‹ L'Impératrice EugénieChapitre 4 sur 6 · IMPERATRICE ET LE MONDE · texte numérisé non relu

IMPERATRICE ET LE MONDE

Les Cours étrangères, je Tai dit, se montrèrent sans cesse réservées devant Tlmpératrice Eugénie, et cette froideur avec laquelle elles Taccueillirent, dès l'époque de son mariage, ne disparut jamais complètement, en dépit de Téclat et de la force que TEmpereur donnait à son règne.

Le monde — là société parisienne — et en particulier celle du faubourg Saint-Germain — témoigna plus d^hostilité encore, de méchanceté même à celle qu'un accident psychologique avait élevée au rang suprême, et si cette méchanceté et cette hostilité firent trêve quelquefois, alors qu'il s'agissait d'obtenir, dans le clan mondain, quelque faveur des Tuileries, elles ne désarmèrent jamais.

En vain l'Empereur fit des avances aux principaux membres du parti ennemi, en vain* il offrit des sièges de sénateurs à quelques gentilshommes

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ruinés ou près de l'être ; en vain rimpératrice, dont l'orgueil souffrait de ce dédain immérité, il faut le reconnaître, se fit — ô dérision — légitimiste. Rien n'eut raison de l'attitude mauvaise de la coterie aristocratique, sous l'Empire, et Napoléon ainsi que sa compagne durent renoncer à se la concilier.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que le monde ne se laissât pas gagner par le charme de fonctions honorifiques et par le profit d'emplois rémunérateurs.

D'aucuns et d'aucunes, parmi ce monde, quoi que avec une moue de circonstance et très digne^ acceptèrent de l'Empereur ou de l'Impératrice ce que l'on nomme vulgairement des c places », et si le cœur ne leur fit pas défaut pour cette acceptation, il leur manqua, en revanche, pour la gratitude.

Les aristocrates ne pouvaient se consoler de la perte de leurs charges, d'être éloignés des Tuileries ; mais comme il eût été mal porté, chez eux, de paraître devoir de la reconnaissance à l'Empereur lorsqu'il les y appelait, entre eux ils prenaient de très haut cette faveur et semblaient ne la consi- <lérer que comme une chose due.

Le mot de la marquise de la Roche-Lambert, à ce propos, est concluant.

Comme on lui racontait, un jour, qu'un vieux

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paraît, grand ami et conseiller de M. le comte de Charabord, s'était rendu à une invitation de l'Empereur, loin d'être indignée, elle répondit du ton le plus naturel :

M. X... a fort bien fait et je Tapprouve. — En

quoi sa présence à la Cour peut-elle étonner? — Après tout, ces Bonaparte sont en campement, dans le château. Les Tuileries sont à nous et nous y sommes toujours chez nous.

Il y eut des comédies extraordinaires , aussi , autour de rimpératrice quand, désignant les dames de son Palais, elle s'avisa d'inscrire sur sa liste un ou deux noms appartenant à l'aristocratie fermée du faubourg.

L'une d'elles, même, quoique heureuse et flattée de cette distinction, ne crut pouvoir l'accepter qu'après avoir pris l'avis du « Roi » et elle fit tout exprès le voyage de Frosdorflpour obtenir l'autorisation de servir l'Impératrice, ou pour répondre à son appel par un refus.

Le comte de Ghambord eut de l'esprit à certaines heures. Il octroya toute licence à la gracieuse éplorée et celle-ci prit place dès son retour, et désormais, aux côtés de la souveraine. Parmi tous les ingrats même, elle se souvint de la bonté de l'Impératrice. Et, au Quatre-Septembre, elle fut de celles qui entourèrent la malheureuse femme affolée, jusqu'à l'heure de son départ.

Mais ces témoignages de fidélité, d'afiection, de simple sympathie même, n'étaient point communs dans le monde spécial dont je parlé, et je n'hésite l)as à le dire, ce fut, de la part de l'Empereur, une faute et une faiblesse que d'avoir permis à sa compagne de se montrer bienveillante pour le faubourg Saint-Germain, et ce fut de la part de l'Empereur, ime faute et une faiblesse, encore, que d'avoir luimême été trop souvent indulgent aux incartades, aux dédains et aux outrages d'une société réfractaire à toute idée de progrès, à toute moderne évolution, à toute sensibilité.

S'il eût brisé comme il le devait, comme il le pouvait, cette hostilité des salons, il eût mis la crainte là où la raillerie la plus cynique s'étalait, avec d'autant plus d'assurance qu'on savait Napoléon III peu enclin aux victoires faciles, aux taquineries mesquines, aux vengeances personnelles, et si un acte de vigueur ne lui eût point valu davantage d'affections, il lui eût certainement conquis ces dévoûments intéressés qui naissent de toute autorité.

En politique, il n'est point d'éléments négligeables: l'opposition des salons dissoute, annihilée dès son début, désagrégée dès sa formation, eût mis un obstacle à l'alliance des royalistes et des républicains qui, plus tard, fit la brèche dans la politique impériale, et conduisit fatalement celui

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qui avait fait le Deux-Décembre à |un plébiscite de hasard et à la guerre de 1870.

Tout s'enchaîne, en histoire ; tout fait naît d'un fait.

Le faubourg Saint-Germain se plaisait à nommer spirituellement les Tuileries, sous TEmpire : * La Cour du Roi Petaud. » Il eût mieux valu pour Napoléon III et pour sa dynastie, que le qualificatif fût plus haineux, car les sentiments de haine ne sont^ souvent, et en matière politique, surtout, qu'un hommage involontaire rendu à une invulnérabilité, à une puissance dont pn ne se joue pas impunément.

Dans un volume spécialement consacré à l'Empereur et qui succédera au présent, je reviendrai sur l'attitude des salons sous l'Empire et je publierai des documents qui édifieront peut-être le public sur la bonne foi, sur l'honorabilité du parti aristocratique, dans la guerre implacable qu'il fit à Napoléon III.

L'Impératrice, pour se consoler sans doute de ce dédain systématique qui la frappait, pour l'oublier, aussi, donna à ses réunions ce ton de légèreté, d'insouciance et de folie qui lui a été tant reproché et qui contrasta d'une façon si absolue avec le ton sévère des réceptions de la rive gauche.

Non seulement elle autorisa — je demande par-

ro% l'impératrice eucénie

don de l'expression — qu'on s'encanaillât autour d'elle, mais elle courut les bals des ministères^ du ministère delà Marine, prineipalement, donnant le la d'une excentricité, d'une indécence de bonne compagnie qui ravit la jeunesse d'alors et la fit indépendante, plus que les convenances ne l'auraient voulu, parfois, dans ses allures comme dans ses paroles.

De ce relâchement apparent sinon des mœurs, mais d'une étiquette dont on ne gardait que peu le souvenir, il résulta, pour elle, des aventures, qui la réjouirent, dans son inconscience, mais qui la discréditèrent.

Les diplomates, les étrangers de passage à Paris, s'entretenaient de cette licence qui remplaçait, dans les salons officiels, les respectuosités d'antan, et les moqueries du monde royaliste se trouvaient ainsi, aux regards de bien des gens — même des indifférents — justifiées.

Ce n'est point, ici, une chronique scandaleuse et je me ferais scrupule de reproduire les récits plus ou moins fantaisistes qui suivirent chaque apparition de l'Impératrice , soit dans un bal, soit dans une soirée.

Il me parait curieux, cependant, de faire connaître le roman qui s'ébaucha, entre la souveraine et M. Caro — roman qui n'eut guère de lendemain.

sans doute, comme tous ceux que tenta d'inscrire, dans le cours de sa vie, le philosophe.

M. Caro avait été, une fois, invité à Tune des séries de Compiëgne et ce fut là qu'il connut non seulement Tlmpératrice, mais qu'il contracta den relations amicales avec plusieurs personnes de lu Cour, et parmi elles M"*^* de Pourtalès et de Métiernich.

L'Impératrice avait pour habitude, chaque jour, en rentrant de la promenade ou de la chasse, de réunir dans ses appartements privés, quelques notabilités choisies parmi toutes celles qui peuplaient le château, et de causer, en attendant le dîner, avec elles, en prenant une tasse de thé. Ces petites assemblées avaient même un nom : on les appelait le thé de V Impératrice.

M. Caro était de toutes les invitations et brillait, dans ce cercle restreint, par son amabilité doucereuse, par son esprit et par une conversatiou ciui devait, dans l'avenir, tant aider à la consécration de sa gloire et de sa fortune, auprès des femmes — mondaines de demi et d'entier parage.

Pendant tout le temps qu'il demeura à Où mpiègne, il fut le lion de la série et ses obséquiosités n'auraient guère pu faire prévoir, alors, sa défection et son inimitié quand l'Empire s'écroula.

Rendu à sa vie habituelle, il resta comme ébloui, comme fasciné par la vision de cette Cour qu'il ve-

IM l'impératrice EUGÉNIE

naitde traverser, un peu hâtivement, et le souvenir, principalement, de Tlmpératrice le hanta.

H chercha dès lors à la rencontrer, il sollicita d'être reçu dans les maisons où elle paraissait, et quaud il obtint d'être admis à un bal que donnait M'"- Drouyn deLhuys, aux Afiaires Étrangères, bal costumé qui devait être rehaussé par la présence de la ?^ouveraine , sa joie et ses espérances ne conrnireot plus de bornes.

Cette Invitation qui lui était adressée fut d'ailleurs en ce temps-là, un mystère pour lui, comme on le verrn plus loin et, dans sa fatuité, il n*hésita pas à en aUribuer la faveur à l'Impératrice elle-même.

M. Caro parut donc chez M"*® Drouyn de Lhuys et lorsque l'Impératrice, masquée et en domino, le vit, uMgûorant aucunement lés sentiments qu'elle avait fait naître en lui, elle l'aborda et l'intrigua.

Lloconséquent philosophe était littéralement fou ot passionnément épris, quand la souveraine le quitta — car il l'avait reconnue — et lorsque M. de Chasseloup-Laubat donna un pendant, au ministère de la Marine, au bal des Affaires Etrangères, il ne put s'empêcher d'exprimer son bonheur dans une IcUre qu'il envoya à Tune des personnes qui entouraient la souveraine.

Comme je ne sais, dit-il, à qui attribuer l'iavitation

L IMPERATRICE £T LE MÛN0E 1&5

que je viens de recevoir pour lundi — permettez-moi de vous en remercier provisoirement.

Du reste, je ne tenais à cette invitation que pour me réserver la chance de rencontrer un dominoj éblouissant d'esprit, que j'avais fort admiré chez M"^^^ Drouyn de Lhuys. — Puisse la fortune des bals travestis me favoriser cette fois encore et m'envoyer ce que je lui demande — un quart d'heure de la même conversation i

C'est une histoire si touchante ! Si vous saviez !

« -— C'est une belle jeune fdle : elle s'appelle Paméla,.. « sa sœur se nomme Eglé.., Elle arrive de Marseille, d'où « elle a été presque enlevée, un jour qu'elle prenait le « frais sur la Canne bière !... ;^

Pauvre et charmante jeune fille ! Vous compreuei combien je suis impatient de savoir la fin de son histoire. En attendant que je vous raconte la suite, daignez agréer l'hommage bien respectueux de votre tout dévoué.

25 février 65.

M. Garo ne nous dit pas la suite promise dea aventures de Paméla. Mais un au après ce bal, il sollicite une nouvelle invitation pour se retrouver avec elle.

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Mercredi matin.

L'année dernière, à pareille époque, je crois vous avoir raconté

« Qu'une illustre inconnue, c Qui ne dit point son nom et qu'on n* a point revue »

m'avait fait adresser {M. Caro attribuait, ainsi que je vieiis de l'écrire j son appel à V Impératrice) une invitation au bal travesti de la Marine; mais cette invitation m'ayant été adressée par des intermédiaires, n'a pas laissé de trace sur les listes offîcielles du ministère et le même oubli a été renouvelé.

Je vous assure que je tiendrais très médiocrement à ce bal, si je n'avais pas Tespérance d'y retrouver mon Uustre inconnue, — Si je ne dois pas la retrouver cette année, je renonce de grand cœur à vous importuner de cette misère ; mais si vous croyez qu'elle y doive paraître, pouvez-vQus me donner les moyens de la rejoindre?

Voilà, j'espère, une vraie lettre de Carnaval, un véritable imbroglio. Me le pardonnerez-vous ?

20, rue Saint-Maur. St-Germain.

L'histoire s'arrête là. — Mais ne nous donnet-elle pas Timpression exacte de cet affolement, de cette liberté un peu équivoques, qui régnaient dans les salons officiels de l'Empire, qu'autorisait l'in-

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conscience de Tlmpératrice et que l'Empereur^ hélas! dans sa bonté, dans son indulgence pour sa compagne, ne savait interdire.

Cette histoire eut un épilogue, cependant, et sous la forme... littéraire de quelques pages, — d'un portrait de l'impératrice Eugénie — M. Caro lui donna une fin.

La pièce est curieuse, elle est inédite, ignorée, et mérite d'être reproduite tout entière :

Fragments d'un portrait

t ... En vain je voudrais rendre sensible, surtout à ceux qui ne l'ont pas connue, cette physionomie avec ce don d'attraction souveraine et cette impérieuse douceur. Il n'est pas d'exemple qu'un homme ait afironté impunément cette clarté molle et pénétrante du regard, insinuante comme une caresse au moment où elle dompte et plie une volonté rebelle.

€ ... Il y a deux choses qu'un homme ne saura jamais lui refuser : son imagination qu'elle enchante — et sa confiance qu'elle ravit. Qui donc, enveloppé par les mollesses secrètes de cette parole et de ce regard, penserait à lui disputer un secret qu'elle désirerait connaître?

€ ... Non pas qu'elle soit curieuse dans le sens

frivole et vulgaire du mot. Elle fait peu de cas de Tanecdote à la mode, du scandale du jour. Elle n'a rien de la femme médisante; elle ne provoque pas et n'encourage pas ce genre d'esprit autour d'elle. Mais elle a^ au plus haut degré, Idi curiosité politique — le désir de connaître avec précision les divers groupes d'hommes influents dans le gouvernement ou dans les partis, et de pénétrer les ressorts cachés de chaque personnalité éminente.

€ C'est à quoi s'exerce cet art suprême de faire causer. Elle inspire le désir de se confier à elle. On inventerait des secrets pour avoir le plaisir de les lui communiquer. Une des grandes tentations qu'on rçssent auprès d'elle, c'est celle de l'intéresser à tout prix.

« ... Ce qu'on pourrait lui reprocher, c'est l'universalité apparente de cette bienveillance attractive pour les hommes de valeur et pour certaines médiocrités attachées à son cortège. — On s'irrite, parfois, on s'indigne de faire partie de cette foule... Voyez comme elle s'aperçoit vite de ces projets de fuite et comme elle les déjoue! On voudrait s'affranchir, on ne le peut. Un mot affectueux, une attention délicate vous retiennent, vous fixent; le courage de partir n'a duré qu'un moment.

€ ... A-t-elle de. l'esprit? Certes; mais il iaut s'entendre. Il y a des femmes qui, dans une conversation générale, brilleront plus qu'elle; il n'y

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en a pas qui feront mieux briller l'esprit des autres. Elle a un bon sens pénétrant et fin qui vaut mieux que la facilité étourdie des mots à effet dont on a souvent ou le regret ou le repentir. Elle est assurée d'avance, par un sentiment exquisde justesse naturelle, de n'avoir jamais à regretter ce qu'elle aura dit. Ses mots ne frappent pas toujours fort : ils frappent toujours juste. Et s'ils ne frappent pas plus fort, c'est qu'elle-même en veut tempérer l'éclat et la vivacité.

« Ce qu'elle y perd en succès apparent, comme elle le regagne en influence réelle! Elle juge les situations et les hommes avec une finesse d'impression qui ferait honneur à une descendante de Machiavel. L'expression hésite parfois chez elle, par suite d'une sorte de gaucherie (non sans charmes) à manier une langue qui n'est pas celle de son berceau. Mais l'impression n'hésite pas. Il est peu de femmes qui aient, à ce degré, le sens politique, sous forme d'instinct, en même temps que le courage modeste, de le cacher sous les élégances de la vie mondaine.

ce L'instinct, c'est le vrai secret de cette heureuse nature. Tout ce qu'elle sait du monde, de la vie et de la politique, elle l'a appris toute seule, au hasard de la conversation, suppléant par l'instinct à la culture, à la lecture même pour laquelle les grands loisirs lui ont toujours manqué. — En toute chose,

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ce qu'elle a, c'est un naturel exquis, perfectionné par une finesse incomparable de sensations.

« Une ambition conduit sa vie.^Elle n'en a qu'une, mais elle est absorbante. C'est un dévoûment exalté à la grandeur de la famille qu'elle fonde et dont elle est Fâme. Voilà son unique passion dont toutes les autres relèvent. On s'y est souvent trompé. J'ai entendu déraisonner bien souvent à proposd'elle.Lesecretde sa vie est là. Sous la surf ace brillanteet mobile, même aux jours des plusgrands triomphes et des apparentes ivre^ses,c'est là qu'était le point vital de ce cœur et de cette destinée. »

Puisque je parle de M. Caro, je demande la permission de citer deux lettres encore, de lui ; l'une, toute d'expression amoureuse ; l'autre toute de sentiment politique. Elles sont curieuses à plus d'un titre.

La première se rattache à un fait mondain, qui fut un peu le point de départ des scandales de salons qui marquèrent les dernières années de l'Empire.

La baronne de Mayendofi avait offert une exhibition de tableaux vivants dans son hôtel de la rue Barbet-de-Jouy, et la comtesse de Castiglione s'y étant montrée en religieuse, avait été photographiée. L'une de ces photographies ayant été remise à M. Caro, à son habitude, il prit feu et flammes, et il rédigea l'épître suivante :

■Mi

T^r-***'*^'*?^. at ■ ' ^ :■'•

Comme vous seriez aimable de me faire savoir, si je dois envoyer mes remerciments pour la belle photographie de la Religieuse, que vous avez bien voulu vous charger de me remettre ! Quelle est Tadresse de ce mystérieux nid que vous nous décriviez, Tautre jour, si bien, et qui me rappelait ces vers de Lamartine :

« Semez^ semez dé narcisse et de rose € Semez le lit où la beauté repose ! »

Je sais bien que la belle Religieuse demeure à Passy ; mais.j*ai oubliai tout-à-fait le reste de l'adresse où doivent aller les remerciments de mes regards émus.

20, rue Saint-Maur (St-Germain).

7 janvier 67. Lundi matin.

Ne croirait-on point lire un passage des Précieuses Ridicules ?

La seconde lettre, il faut l'avouer, est fort remarquable et conçue dans un sens politique qui étonne presque de la part de celui qui ne fut jamais qu'un très superficiel penseur, et qu'un très frivole observateur.

Cette lettre, renferme toute une étude, et une étude mordante, sur la société du second Empire ; elle contient aussi des prévisions, des consta-^ tations qui sont sans réplique. On remarquera qu'elle a été écrite alors que l'Empire marchait comme dans un triomphe.

20, rue Saiat-Maur. St-Germain.

Paris, li mai 67.

Je veux que vous ne puissiez pas m'accuser de négligence ou d*oubli, ce que vous ne manqueriez pas de faire si je vous écrivais une fois là-bas, où vous devez vous reposer avec tant de bonheur des agitations douloureuses, des luttes ingrates et stériles, des fièvres de la vie exaspérée qu'on mène à Paris.

Cette vie est bien telle que vous l'avez laissée : au premier plan, des ambitions hautaines et serviles, des orgueils enflés de plus en plus par le bruit et le succès et qui croient avoir dénoué une situation de plus en plus embrouillée quand ils ont construit une belle phrase ou rempli de vent un ballon oratoire ; au second plan des nuées d'intrigants qui passent leur vie à caresser ces colosses d'orgueil et à trouver que tout va bien quand il serait si utile de faire savoir la vérité qui est tout le contraire.

Voilà le monde officiel, affairé, agité, bruyant, vaniteux, composé de gens qui mentent ou qui se laissent mentir, s*étourdissant sur les choses, n'ayant souci que de vivre au jour le jour, ne songeant pas au lendemain, ajournant les choses sérieuses et parodiant à qui mieux mieux le mot de ce grand égoïste couronné, Louis XV : < Après moi, le déluge ! > — Majorité du Sénat, majorité du Corps législatif, majorité des ministres, n'est-ce pas à tous leur formule secrète et leur moyen infaillible de se dispenser de penser?

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Et puis, pendant ce temps, un travail lent de décomposition s'exerçant sur les choses et les hommes de ce règne; une inquiétude sourde sur l'avenir; des froissements de Topinion de p]us en plus en méOance et de plus en plus irritable; quelque chose comme un immense malaise qui cherche son issue dans des espérances nouvelles et vers de nouveaux horizons ; une colère secrète de n'avoir ni la liberté promise qu'on ajourne,, ni les consolations des situations victorieuses qu'on a perdues; en tout cela et au fond, un patriotisme énervé qui n'a plus le courage des grandes entreprises, un patriotisme blessé qui voudrait avoir et qui rêve de belles revanches, mais sans peine et sans péril. Situation unique depuis quinze ans, pleine de vagues désirs plus à craindre que des réalités saisissables, pleine de terreurs et d'anxiétés en voyant que rien n est encore ni solide, ni fondé, — et que le temps passe, pourtant, que le temps s'écoule, — que nous vivons dans le précaire et dans le provisoire, ci l'abri d'expédients qui se continuent non à l'ombre d'institutions qui se fondent. — C'est à tel point que l'ajournement diplomatique de la guerre n'est plus considéré comme un bien : tout au plus comme un mal moindre que le mal imminent — comme un délai de grâce et un sursis qui ne profitera qu'à l'Exposition universelle, non au pays lui-même qui reste sous le coup de la même nécessité.

Mais à quoi bon vous entretenir de tout cela, et des malaises du temps présent, et des anxiétés de l'avenir, et des dévouements incertains qui ne pensent, à travers toutes ces difficultés, qu'à faire leur profit en plaisir, en orgueil — ou même en argent?...

Hélas! tout passe^ tout lasse, dit le proverbe. M. Caro n'était plus amooreux du iomino, de VU-

lustre inconmw, alors qu'il écrivait ces lignes et il chantait le De profundis — un De profundis prématuré — de sa royauté! Mais il disait juste, mais il voyait clair, et cette page marque d'une flétrissure indélébile, les courtisans égoïstes et criminels qui faisaient le vide autour de l'Empereur, qui entretenaient l'Impératrice dans une folie maladive et qui, dans une peur de rivalités intelligentes, éloignaient des conseils impériaux tout homme capable de redonner de la vie à cet Empire qui mourait anémique, tout avis susceptible de conjurer les catastrophes du lendemain.

L'impératrice Eugénie aimait non seulement pou i' ^Ile-môme les aventures romanesques, mais elle s'ingéniait souvent à créer autour d'elle des intrigues amoureuses et à faire, des femmes et deï^ hommes qui étaient dans la familiarité de sa vie^ des héros de comédie ou de drame — de vaudeville même, — Elle avait au plus haut degré l'iilée fixe du mariage; elle en était hantée et sous riiifluence de cette maniaque obsession, elle conclu I, durant le cours de son règne, quelques unions — la plupart peu assorties. C'est ainsi qu'elle fit du marquis de Caux l'imprésario d'une cantatrice.

Cependant, il y aurait mauvaise grâce à ne pas mentionner les occasions dans lesquelles elle eul — pour me servir d'une expression populaire — bonne main ; et parmi ces occasions, peu intéres santés d^ailleurs, il convient de rappeler les épou-

îm L IMPÉRATRICE EUGÉNIE

sailles du maréchal Pélissier, duc de Malakofl de M"® Sophie de la Panlega propre cousine de la ^ouveraioe.

Ce mariage qui eut, dans ses préliminaires, toute ta |2:rûce, tout le charme d'une idylle, ne mériterait ret tes point de prendre place en ce livre, s'il ne me permettait, en citant les lettres originales que le iDci léchai écrivit alors, de jeter sur la mémoire de ce brave et de ce vaillant, comme l'expression d'une douceur, d'une bonté, d'une naïveté, d'une poésie même qu'on ne soupçonnait et qu'on ne soupçonne gui>re encore actuellement en lui.

iia le sait, l'Empereur et l'Impératrice accomplissaient un voyage en Bretagne, en 1858, lorsqu'au mois d'août de cette année, ils se rendirent à Cherbourg où la reine d'Angleterre vint les visiter.

J'rI publié, dans un chapitre précédent, une lettre de r Impératrice qui relate, avec quelques détails, son arrivée à Cherbourg, et je ne m'étendrai pas ici sur le faste de la réception qui l'y attendait. .

Le maréchal Pélissier qui, à cette époque et depuis peu de temps, était ambassadeur de France Il Londres, se trouva dans la suite de l'Empereur de même que dans celle de l'Impératrice se faisaient remarquer M™^ de Montijo, qu'accompagnait une riilorable jeune fille, M"® Sophie de la Paniega.

Le maréchal Pélissier vit, pour la première fois^ celle qui devait être sa femme, à l'église, à ua

LE RaMAît D UW MARK en ÀL DE KHAM;!!! IGT

TeDeum chanté en Flionneur de Nypoléoii et de sa compagne. M"*" de la Paniega, dans une atlitudf> recueillie, à genoux sur les dalles de la cathédrale, selon l'usage espagnol, fit alors une viveluipressiou sur resprit et sur le cœur du duc de Malakoff. — Qu'on aiUej après ce fait, douter du coup de foudre fameux en amour et si utile aux romanciers!

Comme il était placé près de l'une des amies derimpératricCî il se pencha vers elle et la pria de luî^ nommer la jeune iille*

M'"'' X,,. sourit alors- Elle fit connaître au maréchal rideutilé de celle qui venait ainsi de le troubler ^ et ayant ajouté : — * Voilà, maréchal, la femme ((ue vous devriez épouser i — elle Fabantlonna à ses pensées,

M""^ X.,», de son côté, lit part à T Impératrice derentretien qu'elle avait eu avec le m prêchai et le? projet ayant été approuvé, en principe, on prépara une présentation.

Cette présentation eut lieu, le soir même, â la Prélecture où il y avait haL M^''^ de la Pauiega y parut dans tout Téclat d'une resplendissante beauté, simplement vêtue d'une robe blanche parée d'un collier en corail.

Lorsqu'on lui eut soumis les désirs du maréchal^ la jeune lille hésita, pendant quelques jours, à les agréer, redoutant d'épouser un homme d'un âge très au-dessus du sien et dont le caractère appareut^

dont la réputation de violence n'étaient point sans lui inspirer des craintes.

Mais cette hésitation fut de courte durée, et sur les instances de Tlmpératrice, le mariage fut décidé.

Le maréchal adressa sa demande officielle à M"^ de Montijo, les épousailles eurent lieu à Saint- Cloud, et après avoir campé dans un appartement qu'il possédait aux Champs-Elysées, il partit pour Londres avec sa jeune femme, d'où il fut bientôt rappelé pour être envoyé en Algérie, en qualité de gouverneur général.

Une jolie anecdote m'a été contée, sur le maréchal Pélissier, au sujet de sa brutalité légendaire, et avant de reproduire ses lettres ou mieux avant de livrer au public son roman, je tiens à la mentionner.

C'était quelque temps avant son mariage. Obligé de sortir pour se rendre chez la comtesse de Montijo, il avait confié à deux de ses aides de camp un travail fort pressé et fort important.

Durant la soirée, il quitta le salon de la comtesse et d'un bond fut chez lui; quand il revint, un moment après, sa figure était bouleversée dans une expression de colère non encore apaisée.

L'une des personnes présentes, celle-là même qui lui avait nommé M"° de la Paniega, à Cherbourg, l'interrogea, alors.

LE ftOWAW I> U?( MAHKCIIAL DE FRAf^CE 1«9

— Qu'avez- VOUS, maréchal, lui dit-elle, el que se passe-l-il ?

— J'ai, répoûdit-il très brusque, 'fai que mes deux ... (ï(?i, un moi cm) d'aides de camp se sont endormis sur la besogue que je leur avais donnée^ Mais je vous jure qu'ils n'auront point envie de silôt de fermer rœil : je viens de les arranger de la belle façon.

* M"^ X... lui répliqua :

— C'est très mal de se mettre encolure, maréclialt et si vous voulez que je vous croie réellement bon et digne de celle qui va être voire femme, il faut iiifî promettre d'être iûdulgent-

Le duc de MalakoIT fixa sur son inlerlt>cutrice un regard étonné et soudainement adouci :

— Alorsj raurmura-t'il, vous me blâmez? J'ai eu tort...

— Ouij d'avoir été grossier, surtout.

Cet homme Implacable et redouté se leva. Il sortit de nouveau et quand il reparut, il alla à M'^^X..-

— Eh bien, lui dit-il, suis- je un méchant? Je viens, de ce pas, de faire des excuses a mes deux étourdis et de leur donner eatnpo jusqu'à demain. Je suis heureux et je veux que nul ne souffre autour de niui.

Un tel trait ne peint-il paa cet homme mieux qu'un long récit? J'ajoute que Tun des officiera d'ordonnance si malmeués par le maréchal ^ ce soir*

là, se nommait Appert et ût, depuis, quelque peu, son chemin«

Parcourons, maintenant, avec le duc de Malakoff, les phases de son amour.

Avant le Mariage *.

GhaatiUy, 13 août 1858.

Je me suis empressé, en vous quittant, d'aller faire à St-Cloud ma visite au Prince Impérial. S. A. était allée à la promenade et je suis resté deux heures à causer avec la gouvernante et W^^ Kzot. Ces dames ont voulu aborder la politique anglo-française et se sont assez joliment fourvoyées. J'ai essayé de les remettre dans la bonne voie ; mais il est difficile à un homme seul de tenir tête à deux femmes politiques. Enfin Tenfant royal est revenu. Je Tai trouvé bien portant, peu causeur, mais d'une bienveillance enfantine très caractérisée.

De là je suis allé voir Waubert et diner dans sa

famille et ce n'est que ce matin que je suis allé à V

J'en ai rapporté une jolie corbeille de beaux fruits et deux bagues que j'ai laissées en passant, en allant me changer. Je suis revenu déjeuner ; il s'est pa^sé ce malin, ce déjeuner. La belle Sophie était douce et gentille, un peu attristée, mais fort digne. On m'a demandé d'écrire en arrivant à Lmtdres ; je le fais de Chantilly. La comtesse

1 Les lettres qui vont suivre ont toutes été adressées à M"* X..., cette amie de rimpératrice que le maréchal avait quLâ&tioan,ée dans la cathédrale de Cherbourg.

LE ROMAN d'un MARÉCHAL DE FRANGE 171

avait dit : Vous nous écrirez. J'ai dit oui et j'ai demandé à ma fiancée si elle entendait que je lui écrivisse direc; tement, aussi. Sa réponse a été affirmative. Tai pris eu partant le bracelet que vous m'aviez conseillé de remettre. Il a fallu ajouter Fécrin que j*ai fait marquer S. P. Il sera remis chez la comtesse demain avec une carte de moi. J'en ai informé ces dames. Ainsi tout se présente bien^

Il parait que Tlmpératrice à f^it mon éloge à la mère.

Nous nous sommes séparés cordialement. On semblait ne pas vouloir me laisser partir. Le chemin de fer attendait et j*.ai résisté sans rudesse aucune. 11 semblerait à nous voir, malgré la plus parfaite réserve, que nous nous aimons dès longtemps. C'est votre ouvrage et po.ur ma part je vous en suis fort reconnaissant. : «

Vous avez raison, la dernière rose était blanche ; elle, est fort bien conservée. Je l'ai vérifié ce matin en soulevant un coutil qui couvre des étagères...

Alb&rt Gale-Uouse, 15 août 1858.

Djiorno de Maria Adena.

Vive l'Empereur ! Nous avons pr ié pour lui ce matin ; nous porterons sa satité ce soir avec celle de la gracieuse Reine de la Grande-Bretagne. Nous penserons à l'Impératrice, au Prince Impérial, à vous aussi par qui j'ai commencé la journée. Je ne m'attendais pas, je l'avoue, à un rendez-vous à si courte distance. Songez un seul instant aux formalités diverses à remplir avant un mariage? Comme je l'ai dit, que la comtesse de Montijô reçoive une affirmation absolue, j'irai de l'avant; mais je ne

puis devancer la décision d*un père qui, en défînilive, pourrait être négative; alors quel pas de clerc î Et quels délais seulement pour que la fille puisse user des droits que lui accorde le code au chapitre du mariage. Entre nous, notre chère Impératrice mène l'hymen à la vapeur et vous^ mon Egérie, en tout ceci» vous semblez sans réflexion m'inciter à des choses dont les conséquences peuvent se produire inopinément. Je ne suis pas, je le sais, en demeure de me voir partager l'embarras de la crédule dupe du Renard, mais la morale généralisée est bonne à saisir : a En toute chose il faut considérer la fin, » et ne s'y point lancer éperdument. Et vous-même, Tauriez-vous oublié? Chi va piano va sano et chi va sano va lontano, tel est mon vœu bien sincère. Si l'Impératrice pour sa comoditê (sic) veut que j'aille à la chapelle de Biarritz, j'irai et là,

« Nous contractons tous deux

« Cette union chérie

« Qui seule rend heureux^ >

dit-on !

N'a-t-elle pas la célébrité, l'Ile de la confiance ?

Sans intention de parallèle, les origines sont analogues, le lieu, à mon avis, ne serait pas mal choisi. Un peu loin peut-être pour l'un des témoins^ mais il y connaîtra mieux cette frontière, Bayonne et le St-Esprit son patron. Voyez? Je pense que vous aurez envoyé textuellement ma dépêche à l'Impératrice.

Je vous baise les mains et je vous supplie de tempé-

LE ROMAN d'un NARÉGHAI DE FRANGE 173

rer une ardeur qui de la part d'une autre qu'une Impératrice adorée serait taxée d'irréfléchie.

Albert Gate-House, 18 août 1858.

Je réponds immédiatement à votre lettre d'hier pour vous prouver à la fois et mon empressement et ma docilité.

Mon Dieu, je désire autant que qui que ce soit que les choses soient menées avec une sage rapidité; mais, comme disent les anciens, à chaque chose son terme, son délai, son allure. Précipiter ne vaut rien et souvent prête à nuire. Certes, j'étais heureux que notre Impératrice fixa (sic) le jour heureux qui apporte une aussi grande, une aussi douce modification dans ma vie, qui vienne (sic) ainsi me reposer pour me donner une vigueur nouvelle, un état nouveau ; mais puisque la date du départ pour Biarritz est trop voisine pour nos desseins sagement menés à terme, il est de toute nécessité que la résignation vienne se mettre de la partie et que nous attendions la rentrée à St-Cloud. La chose m'est facile, bien que je pourrais désirer un terme moins éloigné. J'ai bien attendu six mois que nos prises, nos trophées, notre matériel, notre armée fussent rembarques pour reprendre à mon tour et le dernier de tous, le chemin si désiré de la Patrie ; je saurai attendre six semaines qu'une couronne de fleurs aimées vienne comme un sourire de bonheur se placer sur tant de bons dévoués, se mêlera quelques lauriers. J'ai foi dans la raison de ma fiancée et j'espère qu'elle saura comprendre et partager mon opinion. J'ai

foi dans votre sollicitude pour nous deux et je pense que TOUS amènerez chacun à des idées posées, à des actes plus raisonnables encore. C est le 2 octobre, en Afrique, qu2 j*ai été fait officier supérieur. U y aura de cela 28 ans, ce sera presque Tàge de mon épouse et si ce n'est un grand anniversaire, ce sera du moins un jour heureux pour le jour de tant de bonheur.

Maintenant il faut égayer cet espace. Rien ne me paraîtrait plus aisé et l'exécution ne vous est pas onéreuse. Vous convieriez la comtesse de Montijo et sa chère pupille à venir à deux intervalles passer quelques jours à... ; je m'assurerais, pour les mêmes époques, deux séjours chez la baronne Barbier ; ni Sophie ni moi ne serions sous le même toit, mais nous pourrions nous voir avec des témoins en nombre. Quelquefois, aussi seuls que les convenances le doivent exiger. Les conditions se régleraient, le temps se passerait et nous irions ensuite à l'ombre de la protection impériale recevoir à St-Cloud cette bénédiction objet de nos vœux, des leurs et des' vôtres. Qu'en pensezvous, dites-le-moi en toute sincérité ; nous jouerions des charades, nous ferions tout ce qui se fait à la campagne. Il est impossible que Tennui vienne à se mettte de la partie. Vous voyez que je me possède bien. Ce m'est une constante faveur du ciel de voir toujours la sérénité croître en raison de l'importance des circonstances.

Vous avez bien fait d'envoyer la dépêche à l'Impératrice. Je n'ai points jusqu'ici, la lettre que Sa Majesté vous a dit m'avoir écrite. Elle aura fait cascade à St-Cloud et peut-être m*arrivera-t-elle au premier moment. Je Fattends avec respect et reconnaissance.

ii^riitfiïîffl

J'aime à croire que la santé de votre chère enfant se raffermit. 11 faut une grande suite dans les soins à donner à cet ange. Yous voyez que si je n'ai point le titre de père de famille, j*en ai du moins un peu la sollicitude et la raison.

Au revoir, belle rose blanche, au revoir mon ange tutélaire. On en a vu de plus diables s'humilier ainsi devant L'affection, le savoir-vivre et la tenue parfaite. Yous ne pouvez vous imaginera quel point je suis heureux de vous voir une aussi douce, une aussi bienveillante participation à Tœuvre de mon bonheur. Je vous baise les mains et je ne vous demande qu'un de ces sourires que vous angelizés sans effort.

Albert Gate-House, 22 août 1858.

Le courrier nous est arrivé hier fort tard et ce n'est qu'en courant qu'on eût pu répondre. Il y a eu déluge et bourrasque à terre, il doit y avoir eu tempête à la mer et le temps^ ce matin, semble ne faire que de trompeuses promesses.

Yous avez vu par les dépêches télégraphiques que j'avais reçu la bonne lettre de l'Impératrice. Je lui avais répondu déjà lorsque la vôtre m'est parvenue.

Je me hâte de vous dire que je vous ai donné plein pouvoir ; ainsi j'étagerai à la note que vous m'avez adressée présentant le menu delà corbeille, bien qu'il soit à peu près le double du chiffre primitif qui devait se monter à 20,000. C'est donc près de 18,000 de supplément. Les architectes renom" mes pour les crédits supplémentaires vont-ils jusque-là? J'en doute. Enfin j'aurai une bonne femme bien douce et

176 L IMPÉRATniCE EUGÉNIE

bieo entortillée ; 9,000 fr. de dentelles, un cachemir de 6,000, une robe de 600 et des fourrures pour 3,000. 18,000 fr. de diamants. Je néglige les i,200 de gants, ombrelles, éventails. J'ajouterai à cela, puisqu*il faut débuter par passer sous les fourches caudines du bonheur, un TraTelling Bag dont on fait grand état ici. Je le prendrai chez...

Donnez avant notre départ tels ordres que vous voudrez. Je vous tracasserai moins assurément que le Corps législatif déjà si inoffensif tracasse le ministère.

Gomme c'est le côté femme qui fournit lé trousseau, je le félicite de la bienveillante intention de Tlmpératrice. Je prie seulement Sa Majesté de ne point écraser ma corbeille... C'est assez que je le sois et j'en suis encore à avoir ma première dette. Je ne suis pas convaincu de sortir de tout ceci exempt de cet ennui.

Vous avez agi sagement en intimant aux cadeaux venant de par delà les Pyrénées de se présenter sous forme diamantée et d'étendre cette prescription aux autres. J'ai eu peu de bijoux à donner dans ma vie, mais depuis mon retour de Crimée, mon joaillier est Sentier et Tugot, rue de la Paix. Je serais heureux que vous puissiez le faire un peu travailler.

Les diamants sont donc deux rivières, occasion unique. C'est assez d'une rivière pour se noyer. Ah ! mais il faut un diadème de duchesse. L'Empereur me doit une couronne de duc, puisque duc il m'a fait. Ce serait fort gentil à lui de se charger du diadème de sa duchesse.

Je n'ai plus rien à dire si ce n'est que je suis heureux; que votre bonne affection pour moi vous porte à vous char-

ger de cette corvée, et je vous en serai éternellement reconnaissant, car cette pensée que vous pénétrez- dans tous ces petits aboutissants du bonheur double assurément le mien, et dans une lettre tout parfum, tout amour, toute emmitouflée de fourrures, drapée d'un cachemir soyeux, sous les plis si riches et si ondulés d'une robe de velours, dans une lettre étincelante de diamants, vous venez me demander de ne point renvoyer votre ami Roux. D'abord, si je vous l'ai promis, vous n'avez nul droit de le demander; car toujours je tiens ce que je promets. J'admets, pour un instant, que ce soit nécessaire, vous me rappelez (î'cî , une omission) du domino noir qui s'imaginait de demander grâce pour El apuntador. Jamais je n'ai rudoyé cet honnête Roux; j'ai commandé, j'ai dit que j'entendais être obéi... parbleu, le maréchal Vaillant a bien un jour parlé de ma nature rebelle. Je n'ai pas de nature rebelle. J'ai plus de docilité que qui que ce soit envers qui peut me commander. Mais lorsque je commande, lorsque je veux rétablir l'ordre là où le désordre est devenu l'état normal, lorsque j'indique des précautions fort simples, des dispositions fort judicieuses, qu'on arrive me parler de l'intérêt qu'inspire la femme de charge de M™<^ de Brunow, ou le tailleur de M***, qu'il y a indispensabUité que le portefeuille porte sur chiens, ma foi je trouve la situation à la fois révoltante et bouffonne et je dis ma façon de penser tout entière. Je m'étonne peu que M. Roux ait peu compris tout d'abord, car il est facile à ébouriffer et je l'ai toujours tenu pour un Lafontaine ou un Bernardin de Saint-Pierre au petit pied; portant l'ordre et la sollicitude à ce point qu'il rationne autant qu'il le peut les passereaux auxquels il jette de temps à autre les

miettes de son déjeuner. Mais j'ai la confîance de penser que, lorsqu'il a su que je voulais imprimer dé saines allures, rendre à la chancellerie une dignité que nul n'aurait dû lui laisser perdre, il s*est mis franchement siir la ligne indiquée, qu'il s'y est maintenu et s*y maintien* dra désormais. Il n'en fallait pas davantage pour lui assurer ma hienveiilance. 11 la possède tout entière. Est-ce rudoyer? Non. C'est vouloir et je n'ai jamais voulu à demi. Là est le secret des belles choses que j'ai pu faire, là est la raison de ma belle carrière, et si le socialisme voulait redresser la tète, si quelque autre, l'Empereur disparu, songeait à porter atteinte aux droits de la Régente, restreindre ou modifier lea droits du Prinee Irapérial, je saurais me mettre en travers, immoler les factieux quels qu'ils soient et si je ne réussissais pas, tout d'abord, me faire tuer sous le pavillon de l'horloge plutôt que de fuir comme d'autres pourraient le faire, comme je ne l'ai jamais fait, comme je ne le ferai jamais. Les âmes bien trempées viennent seules à leur but. Elles ont dans le détail de ces éclaboussures que le vulgaire ne comprend pas tout d'abord, qu'il finit par comprendre et toujours par louer, car enfin ce sont de petits défauts inséparables de qualités sérieuses, utiles et dévouées au bien quand môme. Que n'honorez-vous donc aussi de votre sollicitude toute naturelle, messieurs les secrétaires et attachés qu'il a fallu réglementer aussi, du moins pour la plupart; la cloche est fondue et tout s'accomplit et progresse comme le doit faire une communauté de ce genre. U y aurait quelque chose d'inusité à ce que celui qui a commandé à 120,000 h. qu'on abattait parfois, mais la France frappant du pied recomplétait le vide laissé par ces héros.

LE ROMAN d'un MARÉCHAL DE FRANCE 179

de toutes les tailles, je le sais, mais des héros enfin — à ce que celui-là eût à lutter pour conduire une ambassade de cinq pu six gentlemen plus gentlemen que laborieux, un chancelier et des archives. Cela ne pouvait pas être, la lumière s'est faite pour tous et les choses vont sans entrave aucune. Elles sont ce qu'elles doivent être. Certes la douceur de Sophia, sa bienveillante simplicité sauront adoucir insensiblement cette gangue, mais dans la gangue est toujours plus ou moins le diamant et nul n'a le droit d'en altérer la valeur. La comparaison est dégagée d'humilité, je le confesse, mais de même qu'on force les traits pour produire effet à distance, de même quand on attaque un honnête homme, un chef bienveillant, mais des plus nets au service, il a quelque droit de se raidir dans sa défense. Mais tout aussi résolu peut-être, mais moins fier que le Sicambre, il sait s'incliner devant la douceur, devant la beauté et la remercier d'une attaque qui n'était pas sans injustice, bien que prenant naissance dans une bonne intention, mais qui, par compensation, lui fournit l'occasion de faire une profession de foi sincère. Aimez-moi un peu, dites-moi la vérité toujours et vous verrez à la longue que je le mérite.

Je comprends- que mon projet Champrosay, devant ces nécessités de voyage, est réduit à l'état de pastorale utopie. Je me replie dans ma philosophie et le temps nous viendra en aide. J'espère après-demain sans doute pouvoir gagner Paris. J'y resterai huit jours et je reviendrai ensuite à Londres <ïue je quitterai une autre fois, puis vous reviendrez tous, puis nous nous réunirons et enfin nous nous unirons sous vos bonnes prières et les bénédictions du ciel. -

Paris, 27 août 5?.

Vous devez croire à tout mon regrel de ne pas vous avoir vue à mon arrivée à Paris, carc*est vous assurément que je désirais le plus voir; vous que je voulais remercier d'une douce et maternelle sollicitude, vous qui seriez mon enfant et qui prenez de moi, de mon installation, de ma petite gloriole d'époux qui veut bien faire les choses tous les soins de la meilleure des mères... Si je n'avais pas si peu de jours à passer à Paris, si je n'avais pas ici un bienveillant vampire qui compte mes heures, qui considère comme un larcin celles qui ne sont pas passées à portée d'Ëlle ou à son intention, je courrais à Vichy vous baiser la main. Enfin vous reviendrez et de Vichy et de Biarritz et ce que vous avez si affectueusement, si gracieusement commencé^ Dieu le considère ^comme Tœuvre d'un ange et avec cet ange devenu mon bon ange, Dieu le terminera.

Descendant à un horizon plus modeste, je suppose que vous avez pris toutes vos dispositions pour que la corbeille s'emplisse. D'après le conseil de lady Cowley à qui j'avais confié votre impatience, j'ajouterai à votre liste que j'ai complètement homologuée par ma précédente lettre, j'ajouterai un Travelling Bag commandé à Londres. J'ai à y mettre aussi un livre de prières. Je dois y penser, moi dont les formes parfois rustiques et sauvages comptent tant de victimes qui heureusement pour elles se portent bien. Je profite de l'incident pour vous dire^ charmant accusateur public à l'étourdie, que loin de

VOUS en vouloir de m'avoir parlé du placide chancelier, je vous sais grand gré au contraire de m'avoir fourni l'occasion de me mieux faire connaître de vous. Ceci sera, je l'espère, le dernier protocole sur ma natuve rebelle et sur les victimes imaginaires. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas un lion, mais j'en serais un, que je vous livrerais griffes et ongles et sommeillerais docilement à vos pieds. N'ayez donc aucun souci de ma promise. Comme vous, elle est bonne et douce, comme vous elle est jolie, comme les (sic) vôtres sans doute, Dieu lui accordera de jolis enfants. Pourquoi voulez-vous que je ne sommeille pas à ses pieds avec autant de quiétude. Toujours je fus un lion pour mes ennemis ou les gens de révolte, et bienveillant pour les gens laborieux, exacts, dociles et disciplinés. Ceci reste donc chose bien entendue.

Parlons d'EUe, parlons de moi, parlons de tout un peu.

A 5 h. le 2o, j'étais à la gare. M"^« Barbier et le père y étaient aussi et Julien arriva comme la plus douce des Uosées. A onze heures, j'étais à table dans le voisinage que je n'ai quitté que vers 2 h. pour courir à S* Gloud. Je croyais pouvoir vous voir le lendemain et j'y allais quand m'arri va votre lettre qui m'arrêta court. J'avais vu l'Impératrice. Sa mère et la pupille qui dînaient chez un banquier avaient compté sur moi pour l'Opéra. L'Impératrice a pensé que ce serait shokingct je m'en suis abstenu. De S* Cloud j'étais allé à Ghaville voir la famille de Bar et Waubert de Genlis et à Viroflay voir la famille Appert ; ma soirée s'est passée chez moi à trier et classer des papiers : je me suis levé pour écrire, je déjeunai avec l'Impératrice, l'Empereur chassant à S* Germain avec lordPalmerston. Je

r^pr^-

n'ai pu voir ces dames avant le déjeuner. Mais elles venaient à S'-Cloud, où je suis resté jusque vers quatre heures; je suis venu faire toilette pour dîner à S^-Gratien d*où je suis rentré à minuit. Aujourd'hui je déjeune chez un ami, vieux chef de division de Flnstruction publique aux jours du citoyen Vauiabelle. Je viendrai voir mes voisins, puis j'irai à Champrosaj pour m'y rencontrer avec S. A. I. le Prince chargé du ministère de l'Algérie. Tous les jours suivants, je dînerai là. Voilà ma vie ; il y manque une heure passée à Vichy, une seule heure, une bonne conversation aussi, puis je me replierai avec joie sur les noirs tabellions dont je vais parler ce malin. Mon notaire ira à celui que lui indiquera la comtesse. Ce que les notaires arrangent, c'est l'argent et les conséquences de la mort. Je l'ai vu dans les Faux Bonshommes. Ce que les femmes arrangent, ce sont les roses et les colifichets de tout cet avenir. Quoi qu^il en soit, mes indications, je les attends toutes de vous. Ecrivez-moi de Vichy. 11 me semble qu'aux Eaux c'est bonne fortune que d'avoir à écrire. Jettez-moi, je vous prie quelques miettes de cette bonne fortune. Elles seront pour moi ce que la manne fut au désert à la caravane en désarroi des Hébreux. Je vous écris en interligne d'un monsieur qui recherche ma pratique. Dieu veuille pour lui que vous l'ayez honoré de la vôtre *.

< Cette lettre, en effet, est éicrite entre les lignes d'une requête renfermant des offres de service à roccasion du mariage du mai^èebal et signée d'un sieur Cazai, fabricant d'ombrelles.

ui-V-iT'^L-l

LE ROMAN d'un MARÉCHAL DE FRANCE 183

Albert Gate-IIouse, 4 septembre 1858.

J'ai vos deux lettres et je vous en remercie. Je suis allé deux fois à Champrosay. La première pour m'y rencontrer avec le ministre de F Algérie, la seconde avec la comtesse et ma promise. Elle y a eu beaucoup de succès. J'en avais eu moi-même, devant le Prince, dans la charade

€ Mir - lit - ton. »

Tous les travelling bag et autres bag me font donner au diable. Aussi attendais-je votre retour pour me fixer. Vous jugerez par la note incluse que M. Audot a des prix fort variables.

Je comprends peu vos hésitations pour Biarritz. Je suis plus travelling que cela. Je ne sais encore quel jour notre souveraine fixe pour le mariage . Il y a un vendredi qui arrive mal à propos et n'est pas du goût de la majorité.

J'ai donné à la promise une montre qu'on a trouvée de bon goût, quelques plumes d'autruche d'une extrême blancheur.

J'ajoute ici une menthe poivrée et une scabieuse du château d'Arqués que je n'avais pas revu depuis 42 ans et que je suis allé visiter hier matin en grande fantasia.

L'absinthe est de mon propre fonds.

Albert Gate-House, 27 septembre 1858.

Plus qu'Egérie vous avez délaissé un peu celui qui n'a point la pensée outrecuidante d'être un Pompeiien; mais

enfin, vous Tavez délaissé... vous lui revenez et il vous couvre de bénédictions.

Le mardi 12 me va infiniment et j'en remercie ma souveraine. Maintenant, je dis au ministre que je quitterai l'Angleterre dans la nuit du 1®^ au 2 octobre. Mais je vous dis à vous et à l'ami, qui me pardonnera cette petite supercherie dans l'intérêt des si étroits quinze jours, que je serai à Paris et à vos ordres dans la journée du 29 septembre, patron des Russes, mais patron assez impuissant il y a trois années. Ce souvenir, sans doute, rappelé par l'ami au ministre, rendra celui-ci accommodant.

M">o de Montebello est aussi capricieuse que bonne et jolie et n'a tenu aucun compte de pensées qu'en définitive je dérobais en quelque sorte à ma promise. Je ferai en sorte pour la punir de fuir ses yeux si spirituels et si bons le 12 octobre prochain.

Quant à vous, je m'empresserai de vous voir, qui n'avez commis que petit péché d'oubli et l'avez si gracieusement réparé.

11 est vraisemblable que je déjeunerai à l'hôtel d'Albe. Failes-y dire, je vous prie, ou au numéro 115, l'heure h laquelle, gracieuse comtesse, par les beaux cheveux et l'éclat des yeux du moins vous serez visible. Je vous découvrirai avec plus d'adresse que ne le ferait B... et l'illustre Le verrier.

7 oclobre 1858.

Nous jouons aux ombres chinoises. Nous nous voyons sans nous parler, sans nous atteindre et toujours plus pressés les uns que les autres. Vous disparaissez. Le chifTi-e

LE ROMAN d'un MARÉCHAL DE FRANCE 185

seul de la corbeille pf end de Taplomb, de la solidité ; mais plaie d'argent ne tue pas, dit-on, et j'aime trop ma fiancée pour aller concevoir chagrin d'un chiffre incessamment croissant. Vous, vous savez mes sentiments, ma reconnaissance ; pourrais-je vous gronder?

Il est arrêté que le contrât se signera dans Fesbrouff décidé (l'abord.

Le lundi H, à O'», hôtel d'Albe. Les témoins, quelques amis.

Le mardi 12, à cinq heures, mariage à la mairie, rue d'Anjou-St-Honoré.

Le soir, soirée à St-Qoud — bénédiction nuptiale et je bénirai moi-même et le ciel et ses anges parmi lesquels je vous range en toute sincéinté.

Paris, le 11 octobre 1858.

Mille remerciements pour le joli porte-crayou.

D'après ce que j'ai entendu ce matin, je crois qu'on serait fort heureux de posséder ce soir la corbeille à l'hôtel d'Albe. Ainsi, agissons en conséquence.

Après le Mariage,

Paris, 13 octobre 1858.

Après une soirée de bonheur, arrive le quart d'heure de Rabelais ; il en est souvent ainsi, des choses de ce monde. Vous aviez pleins pouvoirs, je vous donne un bill d'indemnité ; on ne peut bien faire en ne faisant pas le convenable; comme tous les ministres, vous avez du recourir aux crédits supplémentaires. Ce serait se bien mal

avilir que de vous gronder, je vous Tai déjà dit. Je vous aime trop sincèrement pour avoir de tels procédés... C'en serait même un mauvais pour la Maréchale qui mérite tout ce que vous avez fait pour elle.

Appert va profiter de vos conseils économiques et faire une tournée pour solder les marchands ; il est une chose qui ne se paie pas, c'est Tamitié, le dévouement, une si parfaite et gracieuse complaisance, et vous en avez eu trop pour moi, pour cette douce compagne que Dieu accorde à ce qu'il me laissera de jours, pour que notre affection pour vous ne soit point éternelle.

Votre féal,

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