SCENE VII
JEAN,j<üh ,
Ohl le vieillard de ïhessaloniquc avait dit vrai... c’est au Cirque de Constantinople que tu m’attendais, fortune! et tu me tends la main... mais ne te lasse pas; nous avons une longue route à faire encore... Soit délire ou pressentiment, je la vois s’ouvrir devant moi, cette roule; elle commence au Cirque, elle finit au...
S.ARA, rentrant. Ohl c’était un officier du palais, n’est-cepas?
JEAN , surpris. Sara !
SAR.A. Que te voulait-il?.. Pourquoi me regardes-tu ainsi?
JEAN. Ecoute, Sara... et épargne-moi les larmes , car elles ne peuvent rien et ne changeront pas ma résolution.
SARA. Que vas-tu donc faire?
JEAN, après un moment de silence. Te rappeler d’abord ce qui se passa entre nous il y a six ans ù peu prés, le jour où je te proposai d'être à moi.
SARA. Ce jour ne s'est pas elTacé de ma mémoire. Je t’aimais et pourtant je résistais à ton amour, car je me sentais indigne du litre d’épouse que tu m’offrais; ma religion était un obstacle, puis il y avait dans ma viepassée un secret honteux qu’onpouvait découvrir.
JEAN. Je le connaissais , moi.
SARA. Oui; mais, te disais-je, d’autres ne sauront pas comme toi que Sara, innocente et pure encore, fut entraînée dans l’abime par une femme qui la perdit pour n’avoir plus A rougir devant elle ; ils ne sauront pas cela et ils te railleront, et leun railleries t’iront droit au oœur. I
.JEAN. Et lelendemaintu ctaisma femme.
SARA. Oui; et moi, pauvre fille, ivre vie reconnaissance et de joie , j’étais A les genoux, te disant : Sara sera ton esclave; chacun de tes désirs sera pour elle un ordre , et cet ordre sacré comme s’il venait de Dieu. Jeji’ai pas manqné ^cct engagement; aujourd’hui quel sacrifice exigestu de moi? que faut-il que je fasse? me voilà : parle, je suis prête.
JEAN. 11 faut nous séparer.
SARA. Nous séparer !
JEAN. Ecoute, Sara, et ne pleure pas ainsi. Il se peut que tu ne me revoies pas... de long-temps du moins, car un grand événement... le rêve de ma vie... va s’accomplir peut-être.
SARA. Cet événement quel est-U ?
JEAN. Oh, je ne puis te le dire... mais écoute encore : si ce soir, demain, dans quelques jours, tune reçois pas de mes nouvelles...
SARA. Eh liien ?
JEAN. Eh bien!., oublie-moi, Sara!..
S.ARA. Ah! tu m’abandonnerais?., moi, faible femme, dans cette ville où tu m’as entraînée , et tu m’y laisserais sans secours, sans appui?..
JEAN. Oh ! tu recevras de l’or, beaucoup d’or, et tu seras heureuse !.. Tu m’as autrefois juré obéissance et dévoftment sans bornes ; l’instant est venu de tenir cet engagement.., Sara, que mon nom ne sorte plus de ta bouche... que mon souvenir s’efface de ta pensée... Adieu.
SARA. Ah ! mais c’est impossible ! tu ne me quitteras pas ainsi... Où vas-tu?
JEAN. Au palais!
SARA. Qu’y vas-tu faire ?
JEAF. Adieu, Sara, adieu.
SARA , dans ses bras. Quoi !.. je ne te reverrai donc plus?
JEAN , s'échappant. Si ! quand je serai césar. ,