‹ L'impératrice Théodora: étude critiqueChapitre 104 sur 105 · Procope, Guerre des Goths, liv. III, ch. xxxv · texte numérisé non relu

Procope, Guerre des Goths, liv. III, ch. xxxv

de ses engagements. Je sais bien qu^il craignait dUndisposer les nations chrétiennes d^Occident, très attachées aux décrets de Chalcédoine et qui auraient pu Taccuser de pencher vers Feutychianisme^ Mais enfin il avait promis; Pempereur et l'impératrice, qui s'occupaient surtout de l'Orient, étaient en droit d'exiger qu'il s'exécutât. Mais comme on le pressait plus fort : « Je le vois bien, dit-il, ce ne sont pas Justinien et Théodora, les très pieux souverains, qui m'ont fait venir, c'est Dioclétien, c'est Eleuthérie que je retrouve ici. » Alors, ajoute Anastase, un des assistants lui donna un soufflet en s'écriant : « Homicide ! ne sais-tu pas à qui tu parles? Oublies- tu que tu as tué le pape Silvère, que tu as fait périr le fils d'une veuve sous le bâton? » La scène est vive; peut-être est-elle vraie. Ce qui suit, dans le récit d'Anastase, me paraît plus sujet à caution. Suivant cet auteur. Vigile, terrifié, se réfugia dans l'église de Sainte-Euphémîe. Mais il en fut violemment arraché, malgré le droit d'asile. « On

I . Voy. les lettres du pape Pelage dans la Patrologie latine^ t. LXIX^ p. Sgi et suiv.

lui mit une corde au cou, par Tordre de Théodora, qui le fit traîner jusqu'au soir par toute la ville. Puis on le jeta dans un cachot. On l'y nourrissait d'un peu d'eau et de pain. Les prêtres romains qui étaient venus avec lui furent déportés en divers lieux et contraints aux travaux des mines. » Il paraît bien que le pape et ses clercs furent ainsi maltraités. Mais la meilleure preuve queThéodora ne fut pour rien dans ces rigueurs, c'est qu'elle n'existait plus à l'époque où Vigile fut malmené de la sorte. On sait qu'elle mourut en 548, au mois de juin. Elle mourut même pieusement^ dit Théophane, qui ne lui rendrait point cet hommage si, à la veille de quitter ce monde, elle eût persécuté violemment le pape et le clergé romain. Procope nous apprend qu'Antonine, femme de Bélisaire, et ce général luimême revinrent à cette époque à Constantinople et qu'ils n'y arrivèrent qu'après le décès de l'impératrice. Il ajoute qu'alors Vigile s'y trouvait encore, avec beaucoup d'Italiens du plus haut rang, qu'il allait voir souvent l'empereur et le suppliait sans relâche d'employer toutes ses

forces à la délivrance de Pltalie ». D'autres témoignages encore établissent que ce fut non du vivant de Théodora, mais très peu avant le concile de Constantinople, c'est-à-dire en 55 1 ou 552 et sur l'ordre de Justinien seul, que le pape subit les mauvais traitements dont il vient d'être fait mention. Enfin il ne faut pas oublier — et c'est par là que je terminerai cette longue discussion — que le concile de Constantinople donna pleinement raison à Théodora, puisqu'il condamna les Trois Chapitres et rétablit ainsi, dans une certaine mesure, la paix de l'Église. Ses décrets, confirmés peu après par Vigile lui-même et par Pelage, qui lui succéda, prouvent bien qu'en s'immisçant dans les querelles religieuses, l'impératrice n'avait eu poiir but que d'y mettre un terme et de faire renaître la concorde dans l'empire romain 2.

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