‹ L'impératrice Théodora: étude critiqueChapitre 1 sur 105 · PARIS E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR

PALAIS-ROYAL, GALERIE d'oRLÉANS

Reproduction et traduction réservées.

AVANT-PROPOS

Depuis quelques mois on a beaucoup parlé en France et surtout à Paris de Vimpératrice Théodora. De son vivant le théâtre, dit-on^ lui avait valu un trône. Le théâtre aujourd'hui lui vaut une notoriété posthume qu'acné eût peutêtre souhaitée si elle n'eût été qu'une aventu^ rière et une héroïne de cirque. Comme elle fut probablement tout autre chose, il jr a gros à parier que, si elle revenait en ce monde, elle n'irait pas remercier M. Sardou du rôle qu'il lui fait jouer dans sa dernière pièce.

Je ne veux pas dire pour cela qu^un auteur dramatique n'ait point le droit de modifier P histoire, de rhabiller et de la faire parler à sa guise quand il la traduit sur la scène. Le poète est, par essence, un créateur. Il ne prend du passé que ce qui lui convient. S'il

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lui plaît de ressusciter les morts y il peut lui plaire aussi de ne pas les faire renaître tels qu'ils ont vécu. SHl crée des personnages vivants^ bien vivants^ qui nous fassent pleurer ou rire au besoin y peu importe que leurs costumes aientj comme on dit^ de la couleur locale, que leurs discours et leurs actes soient ou non conformes aux chroniques,

V historien, lui^ n'a pas cette liberté. Les chroniques le tiennent^ V enveloppent. Il est l'esclave du document. // ne peut à son gré faire courir les rues aux impératrices à la recherche d'un philtre j^ ni étrangler les gens sei![e années avant leur vraie mort. Être intéressant, c'est son rêve; être exact, c'est son devoir.

Il lui faut aussi parfois rompre en visière au monde entier, prendre corps à corps des opinions reçues qui vivent depuis des siècles et qui n^en vivent que mieux, flétrir certaines gloires^ laver certaines infamies. Si de Vexamen complet et loyal des témoignages qui ont

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valu aux uns le respect^ aux autres le mépris de la postérité, il résulte à ses yeux qu'on s'est trompéj il peut et doit le dire. Mais on criera au paradoxe. Ne vaudrait-il pas mieux se taire?

nPhésiteraîs peut-être, pour ma part, à publier la réhabilitation historique d'une femme universellement décriée, si quelques amis ne m'y avaient engagé et si le travail qiCon va lire n'avait reçu bon accueil des juges les plus graves et les plus compétents. Cette étude a d'abord été écrite en latin. Elle a été pré-sentée à la Sorbonne comme thèse de docto^ rat en iSjj. Je V avais à peu près oubliée. Il m'eût fallu des loisirs pour la refaire sur un nouveau plan, sous une forme plus attrayante et moins scolastique. Pressé par le temps, j'ai dû me contenter de la traduire^ en ajoutant seulement çà et là quelques explications et notes sans lesquelles ma discussion n'eût pas toujours paru bien claire au lecteur. Pour ne pas rendre tout à fait illisible cette critique

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parfois sèche de textes souvent barbares, fai renoncé à un étalage trop facile d'érudition. J*ai mis en français mes citations. Sur bien des points je me suis borné à renvoyer (mais très exactement) aux ouvrages originaux où pavais puisé. Tose espérer que le public reconnaîtra ce quHl m^ a fallu de recherches et de rapprochements pour me créer la conviction que je désire lui faire partager. S'il trouve tout d'abord Théodora trop vertueuse dans ce livre, peut-être finira-t-il par se dire qu'ion l'a faite trop criminelle dans les autres. J'ajoute que, si Von applaudit à la Théodora du théâtre^ ce n'est pas une raison pour refu" ser sçn suffrage à la Théodora de l'histoire.

Mars i885.

La légende de Théodora. — Où est la vérité ? — Procope et ses ouvrages. — VHistoire secrète est-elle de lui? — Ce qu'il importe de savoir sur Tauteur de VHistoire secrète, — Des contradictions de Procope. — Des motifs religieux de sa partialité. — Motifs mof aux et politiques. — Des autres témoignages sur Théodora. — Des documents négligés.

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