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CHAPITRE IV

Importance relative des divers modes de transmission de l’immunité

L'importance des modes de transmission est variable suivant les sujets et suivant les anticorps. Nous envisagerons ces variations, d’abord chez un même sujet, ensuite chez des sujets différents.

ARTICLE PREMIER

Modes de transmission utilisés chez un même sujet.

A. MODE DE TRANSMISSION D'UN MÊME ANTICORPS. — Un même anticorps est transmis, tantôt par une seule voie, tantôt par plusieurs voies associées.

B. MODES DE TRANSMISSION D'ANTICORPS DIFFÉRENTS. — I. Chez certains sujets, les voies de transmission varient suivant la nature des anticorps. C’est ainsi que Reymann, chez la chèvre, constate que

a) La transmission des agglutinines du bacille d’'Eberth, du bacille coli et des hématies de lapin et de cheval s’opère par le colostrum;

b) La transmission de l’antitrypsine, de la mégathérioantilysine et de la vibrio-antilysine s'opère uniquement par

voie placentaire;

ain fi - LÉ ui FRS

c) La transmission de la staphylo-antilysine s'opère à la fois par voie placentaire et par voie digestive.

D'autre part, le tableau que nous publions plus loin montre que, chez l'enfant, la transmission des agglutinines typhiques peut s'opérer par la voie digestive et par la voie placentaire.

II. Chez certaines espèces, la voie de transmission est unique, quels que soient les anticorps. C’est ainsi que, chez la cobaye, la transmission s'effectue toujours par voie placentaire.

III. Chez d’autres espèces, un anticorps déterminé n'est transmis que par une seule voie, à l'exclusion de toute autre.

Chez la souris, on ne décèle aucune transmission des antitoxines végétales par voie placentaire, alors qu’un véritable état réfractaire est transmis par le lait.

La jument immunisée vis-à-vis de la diphtérie ne transmet pas d’antitoxines par voie placentaire, alors que la transmission par le lait est évidente.

IV. Chez d'autres sujets enfin, le mode de transmission est fonction de l’immunité de la mère : la nature, le degré, le moment d'apparition de cette immunité comptent parmi les innombrables facteurs dont le rôle ne saurait, à l’heure actuelle, être déterminé avec précision.

ARTICLE II

Modes de transmission utilisés chez des espèces différentes.

Ces modes sont variables suivant les sujets. L’étude de l’immunité transmise dans le tétanos fournit un bel exemple de ces variations.

ESCHOËTZ: 2227 LL: DE CT ES — |7emois - |

Chez l'homme, c'est par voie placentaire que l’état réfractaire est transmis (Nattan-Larrier, Ramon et Grasset, 1925).

Chez la souris, la transmission s’opère par voie digestive (Ehrlich, 1896).

Chez le cobaye et le lapin (Nattan-Larrier, Ramon et Grasset, 1925), la transmission, nulle par voie digestive, est indubitable par voie placentaire (Vaillard, 1896).

Les mêmes variations s’observent avec les agglutinines typhiques, dont la transmission $’opère

Chez l'homme, aussi bien par voie placentaire que par voie digestive; chez la souris, par voie digestive; chez le chat et le cobaye, par voie placentaire uniquement.

Le tableau suivant donne encore une idée de la variabilité des modes de transmission des agglutinines typhiques suivant les sujets :

/ ENT MOMENT CAS DE SUJET 4 6 de la MODE ne é NH contamination maternelle | V253anCe | de transmission

| | | du jeune | | | Mossé et Dauxic....|Enfant/6e mois de la gest.|Terme|Placentaire!

OMONTA CHER 1554 2 fo |ge m:1/2:— — |Terme — RÉTÉDETUIS er PRE | Je mois — — — | LAaNDOUZY et (GRIFFON. - [3 mois après acc. — Digestive | CASTAGNE SU — — — = CouRMoNT et CADE... — [2 mois — — — — WipaL et SICARD.....|Souris — — - — = Lea chat — = 0 S — | cobaye me pr le | 0

Le principe de l’immunité locale, énoncé par Besredka, incite à se demander si le mode de transmission de l’immunité ne serait pas variable surtout suivant les germes en cause.

La transmission par voie digestive (colostrum ou lait) ne serait-elle pas réservée aux immunités vis-à-vis des ger-

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mes à affinités digestives (bacille typhique, coli-bacille, par exemple) ? Si certains faits semblent en faveur de cette hypothèse, d’autres, beaucoup plus nombreux et non moins précis, paraissent opposés, et toute conclusion doit être différée.

ARTICLE HI

Modes de la transmission chez l’homme

Nous pensons qu’il n’est pas sans intérêt, étant donné les variations dans les modes de transmission, de déterminer l'importance relative de ces différents modes chez l’homme.

A. VoiE DIGESTIVE. — Son rôle est discuté par Debré et Joannon (1925) dans une de leurs études sur l’immunité dans la rougeole.

«On a pu croire, écrivent-ils (et ce fut l'opinion que semble avoir exprimée autrefois Sydenham), que l’allaitement naturel favorisait cette immunité, comme si des substances protectrices étaient transmises de cette façon à l'enfant par sa mère ou sa nourrice. Le fait est admissible, mais on remarquera que les enfants nourris à l’allaitement artificiel jouissent de la même immunité que les enfants mis au sein; du reste, si le lait de la femme était capable de transmettre des propriétés immunisantes, il serait difficile de comprendre pourquoi l’immunité ne durerait que cinq mois, alors que ce terme de cinq à six mois se retrouve lorsqu'on étudie l’immunité héréditaire transitoire vis-à-vis d’autres maladies et paraît lié à un phénomène d'ordre général, »

Les arguments invoqués méritent d’être pris en considération.

La constatation chez l’enfant nourri artificiellement d’une immunité égale à celle de l’enfant nourri au sein

démontrerait, si elle était bien établie, que le lait n’est pas le vecteur indispensable de l’immunité transmise.

Pour que cette constatation conserve toute sa valeur, il faudrait que les enfants considérés comme nourris artificiellement, n’eussent, à aucun moment, absorbé le lait maternel. Nous rapporterons, en effet, des observations qui démontrent qu'il suffit d’une ou de quelques ingestions Pour que les immunisines passent dans l’économie.

D'ailleurs, même si l’on peut établir que l'enfant n’a jamais reçu de lait maternel, il est bien peu probable qu’il n'ait pas absorbé le colostrum. Or, nous avons montré que celui-ci doit être considéré comme un des vecteurs les plus importants de l’immunité transmise.

Il est pourtant des enfants qui n’ont jamais reçu de lait maternel. Tels sont ceux de la crèche de l'hôpital Laënnec (professeur Léon Bernard), qui, nés de mère tuberculeuse, sont isolés immédiatement après la naissance. Il n’a pas été conistaté chez eux de tendance particulière à contracter les maladies de l'enfance. Ils sont, il est vrai, conservés à la crèche. Qu’adviendrait-il s'ils étaient livrés au milieu extérieur ?

I est plus facile de répondre à la seconde objection. L’immunité ne dure que cinq mois, parce que les immunisines accumulées par la mère, au cours de la gestation, s’épuisent dans ce délai. Debré et Lelong admettent que « le placenta concentre les antitoxines ». N’est-il pas au moins aussi vraisemblable d'admettre, avec Widal et Sicard, Staübli, Ikeda, etc., que les anticorps s'accumulent dans Ja glande mammaire dont la constitution semble bien mieux adaptée que le placenta à l'élaboration des anticorps et dont l’activité se manifeste dès le début de Ja grossesse, bien avant qu’il soit question du placenta ?

Nous avons peu d'observations de transmission digestive

de l’immunité chez l’homme, Aucune transmission d’état réfractaire n’est signalée. Mais la transmission d'anticorps

est nettement établie, La transmission des antitoxines

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