A MONSIEUR PASTEUR
SECUÉTAIHE PERPÉTUEI- DE I/ACADÉMIE DES SCIENCES, .M E Ji u n E DE t/a C a D K JI I E F n a N Ç a I s E.
Monsieur et très illustre Maître,
Si je dédie ces quelques recherches sur la Rage, fruit de seize années d'études, à la mémoire de mon ancien maître, notre ami commun, le professeur Vulpian, c'est tout d'abord par un sentiment de respect et de reconnaissance envers celui qui m'a si longtemps honoré de son amitié et qui a dirigé mes premiers pas dans l'étude des sciences biologiques ; mais c'est peutêtre aussi par un vulgaire intérêt, et j'ai trop de franchise pour ne pas l'avouer.
J'ai pensé, dans le cas où mes travaux vaudraient quelque chose et vous seraient par cela même agréables, constituer par la mémoire de quelqu'un qui vous a été si cher le trait d'union qui doit les unir aux vôtres pour le plus grand bien de la vérilé; et dans le cas où ils ne mériteraient que vos critiques et celles des autres, j'ai pensé m'atlirer toute votre indulgence et votre protection en vous rappelant que j'ai été, moi aussi, aimé et estimé de celui qui a le premier annoncé au monde savant et appuyé de toute son autorité votre si importante découverte de la prophylaxie de la rage.
J'ai élé Lellement habitué par lui à croire en vous comme savant, que je ne peux pas m'imaginor que vous n'acceptiez avec sympathie tout ce qui pourra contribuer, de quelle part que cela parte, au perfectionnement d'une méthode que vous avez si ingénieusement et si laborieusement créée dans l'intérêt unique de l'humanité.
Qu'il me soit donc permis d'espérer qu'en cas d'échec, vous apprécierez au moins mes efforts.
J'ai eu si peu de moyens à ma disposition, et le désir de si bien faire, que si j'ai mal fait quelque part, vous ne pourriez, je crois, me juger jamais qu'avec bienveillance et sans la moindre sévérité. Les quelques instants que j'ai eu l'honneur de passer avec vous me donnent au moins le droit de l'espérer ainsi.
« Ah! monsieur! quel service vous nous rendriez », me disait l'année dernière au mois d'avril M. Roux à qui je venais de faire part de mes premiers essais de vaccination tanacétique et de prévention par le chloral, « si vous nous débarrassiez de ces pratiques vaccinales « qui nous prennent chaque jour tant de temps. »
J'ai supposé que vous pensiez comme votre collaborateur; c'est pour cela que je suis venu vous apporter, si petits qu'ils soient, les résultats de mes modestes efforts.
En vous dédiant ce travail, je vous prie donc de me pardonner s'il n'est pas aussi digne de vous que ceux que vous avez si souvent, autour de vous, l'habitude et l'occasion de diriger et d'inspirer.
Vichy, le 8 juin 1888.