutlueiice aiititovique, il a été tout indi([ué de chercher son action, nulle ou insignifiante vis-à-vis du microbe, sur l’organisme de l’animal auquel on l’injecte dans le Imt préventif. L’evamen comparatif de la marche des phénomènes sous la peau de l’oreille chez des lapins, dont les uns ont reçu une injection du sérum spécifique dans les veines tandis cpie d’autres ont été gardés comme témoins, a aussitôt accusé la grande ditlerence des deu.v cas. Chez les témoins, les eoccohaeilles se sont mis aussitôt à pulluler sans rencontrer aucune opposition de la part de l’organisme ; au contraire chez les lapins, traités par le sérum, l’exsudât s’est enrichi en leucocytes qui SC sont mis à englolier les microbes. Avec le temps, le nombre de ceuxci diminuait de plus en plus, tandis que la quantité des leucocytes ne faisait qu’augmenter. La phagocytose aussi devenait de plus en plus fré([uentc. Cette lutte se prolongeait pendant plus de 24 heures, après quoi l’exsudât [uirulent, renfermant des masses de leucocytes, ne contenait plus de coccohacilles visibles au microscope ni en dehors, ni en dedans des cellules. Malgré cela, ce pus était encore caj^ahle de produire la septicémie mortelle chez les lapins neufs, ce qui prouve bien ({u’il renfermait encore quelques microbes vivants et virulents. Ces coccohacilles persistent pendant longtemps dans l’intérieur des [)hagocytes ; on peut encore révéler leur présence en injectant l’exsudât à des lapins neufs et en pi-ovoquant ainsi l’infection mortelle. Mais ils finissent au liout du coni[)te [>ar disparaître complètement. Voilà à la suite de (jucls faits je me suis cru autorisé, à la lin de mon mémoire, à formuler la conclusion suivante : « De tout l’ensemble des faits exposés. on [)eut tirer la conclusion que la préservation des lapins non vaccinés, mais traités avec le sérum, est due à une suractivité de la défense phagocytaire. Il est donc permis d’exprimer la supposition que le sérum [iréventif, dans l’exemple du hog-choléra des lapins, agit en stimulant les phagocytes, en les rendant moins sensibles aux toxines, et en les excitant dans leur lutte contre les bactéries » (p. 310). L'exposé des faits, recueillis depuis par plusieurs observateurs, justifient |)leinement cette sup[)osition. Parmi les autres microbes, vis-à-vis desquels on a obtenu une immunisation rapide par le sérum, il faut citer le coccobacille de la peste humaine. Des expériences très nombreuses, exécutées sur plusieurs es[)èces animales, démontrent que le sérum antipesteux, lui aussi, renforce la réaction phagocytaire d'une façon très considérable.