CONCLUSIONS
DES VACCINS CHIMIQUES
Il résulte donc de nos recherches tout d'abord, de celles de MM. Gharrin, Roux et Ghamberland, Chantemesse et Widal ensuite, qu'il existe en dehors de l'élément contage des substances chimiques qui déterminent l'immunité.
Ces substances peuvent être produites soit par le contage lui-même, se développant dans un organisme vivant, ou bien dans un autre milieu favorable, ou elles peuvent être retirées toutes formées du règne végétal, et dans ce cas elles se rapprochent chimiquement des produits animaux. Dans les deux cas, elles constituent ce que nous avons appelé des vaccins chimiques dosables, des médicamenis, des leucomaînes-vaccins.
C'est par habitude toxique, par gymnastique fonctionnelle, par mithridatisme autrement dit par accommodation de l'organisme à leur présence, que ces substances déterminent l'immunité.
Ces faits ne diffèrent en rien de ceux que l'on observe chez les fumeurs, les mangeurs d'opium ou d'arsenic, ceux qui s'habituent à l'alcool. Telle dose qui aurait été toxique pour les organes de l'individu non habitué n'a plus d'action nocive immédiate sur le fonctionnement des organes de riiabilué. Les simples faits d'acclimatement rentrent d'ailleurs dans cette catégorie.
Au reste ces faits sont bien moins nouveaux qu'on ne le pense et si la vaccination par des produits chimiques
contre les virus est le résultat de nos dernières recherches, la vaccination par ces mêmes produits chimiques contre les venins est aussi vieille que le monde.
Je ne peux résister au désir de raconter un fait que presque tous les Américains connaissent.
Il existe dans les Etats de la Colombie, dans le Ghoco, un oiseau qui se nourrit de serpents venimeux : pour se mettre à l'abri des morsures de ces animaux pendant les combats qu'il leur livre, il mange, paraît-il, d'une plante qui aurait la singulière propriété de le vacciner contre le venin de ces reptiles. Cette plante porte le nom de l'oiseau en question, elle est fort connue, c'est le huaco ou guaco.
C'est de cette légende très répandue, paraît-il, en Amérique, qu'est née cette coutume qu'ont les Indigènes de se servir de cette même plante soit en la mâchant, pour en avaler le suc, soit en mettant ce dernier dans des incisions qu'ils se font à la peau, véritables inoculations qui les préservent, paraît-il, de la morsure des serpents venimeux.
Scientifiquement ces faits d'immunité auraient été constatés par Mutis de Santa-Fé, par Humbold et Bompland.
Il existe du reste une autre plante, le cédron, qui aurait les mêmes propriétés. Et ici c'est au Muséum d'histoire naturelle de Paris que ces faits auraient été vérifiés. (Viaud- Grandmarais, Dictionnaire des sciences médicales, Dechambre, art. Serpent.
Il serait intéressant de savoir si de ces deux plantes on ne retirerait pas une véritable leucomaïne végétale ou une huile essentielle quelconque dont les propriétés toxiques se rapprocheraient de celles de cette leucomaïne animale qui semble constituer le venin du serpent.
La dernière question qui se présente à nous dans l'étude du vaccin chimique est celle-ci. Dans quelle mesure existera l'immunité par ce vaccin?
Nous ne pouvons rien préjuger sur ce point; l'expérience seule évidemmentdégagera ici la vérité des faits. Néanmoins il est à supposer qu'il faudra revenir fréquemment à la vaccination pour produire le plus possible et le plus loin possible l'habitude toxique. Les règles de cette vaccination ne
sont certainement pas invariables. Car il est des organismes qui supportent plus ou moins les poisons, et dans ce cas l'habilude chez eux à une certaine dose sera plus ou moins difficile cl longue à obtenir.
Quand on aura afi'aire à des affections dont la période d'incubation sera courte, il me paraît bien difficile qu'on puisse vacciner après inoculation; car aurait-on le temps de produire l'habitude avant que le poison de la maladie soit assez abondant pour prévenir cette accoutumance et tuer le sujet ?
Il faut encore, comme je l'ai dit, déterminer cette habitude non seulement sans phénomènes toxiques, mais même sans phénomènes perturbateurs; car autrement l'évolution de la maladie viendrait recevoir un coup de fouet, et l'organisme serait plus rapidement empoisonné.
C'est au moins ce qui semble ressortir de nos expériences sur la rage. C'est donc avec des doses et sur des animaux aussi physiologiques que possible que devront être répétées ces expériences après inoculation. Quant aux expériences faites avant inoculation, il est plus possible de se mettre à l'abri de cet échec, car on peut mettre tout le temps nécessaire pour obtenir progressivement et sans troubles sérieux, l'habitude toxique. Si l'état physiologique n'était pas parfait à la suite de l'administration du vaccin chimique, il faudrait tout simplement attendre, voilà tout, avant d'inoculer.
Ce que nous recommandons surtout, c'est qu'on songe toujours que, pour produire l'immunité, il faut que le poison de la maladie puisse être toléré par le sujet en quantité suffisante pour qu'il puisse tuer les ferments qui l'ont produit, sans que, pendant ce temps, rien ne vienne troubler sérieusement le fonctionnement des organes et déterminer ainsi l'accumulation et la toxicité.