I . Procope, Guerre des Goths, liv. III, ch. xxix
de la sorte une femme dont elle eût redouté Pinfluence sur son époux et surtout dont elle eût fait assassiner la mère ? Pour en revenir à Amalasonthe, on ne voit pas quel intérêt l'empereur pouvait avoir à sa mort, et comment, par suite, rimpératrice l'aurait déterminé à se faire le complice de Théodat. Vivante, cette reine était un auxiliaire inconscient de la politique byzantine en Italie. C'est en son nom qu'on menaçait Théodat, et Ton se servait de ce dernier pour affaiblir Amalasonthe. Morte, elle laissait le champ libre à ce personnage, qui pouvait réunir contre l'empire toutes les forces de la nation des Goths. Ne devait-on pas craindre aussi d'exaspérer par une intervention criminelle, par un meurtre lâche et odieux, un peuple belliqueux, fier et toujours attaché, malgré son indiscipline, au noble sang de Théodoric? La conquête de l'Italie n'en eûtelle pas été plus longue, plus difficile ? Et puis, s'il y avait complicité entre Théodat etThéodora, s'ils s'étaient mis d'accord pour accomplir le crime, comment se fait-il que lorsqu'ils se brouillèrent, le roi des Goths, qui n'avait plus aucun
ménagement à garder, n'accusa ni l'empereur ni l'impératrice ? Il pouvait rejeter sur eux et sur leurs agents tout le crime; il s'en abstint. Quoi ! Loin de le protéger, on l'attaquait ouvertement ; deux armées byzantines envahissaient ses États ; Bélisaire était en Sicile, puis à Naples, Mundo ^ franchissait l'Adige, puis le Pô ; Théodat pouvait parler, et il ne parlait pas ! Quelle était, au contraire, à ce moment même, l'attitude de Justinien et de Théodora? Quel était leur langage? Ils se montraient justement indignés du forfait que le roi des Goths venait de commettre. Ils se constituaient les vengeurs d'Amalasonthe, qui s'était, disaient-ils, placée précédemment sous leur pro-
I. Mundo ou Mundio, petit-fils d'Attila, quitta le service du roi des Gépides, Thraséric, pour venir ravager avec ses bandes les terres de Tempire. Attaché quelque temps à Théodoric, roi des Goths, il s'offrit, après la mort de ce dernier (526) à la cour de Byzance. Il contribua énergiquement à réprimer la sédition de Nika en 532. Nommé ensuite commandant général de PlUyrie, c'est de là qu'il partit pour attaquer l'Italie par le Nord pendant que Bélisaire l'envahissait par le Sud. (Voy. Jornandès, Hist, des Goths, 5o; — Procope, Guerre des Perses y liv. I, ch. xxiv-xxv; — Guerre des Goths, liv. I, ch. V, etc.
tection. Ils faisaient signifier à Théodat et au peuple goth par un agent spécial, Pierre de Thessalonique, qu'après un pareil attentat, ils ne devaient plus compter sur la paix. Ils leur déclaraient pour ce motif une guerre à mort, sans trêve ni merci '. Doit-on s'arrêter après cela aux allégations de V Histoire secrète ^^ qui représente justement ce Pierre de Thessalonique comme ayant été, en leur nom, l'instigateur du meurtre? C'est même uniquement pour ce fait qu'on l'aurait élevé depuis à la dignité de Maître des offices^. Ces assertions ne sont ni prouvées ni vraisemblables. La faveur dont jouit ce personnage s'explique tout naturellement par son grand mérite. Il est fréquemment fait allusion à ses talents et à ses honorables services dans les histoires de la Guerre des Goths et de la Guerre des Perses.
Cassiodore rend quelque part hommage à son éloquence, à son érudition, à sa haute valeur