‹ L'Immunité TransmiseChapitre 9 sur 96 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Au cours des études de pédiatrie que nous avons eu l’heureuse fortune d’accomplir sous la direction du professeur agrégé Robert Debré, notre attention s’est trouvée souvent retenue par un fait de notion banale, encore que fort mystérieux : la résistance que présente le nourrisson vis-à-vis de maladies souvent sévères pour l'enfant plus àgé, voire m<me pour l’adulte.

Nous nous sommes proposé d'étudier ces immunités.

Les immunités constatées chez le jeune sont habituellement désignées sous le nom d’ « immunité héréditaire ». De quoi est faite cette immunité héréditaire ?

Pour nous, elle comprend des immunités de deux ordres, trop souvent confondues : lPimmunité naturelle et l’immunité transmise, |

L'immunité naturelle embrasse toutes ces immunilés qui font partie de l'essence même de l'être, qui durent autant que lui et qui sont transmises au même titre que l’ensemble des caractères de l’espèce ou de la race. Telles les immunités de l’homme vis-à-vis de la péripneumonie, du charbon symptomatique, des piroplasmoses.… Telles encore les immunités de l’animal vis-à-vis du paludisme, de la fièvre jaune, de la lèpre...

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A côté de cette immunité naturelle, le jeune présente à sa naissance d’autres immunités. Ce sont des immunités individuelles et transitoires; leur durée est limitée aux premiers mois de la vie. À priori, il est difficile d’admettre que cet état réfractaire du premier âge, éminemment passager, puisse être rapporté à une qualité permanente des tissus et des humeurs et considéré comme une modalité de l’immunité naturelle.

D'autre part, l’observation montre que si l’état de résistance du premier âge est rigoureusement spécifique, s’il est constaté, d’une façon générale, à l’égard des invasions permanentes auxquelles les adultes sont exposés, il est toujours lié à une immunisation antérieure de la mère par une évolution virulente de même nature.

Ces faits d'observation suffiraient à montrer que cette immunité n’est pas héréditaire. Elle n’est pas liée aux propriétés des cellules germinatives. Elle résulte souvent de modifications survenues au cours de la gestation, et même à une période assez avancée de celle-ci. Nous démontrerons qu'il ne s’agit pas d’une immunité acquise par le jeune. Il ne s’agit pas davantage d’une immunité conférée, puisqu’elle peut être réalisée sans aucune intervention. Nous proposons de désigner cette forme très spéciale d’immunité conférée naturelle sous le nom d'IMMUNITÉ TRANSMISE GTS

A la lumière de nombreux travaux, expérimentaux pour la plupart, nous nous efforcerons d'établir la réalité de l’immunilé transmise et d’en faire une analyse de plus en plus approfondie, en envisageant successivement ses modes de transmission, sa nature, ses caractères, son origine, les conditions de sa production et de sa transmission.

Nombre d'auteurs s'accordent pour reconnaître le rôle apital du lait, et plus particulièrement du colostrum, dans

(1) I convient de remarquer que l’immunité héréditaire et Pimmunité transmise ne paraissent pas aussi éloignées l’une de l’autre lorsqu'on étudie leur genèse (voir p. 35-36).

2e ESS —8S — | la transmission. L'’expérimentation apporte ainsi une nou- De velle confirmation de l’aphorisme de Pinard. Le jeune ne bénéficie pas seulement des immunités Er acquises par la mère; il peut aussi hériter d’une immunité

4 conférée et déjà ce procédé d’immunisation a 6té mis à eS profit dans le tétanos.

2 L'analyse de ces phénomènes présente donc un intérêt immédiat pour l'étude de l’étiologie et de la prophylaxie des maladies du premier âge.

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