‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 89 sur 171 · Chapitre xi · texte numérisé non relu

Chapitre xi

Des considérations analogues peuvent être appliquées au cas du Mangouste (^Herpestes ichneumon), étudié surtout par M. Calinette (1). D’après ses recherches^ le Mangouste des Antilles est peu sensible au venin ; il supporte facilement des doses très considérables relativement à sa taille, mais son immunité n’est pas absolue. Son triomphe dans scs luttes avec les serpents venimeux est dû surtout à son agilité extraordinaire. Le sang des Mangoustes, mélangé a du venin, présente un pouvoir antitoxique incontestable, mais trop faible pour empcchcr les animaux sensibles de mourir. On n a pas assez de données pour se rendre compte de rorigiiie de cette propriété antitoxique, mais il est probable qu’il s’agit encore d’un exemple d’immunité relative, acquise pendant la vie. M. Calmcttc lait remarquer que ses Mangoustes venaient de la (luadeloupe, où il n’existc pas de serpents venimeux. On peut donc supposer que le faible pouvoir antitoxique du sang de ces mammifères était dû aux autres serpents ou à des espèces animales, dont le sang possède une certaine propriété venimeuse (2).

On a beaucoup plus de connaissances précises sur rimmunité naturelle de quelques mammifères vis-à-vis de toxines d’origine microbienne. L’exemple le mieux étudié et devenu pour ainsi dire classique est celui de l’immunité des rats contre la toxine diphtérique. Depuis la découverte de cette toxine, le premier poison bactérien bien étudié, découverte faite par M. E. Roux en collaboration avec M. Yersin, on a démontré que les souris et les rats supportaient impunément des quantités considérables de cultures diphtériques entières ou de leurs produits passés à travers le filtre. Un rat résiste sans trouble à une dose du poison diphtérique, capable de tuer plusieurs lapins. Pour expliquer cette immunité naturelle si grande, on a eu l'idée d’appliquer la découverte de la propriété antitoxique des humeurs. On a supposé donc que le sang des rats était, par sa nature môme, doué du pouvoir de neutraliser la toxine de la diphtérie. Mais, comme pour le tétanos des poules, les faits n’ont pas tardé à renverser cette

(1) Le venin des serpents, p. 43.

(2) L’immunité temporaire de la marmotte (parmi les Mammifères) vis-h-vis de la toxine létani(pie doit être notée h part. D'après MM. Billinger et Dônitz, la marmotic est insensible à ce poison pendant le sommeil hibernal. Mais une fois réveillée, elle prend facilement le tétanos. MM. II. Meyer, Ilalsey et Ransom ont observé les mêmes faits avec des chauves-souris hibernantes et réveillées. Dans ces cas, rimmunité dépend de la température basse, ce qui rapproche ces exemples de celui de l’immunité naturelle des grenouilles contre la même toxine.

IMMUNITE NATURELLE CONTRE LES TOXINES

hypothèse. M. Ivoupriaiiow (1 ) a étudié cette question sous la direction de M. Lœftler et a exposé les résultats de ses expériences qui prouvent que le sang- des rats d’égout, très réfractaires à la diphtérie, ne renferme aucune substance empêchant l’action morbide de la toxine diphtérique sur les animaux sensibles, notamment le cobaye.

On a dû chercher une autre explication et on s’est arrêté à l’idée que rimmuuité des rats dépend de l’insensibilité de leurs cellules vivantes au poison diphtérique. Les expériences, faites par i\IM. Roux et Borrel (*2j, ont démontré la nullité de cette hypothèse. L’immunité des rats est très grande lorsqu’on leur injecte la toxine diphtérique sous la peau ou dans le péritoine. Mais une faible dose (0,1 c. c.) de ce poison, introduite directement dans la substance cérébrale de rats, leur produit une paralysie totale (|ui dure pendant quelques jours et aboutit à la mort de l’animal. MM. Roux et Borrel en concluent « que le cerveau du rat est sensible au poison diphtérique et que si cet animal ne meurt pas, à la suite de l’injection de grandes quantités de toxine dans le tissu sous-cutané, c’est que celle-ci n’arrive pas à l’encéphale ». Des faits analogues ont pu être constatés par ces savants pour d’autres exemples d’immunité naturelle. Le lapin qui supporte facilement une injection hypodermique de 30 centigrammes de cldorhydrate de morphine, est mortellement empoisonné par 1 milligramme seulement de ce sel, introduit directement dans le cerveau. Dans cet exemple aussi, ce ne sont ni l’insensibilité cellulaire, ni la propriété antitoxique du sang (dont l’existence n’a jamais pu être démontrée vis-à-vis des alcaloïdes) qui peuvent expliquer rimmunité. Celle-ci est due au contraire au facteur qui arrête le poison en route et l’empêche de s’acheminer vers les centres nerveux.

Malgré l’insuffisance de nos connaissances sur l’immunité naturelle eontre les poisons solubles, on a bien le droit d’affirmer que cette catégorie de phénomènes rentre principalement dans le domaine cellulaire. Les humeurs des animaux qui présentent cette immunité ne se sont montrées antitoxiques que dans quelques exemples (scorpions, serpents, hérissons, mangoustes). Et encore pour la plupart d entre eux, il est possible d’invoquer des causes particulières, comme la sécrétion interne des venins de serpents et de scorpions par les glandes qui les élaborent, ou bien l’acquisition du pouvoir antito-

(1) Centralblatt fur Bakteriologie, 1891.

(2) Annales de l’Institut Pasteur, 1898. T. Xlfi p.22.'5,

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