SCÈNE V
L’IMPÉHAÏIUCE, MANCEL, SARA, L’EM PEREC U , Quelques UUiciers.
l’EMPBHEL'R. sa parole est brète , ses phrases sont enlrecoupces comme celtes d'un homme qui ne rassemble qu’aiec peint ses ideet (ielte femme, où se caebe-t-elle?..
Ah! tous trois: rimpéralriec a cru devoir aussi chereher un refuge dans ce lieu saint?
l’impératrice. César...
L’EMPEREUR. Silence ! cela Seul te feradt criminelle.
l’impératrice. Ne le suis-je pas toujours, dès qu’on m’accuse.
l'empereur. Tu te justifieras. {À luiminie.) Des tr.abisons ! des résolles! Manuel, ’/.oé... trompé!
l’i.MI*ÉRATRICE. qui t’a observé. Oh!
césar eherebe sa raison qu’il a laissée de l’autn' côté du détruit... si j’étais seule avec lui!
l’empereur, appelant. Celte femme!..
(> Sara.) Approche : qui es-tu ?
SARA, line misérable nienilianle que ta colère glace d’elïroi, seigneur.
l’empereur. Réfléchis bien à ce que tu vas dire, et garde-toi de me tromper, il y va de ta vie.
SARA. Je te répondrai, césar, comme je le ferais ù Dieu si je parais.sais devant lui.
l’empereur. Tu as osé devant tout le peuple te déclarer la mère de Manuel?
SARA. Oui, seigneur.
l'EMPEREUK. Sa mère!.. Le icunc auguste a dit le maudire , car lu lui as enlevé l’espoir d’un parricide.
M.ANDEL. Ah ! césar, tu ne le crois pas.
l’empereur. Non, tu n’as pas tenté une révolte, n’esl-ce pas? au cri de :
Mort à Léon VI?
MAKUEL. Ces cris odieux je les désavouais.
l’empereur. C’est ta seule ressource maintenant... Ohl malheur à toi, quelque soit ton titre ; fils de l’empereur ou né de cette femme, malheur à toi 1 effrayée. Manuel!
l’eupkreur , d Sara. Cet enfant est le tien, U'tu dit, U preuve?
S.VR.A. Ah ! cés,ar, il faut m’écouler d'aliord. Manuel ignorait qu’il y eût un eooijilot;il est innocent. Cota est aussi vrai qu'il est vrai que je suis devant toi cl que je te parle. Il marchait à l’autel calme tl sans défiance, il ne savait pas ce qui allait se pa.sser. Pourquoi ne leur ai-je pas donné le temps de lui jeter un manteau de pourpre sur les épaules? il l’eût arr.aelic, il l'eût foulé aux pieds; oui, césar, il l'eût fait , je te le jure, et tu ne l'accuserais pas maintenant.
l’empereur. Ces,sc de, le défendre, les preuves de sa naissance où sonl-elles?
SARA. Celles de son innocence, d’abord... laisse-Diüi te donner celles-U.
l’eupëREIR. Réponds: tu n'étais pas folle. Pour agir comme tu l'as fait il fa fallu des preuves; dunnc-lcs donc.
.SARA- Mais lui, lui ii’csi pas coupable, et lu veux le punir!
L’IMPÉRATRICE, à part. £llc Iremhic, elle hésite !
l’empereur , à Sara. Réponds-moi , enfin, qui l’a fait parler?
l.’nipÉRATRlCE. Tu ne l’as pas deviné?
nuii , césar.
l'empereur. Toi?..
l’impératrice , bas d Sara ta suppliant.
Sara, ne me démens pas : je répoods de lui.
L'EMPEREUK. Toil
l’impératrice. Oui... Ce fut une idée snhite, une inspiration du ciel. J’ai vu autour de moi ce peuple entier se lever lout-.i-coupeamimcun seul homme. C’elail im incendie immense, imprévu. 11 fallait à l'instant enélonlïerla première étiiieelle, ou en être dévoré. J'étais sans appui, sans ressource; je n'avais prés de moi que celte pauvre femme; je lui ai crié: Sauve l’emjiercur, et elle l'a sauvé.
L'EMPEREUR. Son action lui fut dictée par toi ? Mensonge : avant d'embrasser une pareille ressoure:e , lu auraisessajé d’autres moyens de salut.
L’IMPÉRATRICE. Un ne m’en laissait pas le temps.
I.'eiipereuh. Ne pouvais-tu te faire un rempart de la garde impériale?
L'iMPÉKATRlCE. Presque tout entière retenue .sur le port aux galerespar la révolte des matelots.
L’EMPEREUR. Il fallait prévenir l’empereur.
l’impératrice Et le peuple serait arrivé avant le nie.ssager.
l'empereur Ob! quidoncmeirompcicif SARA, bas d l'imprratrice. C’est la justifiration, if.oé; {^Indiquant Manuel.) mais la sienne ?
L'IMPÉRATRICE, dt mimt, Attemlsl Al- i
tends I je t’en conjure.
’•* ■ l’impératiuce
l'eMPEBEUR , d Vimpératrict. Ainsi tout s'est fait par ton ordre ? cette femme s’est déroiiéc, elle a droit à ma reconnaissance:
c’esl bien! et maintenant, au rebelle (|iii a attenté é ma couronne, qui a conspiré contre ma vie, dois-je aussi une récom-
I L'tllPÉRATHICE. Rien que ta justice, i seigneur, mais ta justice l’absout. Garde ; ta séiérité pour les factions du Cirque , ces étemels élémens de toutes les conjurations , de toutes les révoltes. Là sont les coupa blés, là tu dois punir. Mais Alanuel conspirer? Eh ! s’il l’eftt fait, cette femme l’efit- { elle retenu dans cette église ? il en ser.ait sorti; la foule aurait crié de nouveau vive , Manuel, car elle voulait faire un empereur,
' et quelques uns essayaient de Basilicin , bute de mieux.
I L'euperei'II. L’auguste se défendra devant sou juge.
H.t.\tJF.L. Dés que tu l’ordonneras, seigneur; et si tu crois que c’est à ce lieu saint qu’il doit sa eonfiance, il est prêt à le suivre. SAR.t. Non... tu ne sortiras pas.
L'IMPÉR.ATRICE. Et moi qui réponds de son innocence sur ma tête, moi qui sais combien la colère est aveugle, je lui ordonne de rester, et j’appelle du jugement que cé.sar va porter en ce moment. .
L EVIPBREtiR. A qui donc?
L’ilIPÉn.ATRlCE, bas. Au jugement de césar à jeûu.
lEMPEREUR. Zoé!..
L lUPÉli.ATRiCE. Oli ! remercie - moi , Lion... je t’épargne un remords L’eupereir, après un silence. Manuel se tendra au palais de Seulari. Il l'Iiabitcra à l’avenir, et ne paraîtra jamais sans mon ordre à Constantinople.
l.’lMPéR.\TRiCE, à Manuel. Tu le vois, curant, l'empereur oublie scs soupçons, il est désarmé. (Bas à Sara.) Sara, Sara, je le sauve. [A Manuel.) L’empereur ne t’accuse plus : il t’envoie à Seulari; ce n’est pas un exil, lu y seras prés de moi. Ohl rassure-loi; [Arec intention.) tu n’as rien à craindre de césar, car, tu le sais, sa parole ii’cst pas un piège... ta vie sera sacrée pour lui là-bas, comme elle le serait Ici... Il ne reviendra pas sur le passé.
t’EMPEREUR. Non... iioii... je le jure.
Obéis. Qu’on me laisse.