IMMUNITÉ RAPIDE ET PASSAGÈRI': CONTRE LES MICROBES
Elle n’existe ni chez le cheval ordinaire, ni chez le cheval vacciné contre la diphtérie » (p. 15). Contre les expériences de MM. Denys et Marchand, on pourrait faire valoir la même objection que celle que nous avons formulée contre les expériences analog ues de MM. Denys et Leclef, car, dans les deux cas, ces savants s’appuient trop sur les phénomènes de phagocytose ou sur leur absence dans des préparations, maintenues en dehors de l’organisme. Or, dans ces conditions, la phagocytose s’opère d’une façon trop anormale, pour être capable de fournir des renseignements précis.
M. V. Lingelsheim ( l) a opposé à MM. Denys et Marchand ce fait que, dans ses recherches, le sérum du cheval immunise contre le streptocoque s’est montré faiblement bactéricide. Après un contact prolongé ((5-12 heures) avec un sérum spécifique, les streptocoques, transportés dans du sang de lapin, présentaient un développement retardé comparativement aux streptocoques soumis à rintluence du sérum de chevaux antidiphtérique et antitétanique. Mais M. v. Lingelsheim signale lui-même que l’action bactéricide du sérum antistreptococcique était faible et passagère et nécessitait, dans l’organisme, l’intervention de la réaction cellulaire.
Les recherches exécutées par M. Bordet (2) dans notre laboratoire, sont exemptes des objections (ju’on avait le droit de formuler contre les expériences de MM. Denys et Marchand. 11 observait attentivement les phénomènes de l’immunité, comme ils évoluent dans l’organisme, soumis à l’influence du sérum antistreptococcique de cheval. M. Bordet a commencé par étudier les propriétés de ce sérum et s’est rallié à l’opinion de MM. Denys et Marchand sur l’absence d'un pouvoir bactéricide tant soit peu marqué. Le streptoco(jue pousse tout autant dans ce sérum que dans celui de cheval neuf. Seulement dans le sérum spécifique, il produit dos chaînes très notablement [)lus longues que dans le sérum neuf. Mais cette ditlerencc ne s’accuse que [)endant les premiers moments de culture. Le pouvoir aggiutinatif du sérum antistreptococcique n’est accusé qu’à un faible degi*é. L’injection d'une forte quantité de ce sérum à un lapin neuf ne confère point de pouvoir bactéricide au sérum de cet animal. « Le sérum extrait 21 heures après l’injection est un milieu do culture aussi a[>proprié que celui que fournit le sang avant l’introduction du sérum. Tous deux })ermettent une pullulation rapide et intense du microorganisme » qi. lOo). Il n'y a
(1) Dans V. Behring, Heilrnue zur e.r périment ellen Thérapie, 1900. T. I, p. lO.
(‘2) x\nnales de l'Institut Pasteur, 1S97. T. XI, p. 177.
CFIAIUTRE X
donc, dans le séciiin antistceptococciqiic, rien de coinparal)le à ce que l’on ol)tient si facilement avec le sérnin antivibrionien : rien qui rappelle le pliénomène de Pfeilfer même d’une façon atténuée. Nous avons déjà rapporté ailleurs le résultat de M. Bordet, d’après lequel les streptocoques, développés dans le sérum Sjjécitîque de cheval, se sont monti’és doués (b* leur virulence normale très grande.
Le sérum aiitistreptococcicjue, injecté à des lapins la veille de l’inoculatiou microbienne, dans le péi'itoine, préserve sûrement les lapins neufs, à condition que les microbes ne soient pas trop nombreux et que la quantité de sérum ne soit pas trop petite. Dans ces conditions, le virus est assez rapidement, et, autant (ju’il est possible de le constater, complètement engloljé. Le microbe est ainsi empêché de se développer et l'animal reste bien portant, tandis que son témoin qui n'a pas reçu de sérum, meurt au bout de peu de temps.
Lorsqu’on augmente la quantité de streptocoques, la lutte de l'organisme, pour s’en délnarrasser, devient, malgré le sérum préventif, plus pénible et beaucoup plus prolongée. Une partie des microbes devient bien la proie des phagocytes, mais il en reste assez de lil)res dans le péritoine pour (|u'il se produise une pullulation considérable. Lorsque la quantité de streptocoques est devenue assez grande, il se produit brusquement un phénomène que M. Bordet a désigné sous le nom de « crise phagocytaire ». Soudain, dans l’exsudât péritonéal, devenu épais et ayant pris l'apparence d’un pus homogène et blanc, se produit une phagocytose des plus rapides. En peu de temps, la totalité des streptoco(jues qui fourmillaient hors des cellules, est englobée par les leucocytes. « La condition essentielle de la guérison est toujours l acconiplissement complet de l englobement » (p. 203). Si ce dernier n’est pas général, le lapin peut succomber, quoique avec un grand retard par rapport au témoin.
Les péripéties de la lutte entre l’organisme, soumis à l'influence du sérum préventif et le streptocoque, rap{)ellent celles que nous avons relatées d’après les expériences de M. Salimbeni sur les chevaux immunisés. Le lapin, chez le(jucl la phagocytose n’a pas pu se faire d’emblée, à la suile de la trop grande tjuantité de microbes, subit d’abord un stade de développement libre des streptocoques, après quoi les phagocytes commencent à remplir leur fonction antibactérienne. Dans ce cas, ce sont surtout les macrophages quiagissenb tandis que les microphages, quoique présents en quantité assez grande, se montrent tout à fait inactifs. Mais ce premier stade de réaction pha-
IMMUNITÉ RAPIDE ET PASSAGÈRE CONTRE LES iMIGRORES
gocytaire est iiisuffîsaiit. Il est suivi d’ime [)ériode où le streptocoque parait preudi’e le dessus. Beaucoup de petites chaiiiettes, ayant écliap[)é aux: phagocytes, se reproduisent et donnent naissance à toute une nouvelle génération de niicrohes. Si la nouvelle poussée de phagocytose ne se produit pas^ 1 animal meurt d’infection. Mais, lors(jue le sérum [)réventif a été de force siiftisaiite, il arrive une nouvelle armée de leucocytes (jui deviennent maÜTCs de la situation. La phagocytose devient complète et non seulement les macrophages, mais aussi les microphages, dévorent une quantité de strc[)toco(pies.
M Bordet (pii, par ses recherches antérieures, s'était bien familiarisé avec 1 action directe du sérum préventif sur les vibrions, n’a pu trouver rien de semhlahle dans la lutte de l orgauisme, traité par le sérum aiitistreptococciipie, contre le streptocoque. Tout au plus a-t-il pu constater (pie les streptocoipies (pii recommencent à pulluler dans 1 exsudât sont de dimensions moindres (pie le streptocoque normal. Il faut bien admettre, d’après les dernières ac(]uisitions scientiti(pies, (pie ce microbe doit s’imprégner de la substance fixatrice du sérum spécifKpie. Mais nous savons déjà (pic cette fixation est inca[)ahle de dépouiller les microbes de leur virulence. Il reste donc, dans tous les cas, une grande part à l’action des phagocytes, excités jiar le sérum préventif, dans la lutte de 1 organisme contre le strejitocoipic.
Après avoir parcouru toute une série de cas d'immunité vis-à-vis des bactéries, conférée par les sérums spécifiipies, nous pouvons déjà nous rendre compte du mécanisme de ce genre d’immunité. Mais, avant d’arriver à la conception générale, il est utile de jeter un coup d œil sur un exemple de cette immunité dite passive contre un microbe, ap[)artenant au règne animal. Ces exemples ne sont pas nomhreiix, car, dans la plupart des cas d’immunité acipiise contre les parasites [irotozoaires, le sérum est inactif et incapable de communiquer l’immunité à des individus neufs. Il n’y a (fue le Trypanosome des rats, contre Icipie 1 M me Babinowitcb et M. Ivempner (1) ont démontré la [lossilnlité d'immuniser avec le sérum sanguin des .rats blancs vaccinés. Le mécanisme de cette immunité a été étudié par MM. Lavei'aii et Mesnil (2) et s’est montré tout à fait pareil à celui que nous avons relaté dans notre huitième chapitre pour rimmunité des rats blancs, conférée par rinoculation des Trypanosomes vivants.
(1) Zeitschrift für lli/gime, 1898 T. \.\X, p. 2.àl.
(3) Laverati, Titres et travauæ scieniifif/ues, Paris, 1901, p. ,87. Annaies de I Institut Pasteur, 1901. T. XV, septembre.