EXPLICATION PAR DIVERS AUTEURS DE DIFFÉRENTS AUTRES PHÉNOMÈNES
Parmi les nombreux critiques et hommes de science qui, lors de sa première édition, s'occupèrent de ce livre dans les journaux, les revues et les académies, il y en eut quelques-uns qui ne se bornèrent pas à donner un léger aperçu de notre travail ; mais, pénétrés de l'excellence de la théorie qui en était l'objet, ils virent que par ce moyen on expliquait facilement quelques phénomènes, demeurés jusqu'alors sans explication plausible.
Le travail de ces hommes de science est en réalité la continuation de celui que nous commençâmes dans cette partie de notre ouvrage pour arriver à la confirmation de notre théorie.
Aussi nous semble-t-il très utile de joindre à ce chapitre les extraits des différents travaux scientifiques dont nous parlons, et qui viennent augmenter la somme des phénomènes que nous avons nous-mêmes expliqués.
Ghancrelle. — L'importante rewwe Lyon médical, or-
120 L'IBIMUNITl*: PAR LES LEUCOMAINES.
gane officiel de la société de médecine et de la société des sciences médicales, publia, le 31 octobre 1886, un article consacré à l'examen de notre théorie, signé P. D.
Ces initiales et le style élégant de Tarticle révèlent le nom d'un homme de science très connu, auteur de divers ouvrages qui lui ont acquis une très grande réputation de savant médecin et d'écrivain éminent.
Dans cet article, consacré à la terrible plaie connue sous le nom de chancrelle son auteur s'exprime en ces termes :
Il existe dans notre domaine spécial une petite maladie dont révolution, dont la terminaison surtout était un défi resté ouvert à la sagacité des médecins. La chancrelle (chancre simple) est un ulcère éminemment contagieux qui s'agrandit par le fait de l'incessante inoculation spontanée de sa circonférence. Bon ; mais pourquoi ce travail s'arrête-t-il ? Tandis que le pus de cet ulcère reste contagieux pour toute autre région, pourquoi vient-il un jour où il cesse de contagionner son voisinage?...
A cette question sérieuse et pressante, on répondait folâlrement : « C'est en vertu d'une cause aussi mystérieuse, mais aussi réelle que celle dont Dieu disposait lorsqu'il dit à la mer : Non procèdes amplicis ! » Eh bien ! sans remonter aussi haut, mais sans pour cela renoncer aux enseignements de l'histoire, nous pourrions dire aujourd'hui que l'ulcère se circonscrit grâce à un procédé analogue' à celui que le patriotisme inspira aux Russes, à Moscou, c'est-à-dire en faisant autour du vainqueur un cercle inhabitable I
Plaques de Babes. — Les jeunes et savants docteurs Carreras (1), connufihpar leurs travaux sur la microbiologie, s'occupant de notre théorie dans un article qu'ils envoyèrent de Davos- Platz (Suisse) à la Revue des Sciences médicales de Barcelone et qui parut dans la livraison du
(1) L'un d'eux, Louis, vient de mourir. Sa perte a été justement sentie non seulement par ses amis, mais encore par tous les véritables amis de la arience à laquelle il se consacrait avec un talent réel et un grand succès.
10 février 1887, écrivaient les lignes suivantes comme explication au phénomène observé par Babes.
Nous Yoyons, même dans les microbes pathogènes, des faits analogues. A cet effet, et à Texemple de Babes, dans un petit récipient en vene pouvant se fermer hermétiquement au moyen d'une plaque, on jette une couche d'agar-agar ou de gélatine que Ton rend suffisamment stérile.
On décrit aussitôt avec un fil de platine, imprégné d'uue culture de microbes du charbon ou du choléra, etc., uue grande circonférence, qu'on laisse se développer en la plaçant dans Tétuve.
Une ou deux semaines ou un mois après, lorsque la circonférence s'est bien développée, on décrit des arcs parallèles à cette même circonférence, avec le fil de platine imprégné de cultures du même microbe ou de microbes différents, et Ton observe que, presque toujours, les microbes du premier cercle rendent difficile, si elles ne l'empêchent pas entièrement, la germination des microbes de même classe postérieurement semés.
Ainsi, en décrivant la grande circonférence avec le bacille du choléra, si, au bout de huit jours, on décrit avec le même bacille des stries parallèles, celles-ci se développent difficilement; mats si elles sont pratiquées après quinze jours, leur développement est à peine sensible. — Un phénomène identique s'observe dans le bacille du charbon, le microbe du pas bleu, le staphylococcus aureus, et beaucoup d'autrçs, avec cette particularité que certains chromogèues perdent leur couleur. Ainsi, en semant le staphylococcus aureus, et, six jours après, pratiquant avec le même microbe des stries parallèles, celles-ci se développent très peu et sont presque incolores. — Cet antagonisme semble, à première vue, pouvoir être expliqué par l'épuisement du terrain. Mais si l'on tient compte que le microbe qui forme le premier cercle envahit peu à peu toute la gélatine, et que dès lors il trouve encore des éléments suffisants pour sa nutrition, ou ne peut pas expliquer par l'insuffisance de ces mêmes éléments le défaut de développement des stries immédiates au grand cercle. — L'explication la plus probable de ce phénomène est la suivante : les microbes de la première circonférence engendrent des leucomaïnes qui s'étendent par la périphérie, et comme exemple curieux de cette diffusion, nous nous souvenons d'avoir observé dans un
tube de gélatine un peu trouble la formation de deux petites colonies de microbes; autour d'elles et dans une grande étendue la gélaline prit une parfaite transpatence due à la diffusion des leucomaînes. Eh bien! en pratiquant les deuxièmes stries, les microbes contenus dans ces dernières ne se développent pas ou le font avec difficulté, parce qu'elles se trouvent avoir un excès de leucomaînes toxiques, car outre celles qu'ils produisent, elles reçoivent encore celles qui s'étendent de la grande circonférence.
Loi d'Abrabam Colles et autres phénomènes. —
Lorsque furent inaugurés en 1888 les sessions de l'Athénée scolaire de médecine de Barcelone, le D' D. Felipe Proubasta, président de ce cercle, prononça un discours plein de sciecce et d'érudition sur les théories de l'immunité. Comme il traite de la théorie de l'immunité par les leucomaînes, nous en donnons l'extrait suivant.
(( L'explication donnée dans le Lyon nédical pour le chancre mou peut s'appliquer à tout processus infeclieux local toutes les fois que le courant lymphatique n'entraîne pas le micro-organisme sur de nouveaux terrains, qui, encore vierges de ses atteintes, pourront servir de nouveau théâtre à ses ravages. Pour vous faire bien compiendre ce que j'avance, il suffira de vous citer un fait dont personne, jusqu'à présent, n'a pu donner l'explication, et qui se comprend parfaitement avec la théorie de l'immuiiité par les leucomaînes. Vous savez tous que, de temps immémorial, on s'était figuré que le mouvement était pour les arthrites fongueuses le pire des poisons, et cela est si vrai que les cliniciens se sont empressés de combattre le processus par le moyen de bandages fixes, persuadés que si l'on pouvait de la sorte obtenir l'ankylose, la partie malade et l'individu même pouvaient dans le plus grand nombre de cas être considérés comme sauvés. En un mot, dans le credo de la pathologie chirurgicale, l'on tient pour vérité incontestable que le repos est la meilleure thériaque pour la tumeur blanche à ses débuts. Eh bien ! voyez de quelle manière si simple l'on explique la guérison de la tumeur blanche dans ces circonstances et par le moyen de cette théorie.
« Supposez que les bacilles de Koch se soient établis dans une ar-
ticulation; il se produira des leucomaines, et ces bacilles finiraient par périr tous, tués par ces produits de leur nutrition, comme périrent les habitants de Sodome, anéantis par le feu qu'avaient allumé leurs péchés, à moins que la famille d'un Loth microscopique, échappant par le courant lymphatique à la fureur du ilavus, n'aille porter le mal dans un autre endroit plus ou moins éloigné. Mais le courant lymphatique, toujours lent, le devient davantage dans les épiphyses des os où se forment les nodules tuberculeux, qui sont la continuation du processus initié peut-être dans un exsudât synovial : c'est que la nature compta sur l'aide puissante que prêteraient au cours de la lymphe les mouvements articulaires. Supprimez-les, et le courant lymphatique dans cet endroit sera presque nul. Agissez de même sur une articulation tuberculeuse du processus limité, et les bacilles, condamnés au repos et à la permanence sur un point, mourront dans ce milieu empoisonné par leurs leucomaîues.
« Je pourrais vous citer beaucoup d'autres exemples qui reçoivent une explication analogue : le furoncle, l'érysipèle e( d'autres processus locaux pourraient faire l'objet de semblables considérations. Mais je ne veux pas garder le silence sur un fait qui vient confirmer celte théorie, car, par elle, il s'explique d'une manière plausible : fait obscur quant à la conception de sa genèse, considéré par beaucoup comme une monstruosité scientifique, admis néanmoins par tout le monde au point d'avoir été érigé eu loi, et qui se rapporte à un phénomène pouvant se produire pendant la grossesse dans la mère et dans le fœtus, par suite de Tétat syphilitique d'un individu qui cohabiterait avec elle.
« Supposez un homme syphilitique ayant des rapports avec une femme saine et enceinte. 11 peut arriver deux choses : ou la mère et le fœtus sont contaminés, ou l'un d'eux seulement. Arrêtons-nous au second cas qui peut se présenter sous deux aspects : ou l'enfant est le &yphilisé, ou c'est la mère.
« Si c'est l'enfant, la mère jouit de l'immunité et peut donner impunément le sein à l'être qu'elle poilait dans ses entrailles, alors même qu'il ait dans la bouche des ulcères ou des plaques muqueuses. Ce fait, si extraordinaire en apparence, fut érigé en loi par Abraham Colles, en 1844; il fut dès lors accepté partout le monde malgré les objections qui lui furent opposées dans les premiers temps et les exceptions que Amilcare Ricordi, dans son ouvrage, Sifilide da allatamentOf prétendait trouver.
12i L'IMMUNITÉ PAR LES LEUCOMAINES.
« Personne jusqu'à présent n'a pu découvrir la raison du pourquoi de la loi de Colles, et Robin devait l'avoir bien en vue lorsque, parlant de ce qui se produisait chez la mère et dans le fœtus en présence d'un état Infectieux, il disait qu'il n'était point possible d'expliquer les phénomènes qui se présentaient.
« La théorie de l'immunité de M. Gûell jelte lant de lumière sur cette question que, d'après moi, le problème est résolu.
'( En effet, vous le savez tous, pour que le fait se produise, il faut qu'il existe une certaine indépendance entre le fœtus et la mère dans leurs relations placentaires, indépendance qui doit motiver l'impuissance du bacille syphilitique à franchir la barrière placentaire ; mais si l'agent de la syphilis ne peut entrer dans le courant circulatoire de la mère, on conçoit aisément que ses leucomaînes le puissent, et viennent procurer à la mère le privilège de l'immunité dont j'ai parlé, car leur diffusibilité s'y prête admirablement.
« Je trouve une explication semblable dans la loi de Profeta, c'està-dire dans ce fait qu'un enfant, né d'une mère syphilitique sans avoir été contaminé pendant sa vie intra-utérine, jouit de l'immunité contre cette infection.
« Je laisse à la rectitude de votre jugement l'appréciation de la révolution que produirait dans le domaine thérapeutique l'adoption de cette théorie, si, ce que je ne crois pas, des faits nouveaux ne venant pas la détruire ou la modifier, elle était acceptée sans réserve. Le principe homéopathique deviendrait la base de médication dans les maladies infectieuses. Dès lors le médecin n hésiterait plus à introduire dans l'organisme humain les leuconmïnes avant que, saturées uniquement de microbes, elles ne provoquassent la crise ; car, pour résister à Tempoisonnement par les leucomaînes, l'organisme se trouve dans de meilleures conditions au début d'une infection que plus tard, lorsque la fièvre a considérablement diminué les forces radicales organiques; et même les vaccinations pourraient être faites avec des substances ne contenant pas le germe, telles que les leucomaïpes, ou toute autre substance qui, ayant une constitution atomique analogue, jouit de propriétés semblables.
« Et ne croyez pas, messieurs, que ce soit là une indication résultant d'une conception plus ou moins théorique. 11 y a deux données qui viennent à l'appui de cette manière de voir, et que je ne veux pas laisser de côté avant de passer en revue les autres théories qui ont été émises sur l'immunité.
« Première donnée. — Comme vous le savez tous, il est admis aujourd'hui que le remède le plus sûr contre toute infection serait de trouver un vaccin dont la période d'incubation, étant beaucoup plus rapide que la maladie, donnerait à l'organisme le privilège de l'immunité, avant que la maladie ne se manifestât. Malheureusement, il n'en est ainsi que dans bien peu de cas, dans la rage, par exemple. Dans la petite vérole cela est seulement possible lorsque l'on prend la maladie à ses débuts, en pratiquant la vaccination par la méthode ordinaire, conformément aux conseils de l'Américain Driai. Mais si Ton arrive trop lard, il reste encore une ressource : pratiquer la vaccination par la méthode intensive, c'est-à-dire au lieu de trois piqûres à chaque bras et en une seule fois, en pratiquer moins, pour répéter l'opération pendant deux ou trois jours ou même davantage : de toute autre manière les deux maladies se développent complètement séparées l'une de l'autre.
« Voici donc l'explication que je donne de cette méthode en me fondant sur la théorie dont il est question.
u Supposez un homme vacciné en état de santé ; la vaccine aura créé la quantité / de leucomaïnes, quantité suffisante pour faire obstacle à l'introduction des I microbes varioleux. Si la maladie est déjà avancée, les / microbes qui ont pénétré se sont accrus dans une proportion qui peut être représentée par ml : si dans ces circonstances on pratique la vaccination suivant la méthode ordinaire, il se formera tout au plus une quantité | de leucomaïnes, et encore faudra-t-il, pour atteindre ce chiffre, qu'il s'écoule plusieurs jours: les leucomaïnes \ seront impuissantes pour empêcher Tinfection des microbes varioleux ml, à moins qu'on n'ait pris la maladie tout à fait à ses débuts. Mais si, en se conformant à la méthode intensive, on introduit en cinq ou six fois une quantité beaucoup plus considérable de micro-organismes du vaccin, bien que le temps nécessaire pour la manifestation de la maladie produite par la vaccine ne se soit pas encore écoulé, il se sera créé dans le tissu cellulaire une quantité mHde leuconiaînes suffisantes pour restreindre les eifets de ml microbes pathogènes de nature varioleuse. En un mot, ce qui produit l'effet, ce n'est point la circonstance que le malade a souffert la maladie de la vaccine, puisque celle-ci n'a pas eu le temps de se développer, mais les leucomaïnes m'/ produites parles micro-organismes introduits par la lancette dans le tissu cellulaire.
« Autre donnée. — Dans une note présentée par M. Brown-Séquard
à rAcadémie de médecine, M. Payraud assure que rinjection de Tessence de la tanaisiedans le tissu cellulaire des animaux susceptibles de contracter le charbon, produit en eux des symptômes analogues à ceux de la rage et leur procure l'immunilé pour cette maladie. D'après ce praticien, et je le crois comme lui, ce résultat est dû à ce que ladite substance, ayant une constitution atomique analogue à celle des leucomaïnes produites par le virus rabique, sa présence dans rorganisme détermine l'immunité. »