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L'IMMUNITÉ DANS LE CHARBON

Les faits que nous venons: de signaler rapidement pour la variole, vont être mis en remarquable évidence par les expériences relatives à l'infection charbonneuse. À Ja suite de ses recherches sur l'immunité locale de l'intestin et du poumon, M. Besredka se demanda +1 des phénomènes semblables n'existeraient pas pour ia peau. Et en juillet 1921, il relatait dans les Annales de l'Institut Pasteur le résultat de ses expériences.

Le cobaye, réactif mfiniment sensible à la bactéridie charbonneuse, avait jusqu'à cette époque la réputation d'être invaccinable contre cette infection et, tous les animaux inoculés, mouraient rapidement d'une septicémie avec pullulation de microbes dans le sang et dans les organes. M. Besredka nous démontre que contrai-

rement à ces assertions il est facile de donner au cobaye

une solide immunité par la culi-vaccination, Les deux expériences suivantes nous semblent en ellelt concluantes

Cobaye À, 530 gr. :

2 avril, L® vaccin en friclions :

S avril, 2° vaccin en frictions (le témoin meurt le 12 avril). | 23 avril, 2° vaccin (1/4 ce) sous la peau (le témoin | reçoit 1/8 cc et meurt le 27 avril).

o mai, Virus pur en frictions :

IH mai, Virus pur (1/10 cc) sous la peau (survit).

Cobaye B, 580 gr. :

2i avril, 1* vaccin en friction ; > mai, 2 vaccin en friction ; 18 mai, Virus pur ; 26 mai, Virus (1/10 cc de culture en bouillon: sous ia peau ;

juin, Virus (1 cc) sous la peau ; 15 jun, Virus (3 cc) sous la peau :

29 juin, Virus (5 cc) sous La peau :

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juillet, Virus (1 ce de culture sur gélose) sous la peau. Survil.

Le premier vaccin appliqué sur la peau fraichement rasée du cobaye provoque une simple inflammation localisée. Le deuxième vaccin, plus virulent, provoque sur un sujet neuf, une réaction inflammatoire plus vive,

5 étendant rapidement. aux tissus voisins et déterminant

LATTO ES

consécutivement la mort. Par contre, ce même vaccin est fort bien toléré s'il est injecté quelques jours après l'application du premier vaccin; la peau semble s'aCcoutumer à la virulence et réagit de moins en moins fortement, si bien qu'au bout de quelques applications vaccinales, des milliers de doses mortelles seront inagissantes sur le sujet solidement cuti-vacciné. Pour ie lapin; moins sensible que le cobaye, puisqu'il supporte d'emblée sans réaction vive l'application du deuxième vaccin, les choses se passent de même : les cellules cutanées doivent être lésées par épilation, ou bien une injection intra-dermique doit assurer le contact direct du virus avec les cellules réceptives. M. Besredka explique ces phénomènes d'immunisation active par une affinité élective de la Bactéridie pour la peau. La peau est le seul organe réceplif et les cellules cutanées sont infiniment sensibles au virus charbonneux: mais, si l'on prend certaines précautions et que lon évite de léser la peau, on pourra introduire dans l'organisme des quantités considérables de bactéridies charbonneuses sans provoquer le moindre trouble. Si parfois un cobaye succombe à la suite d'une injection intra-périlonéale et intra-trachéale, il se manifeste toujours consécutivement, un ædème, révélateur de la souillure des cellules réceptives. M. Besredka, put, en s entourant de grandes précautions, injecter directement et sans inconvénients pour la santé de l'animal, un quart de ec. de virus dans la trachée ou les veines d'un cobaye, 2 ce. dans le péritoine du même animal et 1 cc. dans les veines d’un lapin. Il est vraisemblable que les bactéri-

dies sont phagocytées avant d'alteindre leur lérrain de choix, leur milieu éleclif, ou seulement elles seraient capables d'engendrer une septicémie mortelle. L'auteur conclue de ces expériences remarquables que le cobaye qui passait pour être invaccinable est bien sensible à ta bactéridie charbonneuse, mais seulement par son revélement cutané : « Si on pouvait par la pensée dépouiller l'animal de son revêtement cutané, tout en le laissant en vie, el si on pouvait, après l'avoir écorché vif, lui injecter du virus charbonneux en n'importe quel point de son COrps, On le verrait opposer au virus une indiflérence complète ». De plus, les cellules cutanées qui sont seules réceplives, sont seules capables d'assurer limmunité! « A la cuti-infection répond la cuti-immunité ».

Les humeurs ne semblent avoir joué aucun rôle dans ce mécanisme : c'est en vain, que l’on recherchera dans le sérum du cobaye vacciné un pouvoir agglutinant ou des anticorps aux propriétés préventives. Si l'on saigne un cobave solidement culi-vacciné et de'ce fait cutiimmunisé, et que l'on injecte son sérum à des animaux neufs, ce sérum sera sans aucune action neutralisante vis-à-vis de doses mêmes faibles de virus charbonneux. De plus, la rapidité avec laquelle s'établit l'immunité par la cuti-vaccination semble bien exclure le rôle des anticorps. Ici, plus encore que dans la variole, nous pouvons conclure au rôle neutre et vraisemblablement négatif joué par les anticorps dans les phénomènes d'immunisation.

7 À la suite de ces recherches, de nombreux expéri-

HSPSTEES

mentateurs contrôlèrent sur d'autres animaux toute la Î

vérité de ces affirmations.

Harry Plotz, en s entourant du maximum de garanlies possible, fait une série d'expériences sur 79 lapins. IL introduit sous la peau de ces animaux des ampoules en verre très mince et remplies d'une culture de bactéridies virulentes provenant d'une vache morte de septicérnie. Avant leur introduction, ces ampoules, pour ne pas souiller le derme, sont mises en contact avec la teinture d'iode pendant 20 minutes, puis livées à l'alcool et l'eau physiologique. La peau du lapin est soigneusement ‘incisée puis recousue; après cicatrisation complète de la plaie les ampoules sont brisées sous la peau et comme le verre est très mince, on a peu de chance de venir souiller par les éclats les ceilules cutanées réceplives. Lorsque l'expérience est bien conduite, H. Plolz conslate que les animaux résistent parfaitement à celte inoculation sous cutanée : cependant, la virulence des germes n'est pas alténuée, car, si l'on injecte le conienu d'une ampoule ayant séjourné quelques jours sous là peau d'animanx témoins, dans le derme d'animaux neufs, une septicémie mortelle se déclare. L'inmmunité acquise par les lapins inoculés sous Île derme est prattquement négligeable : elle est pleme et entière pour les lapins euti-vaccinés. I. Plotz conclut qu'il est « possible d'introduire une grande quantité de culture charbonneuse virulente sous la peau d’un lapin sans le tuer, pourvu que la peau soit intacte. »

Le cheval est très sensible à l'infection bactéridienne.

Brocq-Rousseu et Urbain ont pu cependant réaliser une

HÉNANS E 2

immunité solide sans accidents vaccinaux, par la culivaccinaion sur des scarificatiuns pratiquées au niveau de l'encolure, ils déposent à quelques jours d'intervalle, le premier et le deuxième vaccin, puis du virus pur. Un léger adème se manifeste qui disparait rapidement, en même temps qu'une immunité solide s'établit. Lei, comme pour le cobaye et le lapin, on ne trouve pas trace d'anticorps et le sérum du vacciné est incapable de protéger le cobaye inoculé.

Velu, après Mazucchi, réalise par des vaccinations intra-dermiques, l'immunité anti-charbonneuse du mouton. Hababou-Sala part de deux souches de bactéridies très virulentes et il fait des passages de sang de rat à ral. Puis il nmocule ces animaux d'expériences, en lésant ou non les cellules cutanées, et il constate que le rat se comporte vis-à-vis du charbon, comme le cobaye et le lapin. Ainsi se trouve une fois de plus confirmée la loi générale sur le principe de l'immunité,

De l'ensemble de ces nombreuses expériences, se dégage bien l'idée que l'infection charbonneuse n'est pas une septicémie dans le <ens généralement admis : c'est une maladie cutanée, car les cellules de la peau sont seules récepüves el capables de permettre la pullulation des germes microbiens. Elles seront seules capables, puisque seules réceptives, d'assurer, en s'immunisant, la résistance de l'organisme.

Pour le charbon comme pour ia variole, nous pouvons donc conclure

1° La peau est l'organe électi] ;

2° La peau est seule capable de conférer l'immunité;

3° Les anlicorps ne jouent aucun rôle dans l'immu-

nisalion.

La VACCINATION CHARBONNEUSE

L'histoire du charbon expérimental nous prouve done que seule la ceuti-vaccination est capable de conférer une solide immupilé. Et, si lon à pu vacciner avec succès, par la voie sous-culanée, queiques espèces animales, il est vraisemblable que limmunité est établie à la suite de la lésion cutanée traumalisante produite par la pénélralion de l'aiguille dans le derme.

En ce qui concerne le cheval, Finzi, en 1922, signalait, en Italie, les nombreux échecs enregistrés par les vaccinalions sous-culanées. Saint-Cyr, vétérinaire à Villars, vaccina par celte méthode, avec de gros déboires, 40 chevaux, en temps d'épidémie. Cest sans succès qué la vaccination Pasteurienne, la sérovaccmalion et la sérumisation furent pratiquées de 1919 à 1925 sur nos effectifs de cavalerie de l'armée du Levant. Nous connaissons les excellents résultats obtenus par Brocq-Rousseu ét Urbain par la cuti-vaccination. Aussi, après un essai préliminaire effectué avec succès sur 72 chevaux, M. le vétérinaire principal Nicolas vient de décider la euti-vaccination de 10.000 chevaux de nos effectifs. Il est vraisemblable que dans quelques mois une statistique probante nous révèlera toute la valeur de cette méthode.

Pour la vaccination du mouton, les premiers essais

ont été réxuisés par Mazucchi, en Italie, qui après

Mo quelques inoculations intra-dermiques progressivement virulentes, put réaliser chez ces animaux une solide immunilé. Velu, au Maroc, vient d'oblenir par une seule injechion dans le derme, une immunité capable de conférer au monton africain le moven de résister à injection d'une dose de virus, équivalente à 5.000 doses mortelles pour le lapin.

De cetle étude, il semble bien résulter que le charbon représente le Lvpe de la maladie locale essentiellement jusliciable de la vaccination préventive locale, 11 est à souhaiter que ce mode d'inoculation qui a donné de si beaux résultats se généralise bientôt car, c'est une méthode facile à exécuter et dont les résultats sont aussi

cerlams qu'immédiats.

L'INmünirÉ pAxs LES STAPHYLOCOCCIES ET LES STREPTOCOGCIES CUTANÉES

Si dans le charbon et dans la variole les locaitsaons microbiennes son! éleclitement fixées à l'appareil culané, 11 n'en est pas loujours de même pour certains microbes tels que le Staphylocoque ou le Streplocoque, qui, on le sait, sont capables de produire dans l'organisme des lésions intéressant toutes sortes de tissus, Cependant, dans certaines infections, comme la furonculose, le Staphylocoque a incontestablement pour siège de prédilection la peau el ses annexes. Il y à Jà une adaplation spéciale d'un microbe à un tissu, et ce sont ces microbes adaplés qui nous intéresseronl

dans cette étude où nous chercherons à mellre en relief

LA NSE

les phénomènes d'Immunité et d’immunisation tissulaire ainsi que le rôle vraisemblablement négligeable des

anticorps. , Dans de recherches personnelles, nous avions remarqué que dans certaines formes d'acné infectée, ‘a

vaccinothérapie par voie sous-culanée était le plus souvent vouée à un échec. C’est sans succès que dans de nombreux cas, nous avions pratiqué pendant des semaines de nombretises injections d'auto-vaccin, même en employant des doses massives, Par contre, l'intradermovaccination, donnant souvent des réactions locales intenses, nous fournit de beaux résultats de guérisons chez des malades atteints d'acné pustuleuse superficielle généralisée de la face, d'acné polymorphe infectée des joues ou du menton. Et, dans une note communiquée à la Société de Biologie, le 21 avril 1923, nous nous demandions s'il ne fallait pas rapprocher ces résultats des expériences sur le charbon et si l'on n'avait pas le droit de voir dans le succès de ces intradermovaccinations la réalisation d'une cuti-immunité consécutive à une euti-vaccination.

M. Besredka eut l’occasion de posséder une souche de Staphvlocoque virulente pour le cobaye : moculée x cet animal, sous la peau du ventre, elle provoquait une escarre, parfois même une septicémie mortelle. Les microbes tués par la chaleur, furent essayés comme vaccin en injection sous-cutanée ou intradermique et en applications cutanées après épilation. Les résultats furent démonstralifs : les vaccinations intradermiques el surtout les pansements vaccinaux cutanés donnèrent

des résultats bien supérieurs. M. Besredka conclut de ses expériences que vraisemblablement la vaccination staphylococcique reposait sur Fimmunité de la pean. Frans de Potter fit des recherches semblables et les résullats obtenus contfirmèrent nettement cette façon d'envisager l'immunothérapie anti-staphylococcique. Dans une série d'expériences entreprises dans le laboratoire de notre Maître M. le Docteur Laubry, nous sommes arrivés aux mêmes conclusions. La vaccination intradermique, pratiquée en de nombreux pomts de peau, semble créer une immunité bien plus sohde: que l'injection sous-cutanée : c'est ainsi que des cobayes immunisés par voie dermique, résistent tres bien à l'application, sur des scarificalions, de bouillons virulents staphylococciques, alors que les animaux témoins vaccinés sous la peau présentent tous une escarre. Brocq-Rousseu, Forgeot et Urban, firent des expérieuces analogues avec une souche de streptocoques isolés d'un cheval et particulièrement virulents pour Île

cobave. Ce steptocoque tuait le cobave de 330 grammes en 12 heures à la dose de 2 cc. (culture de 24 heures en bouillon sérum). Des doses moins élevées provoquatent simplement un œdème et plus tardivement une escarre noirâtre. Deux injections sous-culanées à & jours d'inlervalle, de } ec., d'une culture de 24 heures, atténuée par un chauffage de 15 à 60°, ne provoquérent chez 1e cobaye aucune immunisation. Par contre, Finjection intra-dermique de 1 ce. d’une même culture, atténuée dans les mêmes conditions, et pratiquée en de nombreux

ra

points de la surface cutanée, provoqua l'immunité complète chez 7 animaux sur 8. E. Rivalier fit de semblables constatations sur le lapin avec une souche virulente de streptocoques et il conclut à l'existence d'une immunité tégumentaire strictement locale.

. Il semble bien résulter de ces expériences sur Îles animaux que dans certains cas les Staphylocoques et les Streptocoques sont adaptés à la peau et que seule . l’Immunisation des cellules réceptives pourra réaliser l'Emmunité.

De nombreux expérimentaleurs appliquèrent ces principes de la vaccination locale à la médecine humaine, et, jusqu'à ce Jour, tous les résultats publiés, semblent être très encourageants. M Bass et MM. Soupault et Brouet rapportent dans la Presse Médicale du 16 Janvier 1924 de très intéressantes observations enregistrées à la Clinique chirurgicale de l'Hôtej Dieu, dans les services de M. ie Professeur Hartmann. Ces auteurs ont obtenu de très nombreuses guérisons soit par l'application locale de pansements vaccinaux constitués par des filtrats microbiens, soit par des instillations de vaccin dans les plaies, soit par des injections intra-dermiques en couronnes, circonscrivant les régions infectées. Nous vous rapportons une de leurs observations où l'application de simples pansements vaccinaux localisa en 48 heures un abcûs Ivmphangitique diffus du mollet et amena la guérison complète en quelqués Jours

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