‹ L'Immunité TransmiseChapitre 69 sur 96 · DES · texte numérisé non relu

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antitoxines transmises par le lait, dit-il, ne sont pas altérées par les fermenits digestifs, bien qu’elles soient considérées comme des substances extrêmement labiles et peu résistantes aux substances chimiques. »

Nous montrerons plus loin que cette résistance des antitoxines tient à ce que l’action des ferments digestifs leur est épargnée. Elles sont absorbées dès les premières heures de la vie, c’est-à-dire à un moment où la sécrétion des ferments est à peine établie, sinon inexistante.

Ehrlich utilise pour ses expériences « de jeunes souris « qui commencent à manger seules »; les conditions d'absorption sont déjà plus favorables que celles de l’adulte. Toutefois ces expériences sont restées entièrement négatives. Ehrlich en voit la raison « dans les propriétés particulières du lait ».

Les « propriétés particulières du lait » — c’est-à-dire la faible teneur en anticorps — peuvent constituer une des raisons de cet échec, mais il est une explication non moins vraisemblable : les expériences ont été pratiquées sur de jeunes souris « qui commencent à manger », c’est-à-dire âgées de quelques jours. Or, Famulener d’abord, Smith ensuite, ont établi que l’immunité passive ne peut être transfise par le lait que dans les premiers jours après la naissance,

Le rôle de l’âge est encore mis en évidence par Widal et Sicard (1897). Ils constatent que la transmission des agglutinines s'effectue facilement de la mère au nourrisson, alors qu’elle ne peut être obtenue chez l'adulte.

Escherich (1897) essaie d’immuniser des enfants vis-àvis de la toxine diphtérique par des ingestions de sérum de cheval. Ces expériences sont, à notre point de vue, praticulièrement intéressantes. Quelques résultats favorables ont été obtenus chez des enfants âgés de quelques mois; aucune immunisation n’est réalisée chez des enfants plus âgés.

Plus tard, de nombreux auteurs : Rômer (1901), Behring

(1903), Salge (1904),.Ganghofner et Langer (1904), Bertarelli (1905) constatent, à leur tour, que les adultes n’absorbent pas un sérum antitoxique sans qu'il soit altéré.

Rômer (1901) analyse chez le poulain les conditions de transmission par le lait de l’immunité conférée à la mère par des injections de toxines diphtériques.

À sa naissance, le poulain ne présente pas trace d’antitoxines dans son sérum. Le quatrième jour, il possède un dixième d'unité immunisante par centimètre cube de sérum. Le douzième jour, il possède cinq unités. Mais, à partir de ce moment, limmunité diminue progressivement. C’est en vain que, par une nouvelle immunisation de la mère, on augmente la teneur du lait en antitoxines. Le pouvoir antitoxique du sérum du poulain n’augmentc plus.

Comment l’âge conditionne-t-il l'absorption digestive ? — Dans une série d'expériences, Rômer (1901) essaie en vain de réaliser l'absorption des anticorps chez des animaux adultes (lapin et cobaye). Le premier, il met en évidence l'influence de l’âge sur l’absorption.

Des examens histologiques de l’épithélium stomacal de l'embryon et du nouveau-né montrent que « la zone muqueuse des cellules épithéliales de la muqueuse stomacale est inexistante chez le nouveau-né, et que, dans ces conditions, la sécrétion muqueuse ne peut être que minime ou nulle »,

Les cellules épithéliales sont entièrement protoplasmiques. Les glandes sont encore très réduites. Par contre, une coloration de cet épithélium, pratiquée quelques jours après la naissance, montre que les cellules sont déjà muqueuses sur un huitième de leur hauteur totale.

Il semble donc que « la faible production de mucus favorise la résorption des antitoxines. Il reste à déterminer si cette absorption n’est pas conditionnée par d’autres facteurs ».

Cette conclusion et cette hypothèse vont se trouver entièrement confirmées par d’autres auteurs.

En 1903, Bloch constate que « les différences observées

entre l'adulte et le nouveau-né consistent en ce que ce dernier possède peu de glandes et peu de suc glandulaire. Le suc digestif contient bien les mêmes ferments, mais il est plus pauvre en ferments et en acides. Les cellules du nouveau-né, dès les premiers jours, ne possèdent pas toute leur activité fonctionnelle. Le colostrum joue un rôle de cata lyseur et supplée à l’inactivité des cellules épithéliales ».

Ganghofner et Langer (1904) étudient l’absorption des anticorps du sérum de bœuf chez divers sujets (chevreaux, chiens, chats, lapins, et même chez l'enfant). L’absorption se produit seulement chez le nouveau-né. Les auteurs reproduisent les constatations de Rômer et Disse. « La couche muqueuse des cellules gastriques manque dans les premiers jours de la vie; cette circonstance facilite l’absorption des antitoxines (1). »

Poussant plus Join leur étude, Ganghofner et Langer envisagent à leur tour le mécanisme de l'absorption digestive. Is reconnaissent que l’absorption des anticorps est liée à celle des albumines (2) aussi bien chez l’animal (chèvre, chien, chat, lapin) que chez l'enfant :

a) L’absorption des albumines vecteurs des anticorps ne se produit que chez les nouveau-nés;

b) Chez l'animal, la durée de cette absorption n’excède pas sept jours. Chez l’enfant, elle est un peu plus longue;

c) Des animaux plus âgés n’absorbent les albumines sans altération que dans des conditions très particulières. I faut que les quantités ingérées soient très supérieures aux quantités normalement apportées par lalimentation, ou bien que l’épithélium intestinal ait été altéré,

Salge (1904), opérant chez l'enfant avec l'antitoxine diphtérique, n’a que des résultats négatifs lorsque les sujets sont âgés de plus de sept jours.

Aucune transmission n’est constatée chez les enfants

(1) Ces constatations ne font que confirmer celles de Rômer et de Bloch. Elles sont aussi reproduites par Forschner, Benda, Told, Fischl, Smidt, Sacerdotti (cités par Reyher, 1904).

(2) Fait étudié plus tard, en 1921, par Howe.

fe

de sept jours à six mois. On n'obtient pas de meilleurs résultats avec un enfant de quatre jours auquel on fait absorber du lait de chèvre contenant, par centimètre cube, un vingtième d'unité immunisante (Salge, 1905).

Même échec à la suite de l’administration à un enfant de neuf semaines de 5.415 grammes (en vingt-sept jours) d'un lait de chèvre riche en anticorps typhiques (un dixième de centimètre cube de ce lait protège un cobaye de 200-220 grammes contre 2 milligrammes de culture V’Eberth, c’est-à-dire dix doses mortelles) (1).

Le rôle de l’âge dans l’absorption des agglutinines typhiques est encore démontré chez le lapin et le chien par Bertarelli (1905). Pour cet auteur, l’absorption s'opère surtout dans les dix premiers jours de la vie.

Rômer et Much (1906) étudient, chez les bovidés, la transmission par le lait des antitoxines tétaniques.

La mère reçoit des injections de sérum antitétanique de cheval. Les veaux sont, à leur naissance, répartis en deux séries :

SÉRIE À. — Veaux tétant leurs mères;

SÉRIE B. — Veaux nourris avec le même lait maternel, mais au biberon. Résultats :

Série À. — Si les veaux tètent ce lait dès le premier jour, la résorption est de 1/10° à 1/40° des antitoxines ingérées.

Si les veaux ne tètent ce lait qu'à partir du cinquièine jour, la résorption n’est que de 1/100°.

Série B. — Si les veaux absorbent ce lait dès le premier jour, la résorption est de 1/75 en moyenne.

Si les veaux n’absorbent ce lait qu’à partir du cinquième jour, la résorption n’est que de 1/2.000°.

Avec l’antitoxine diphtérique, Ikeda (1924) obtient, chez le lapin et le cobaye, des résultats analogues.

A l’aide d’une sonde de Nélaton, on introduit du colostrum de jument riche en antitoxines, dans l’estomac de lapins et cobayes adultes. On ne retrouve pas d’antitoxines dans leur sang. Par

Q) I y a lieu de remarquer ici que Salge opère chez les enfants avec le lait @e vache. Or, nous verrons que l’absorption ne se produit qu'avec des laits de sujets de même espèce.

contre, ces antitoxines sont facilement mises en évidence lorsque

le même colostrum est injecté par voie sous-cutanée. C’est donc bien l'absorption digestive qui ne s’est pas produite.

CONCLUSION. — Le rôle de l’âge est lié à des conditions anatomiques et physiologiques.

La muqueuse stomacale du nouveau-né diffère de celle de l'adulte. A surface égale, la quantité de glandes est moindre; les cellules glandulaires sont moins nombreuses. Le suc digestif contient les mêmes ferments, mais il est moins abondant.

De plus, dans les premiers jours de la vie extra-utérine, les cellules ne possèdent pas encore leur fonction entière. Il en résulte une action très limitée sur les albumines qui peuvent être résorbées dans leur intégralité.

IT. Durée de l'absorption des anticorps

Le nouveau-né ne conserve que pendant un temps très court la faculté d’absorber les anticorps.

Pour Smith, l’absorption d’albumines non modifiées ne peut se produire que pendant le premier, le deuxième et le troisième jour peut-être après la naissance.

Pour Famulener, la pénétration des hémolysines s’effectue chez la chèvre jusqu’au cinquième jour.

Pour Ganghofner et Langer, les albumines vraies ne passent que jusqu’au cinquième jour chez la chèvre, le chat et le lapin.

Enfin, pour Salge, les antitoxines diphtériques contenues dans le sérum de cheval introduit par voie buccale, ne passe plus dans le sérum du nourrisson au delà du quatrième jour.

Ainsi, le pouvoir de pénétration, constaté au maximum lors de la naissance, diminue très vite pour disparaître entièrement avant le sixième jour de la vie.

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