AVANT-PROPOS
Nous tenons à nous excuser d'avoir choisi comme sujet de travail une question aussi vaste et aussi importante que celle de fimmunité locale, puisqu'elle est inlimement liée au grand problème de l'infection et de la défense de l'organisme. Des savants tels que Pasteur, Metchnikoff et Bordet ont consacré de longues années de leur ïilustre carrière à cette étude et c'est à la lumière de leurs conceptions que jusqu'à présent nous nous soimes laissés guider pour la recherche de la vérité.
Depuis quelques années, de nombreuses observations semblent avoir ouvert de nouvelles routes sur ce terrain si délical. À côté de l'immunilé générale, avec partici-
pation des humeurs et de l'organisme entier, on disüngue de plus en plus un mode de défense purement localisé, propre à certains tissus et à certains organes. Cette immunité locale serait l'expression d’une immunisation complète de l'organisme, mais comme elle nous a dévoilé des phénomènes nouveaux, nos conceptions sur lmmunité et l’Immunothérapie tendent de plus en plus à se modifier.
7 Nous voulons ici simplement, résumer l'état actuel
ES de nos connaissances sur celle importante question et insister sur les conséquences pratiques qui en découleront. La vaccination préventive, la vaccinothérapie . curative, le mode de préparaiion des vaccins el leur mode d'introduction sont aulant dé questions qui, chaque jour, posent aux pralriciens des problèmes NOUVEAUX,
Puissions-nous par ce court exposé bibliographique d'une question où nos observations personnelles ne peuvent que tenir une place infime, avoir réussi à mettre en évidence les principaux faits déjà acquis el à inciter les chercheurs à de nouvelles observations fructueuses.
IMMUNITE GENERALE ET IMMUNITE LOCALE
« Tous les éléments vivants peuvent acquérir une certaine dlmmunité ».. (METGHNIROFE, limmunité dans les maladies infectieuses, p. 99%.)
€ Chaque virus à son organe, Chaque organe son immumité. » (BEreokA, Bull. 1. P..
15 juillet 1922.
Comme l'a écrit Metchmikoff, « l'immunité contre
les maladies infectieuses doit être comprise comme l'ensemble des phénomènes, grâce auxquels un organisme peut résister à l'attaque des microbes qui produisent ces maladies. »
Cette résistance peut être naturelle ; ou bien elle peut résulter de la guérison d'une maladie spontanée ou être artificiellement conférée. On dit alors qu'elle est acquise et dans cette immunité acquise, on distingue, l'immunité acquise active qui résulte de la vaccination et de la guérison, et l’immunité acquise passive qui est le résultat de l'inoculation d’un sérum spécifique capable
de conférer ses propriétés immunisantes. Mais, que limmunité soit naturelle ou acquise, active ou passive,
nti-microbienne ou anti-loxique elle met vraisembla-
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blement toujours en œuvre les mêmes procédés fondamentaux qui constituent l'organisation natureile défensive de tout organisme. Et avant d'envisager les propriétés spéciales aux immunsérums, avant de voir ce qui les caractérise et ce qui les différencie des sérums normaux, arrêtons nous à cet acte de vie si important, si captivant, qu'est la phagocytose.
Metchnikoff nous a montré comment du Plasmode à l'organisme le plus compliqué, la cellule amiboïde, qu'elle soil isolée ou fasse partie d’une masse complexe, est capable à elle seule de se nourrir et de se défendre. Cette cellule, apte à saisir, à’englober, à digérer les éléments nutritifs, saura dans un plus haut degré de l'échelle se différencier et s'adapter à un rôle de défense. Le leucocyte qui s'infiltre entre les cellules endothébales des capillaires, qui passe dans la circulation et vient à la surface des muqueuses ou dans n'importe quel point en danger de l'organisme, pourra entourer le microbe ennemi, pousser des prolongements, l'englober et le digérer. Qui n’a pas suivi avec émotion, sous le microscope ou sur un écran, la lutte angoissante cles leucocytes contre leurs ennnemis. Le Trypanosome saisi, capturé, englobé par un leucocyte, disparait lentement, tandis que son fÎlagelle s’agite avec désespoir. Qui pourrait nier qu'il + à là un des plus beaux movens de défense de la cellule organisée ! Mais, cette activité défensive sera subordonnée à de multiples causes : parfois elle se manifestera avec une répidité et une intensité extraordinaires: souvent elle sera élective, quelquefois elle fera
défaut. La chimiotaxie négative empêche les leucocvtes
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de venir au combat: ou bien, s'ils peuvent parvenir Jusque là, ils sont incapables de saisir leurs ennemis el de les englober. Certains microbes, comme le Streptocoque de Marmoreck dont la virulence s'est exaltée par passages successils s'entoureront d'une gaine protectrice inattaquable: d’autres comme le vibrion cholérique useront de leur grande mobilité pour échapper aux leucocytes: d’autres enfin sécréleront de véritables polsons anli-leucocytaires.
Et l'on voit ainsi combien est essentiellement variable la défense de l'organisme. L'issue du combat est souvent bien aléatoire, car on ignore tout de celui qui attaque et de celui qui se défend. En effet, si les microbes sont plus ou moins virulents, S'ils sont capables de s’entourer d'une gaîne ou de sécréter des toxines, les leucocytes, de leur côté, semblent être encouragés et aidés par Îles propriétés spéciales aux sérums immunisés.
Déjà, en 1889, Charrin et Roger observent que <i l'on cultive des bacçilles pyocyaniques sur sérum de lapin vacciné contre ce germe, ils poussent en donnant des grumeaux, alors que sur un sérum neuf ils donnent un trouble homogène. Plus tard, Bordet étudie bien ce phénomène et il met en évidence la présence d'agolulinines en ajoutant à une suspension de vibrions cholériques dans l'eau physiologique, quelques gouttes de sérum anti-cholérique. Les vibrions sont d’abortl immobilisés puis fortement agglutinés et rapidement il: forment de gros amas visibles à l'œil nu.
Puis en 1894, avec les recherches de Pfeiffer, les notions de bactériolysines et sensibilisatirces micro-
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biennes se font jour. Le vibrion cholérique injecté dans le péritoine d’un cobaye neui y garde sa mobilité, sa forme, s'y multiplie et bientôt détermine la mort. Mais, lorsqu'il s’agit d’un cobaye vacciné, les choses se passent de toute autre manière : les humeurs du cobaye vacciné modifient profondément la morphologie des vibrions, SI bien que quelques minutes après leur injection on ne trouve plus dans la cavité péritonéale que des éléments immobiles, sphériques et rapidement phagocytés, au heu des batonnets incurvés et mobiles que l'on y avait introduits. Et l'expérience fondamentale de Bordet, en 1895, sur l’action bactériolytique in vitro du choléra sérum, son inactivation par chauffage à 55° et sa réaclivation par addition de sérum neuf, permit de dissocier les deux substances coopératrices de la Bactériolyse la Sensibilisatrice, spécifique, thermostable et FAlexine propre à lous les sérums et détruite à 55°. é
A la même époque, Denys et Leclef constatent que si l'on mélange in vitro des Streptocoques virulents avec des leucocyles, la phagocytose qui s'effectue est très fortement augmentée par l'addition au mélange, d’une petite quantité de sérum d'animal immunisé contre le streptocoque. Plus tard, Wright el ses collaborateurs reprennent la question et ils donnent le nom d’Opsonines à ces substances propres aux immunsérums et capables d'encourager et d'activer la phagocytose.
Kraus, en 1897, observe que les sérums d'animaux | vaccinés contre diverses espèces microbiennes précipilent les filtrats des cultures correspondantes. Et la
notion des précipitines vint alors compléter ce que loir savait déjà des agglutinines microbiennes. |
C'est de l'observation et de l'étude de tous ces phénomènes que petit à petit se créa la doctrine de l'Immunité, entourée de tout son cortège de faits acquis et contrôlés chaque jour par de nouveaux observateurs. Agelutinines, Précipitines, Bactériolysines, Sensibilisatrices, Opsonines, furent les termes créés pour satisfaire l'esprit, et ces témoins constants des immrnsérums furent bientôt considérés comme les acteurs tenant les principaux rôles dans le mécanisme de lmmunité. L'avénement de la sérothérapie ne fit que confirmer el renforcer ces opinions, On ne pouvait dès lors concevoir l'existence de l'Immuniié sans la participation effective des anticorps.
Les recherches de ces dernières années tendent à nous montrer le problème sous un jour un peu différent : si, dans certaines infections comme la diphtéri®, la présence des anticorps est une preuve constante de Fimmunité, il existe des maladies microbiennes telles que la dysenterie, la fièvre lyxphoïde où les anticorps ne sauraient expliquer à eux seul toute la resistance de l'organisme. Dans les infections à staphylocoques qui sont pourtant le triomphe de limmunothérapie, ra formation des anticorps est bien problématique. La rapidité avec laquelle s'établit limmunité dans le charbon bactéridien par la vaccination cutanée, semble bien mettre au second plan le rôle joué par des anti-
TFOTPS difficilement décelables.
En 1919. M, le Professeur Besredka, à la suite de
CES a
ses recherches sur la vaccination par voie buccale dans la dysenterie, concluait de ses expériences : « L'absence des anticorps dans le sang n'exclue pourtant pas l'acquisition par l'animal d’une immunité active, solide, même vis-à-vis du virus inoculé dans le sang. »
Celte façon de voir et d'envisager certains Cas d'immunité n’a fait que se confirmer depuis cette époque el, si les anticorps humoraux sont souvent les témoins de l'immunité ils n’en sont vraisemblablement pas toujours les inséparables auxiliaires.
Les belles recherches de Besredka sur le charbon expérimental du cobaye, ont bien mis en valeur toute l'importance du rôle actif et prépondérant joué par certains tissus, par certaines de leurs cellules, spécialisées pour la défense comme elles le sont pour la réceptivité. Seule la peau du cobaye est sensible à la bactéridie charbonneuse et la mort est inévitable lorsque les cellules réceplives sont atteintes par le virus ; mais, lorsque la peau du cobaye est vaccinée, des doses surement mortelles mjectées dans n'importe quel point de l'organisme, sont sans aucune action. L'Immunité tissulaire acquise semble avoir déclanché la résistance de l'organisme entier. Il en est de même dans les cellules de la muqueuse intestinale vis-à-vis des bacilles cholériques ou des groupes typhiques.et dysentériques. La chimiotaxie positive de ces microbes vis-à-vis du canal inteslinal les attire vers cet organe, quelle que soit leur porte d'entrée dans l'organisme: les cellules intestinales sont
alors le siège unique de la lutte anti-microbienne et, si
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de ce combat elles sortent victorieuses, elles assureront à elles seules l'immunité totale.
Ainsi se fait jour le grand principe de l'autonomie -des orgares : chaque organe a sa sensibilité propre vis-à-vis de chaque virus, et lorsque les cellules de cel organe sont vaccinées,, elles. confèrent limmunité à l'organisme entier qui est à labri de toute atteinte puisqu'il n'a plus dé cellules réceptives. Avec ces conceptions nouvelles, l'Immunité locale intimement liée à Fimmunité générale, se confond avec elle. Et si Metchnikoff à écrit dans son traité sur lImmunité et les maladies infectueuses : « Tous les éléments vivants peuvent acquérir une certaine Immunité », Besredka a pu préciser par la suite, « chaque virus a son organe et chaque organe son immunité. » Le problème de la vaccinothérapie doit, si l'on admet cette réceptivité cellulaire spécifique, être envisagé sous un jour un peu nouveau. On devra s'attacher à l'immunisation directe des seules cellules réceptives, et ainsi se rapprocher le plus possible de ce qui se passe dans la nature.
Pourquoi, injécter sous la peau un Vaccin typhique qui doit agir directement sur les celiules de la muqueuse intestinale et lui imposer ainsi un trajet dans lequel il pourra subir de profondes modifications ? Pourquoi, injecter la bactéridie charbonneuse atténuée sous la peau, alors qu'en la déposant dans ou sur le derme, elle agira directement sur les cellules sensibles. La voccinalion locale s'impose et le mode d'introduction des vaccins prend ainsi une importance méconnue
/ jusqu'à ce Jour. Des avantages imcontestables et im-