ROLE RELIGIEUX* DE THÉODORA MÉCONNU
II me reste à examiner et à définir le rôle que joua Théodora au milieu des querelles religieujsçs de son temps. Cette partie de ma tâché n'est pas la moins difficile. J'ai contre moi, je crois, tous les auteurs qui ont eu à s'occuper .d'dle^. Ils. la représentent comme une femme viplemment adonnée aux hérésies du sixième siècle,ne reculant pas.devant Pemplol de la fo»ce.et faisant volo% tiers dégénérer la controverse en persécution. Les écrivains catholiques sont à son égard d'une animosité singulière. Je ne veux pas dire qu'ils aient eu tort de la blâmer, s'ils ne la jugeaient
pas bien pensante. Je ne crois point devoir, d'autre part, la défendre du reproche d'hérésie. L'orthodoxie de ses doctrines ne nous importe guère. Donner des mystères chrétiens une certaine interprétation était son droit; en donner une différente était celui de ses adversaires. Ce qu'il est intéressant de rechercher, c'est non point si ses opinions étaient bonnes, mais si elles ne lui firent pas commettre des actes regrettables. Or tous les historiens admettent non seulement qu'elle ne partageait pas les doctrines romaines, mais qu'elle eut assez d'influence sur son mari pour l'en détourner et le pousser aux mesures les plus violentes. Son zèle pour sa secte ou plutôt sa fureur aurait déchaîné par tout l'empire le meurtre, l'incendie et la guerre civile. C'est là une accusation grave et, à mon sens, fort imméritée. Cette erreur a été commise parce que l'on a presque toujours confondu la pensée de l'impératrice avec ses aaes. Si l'on examine au contraire séparément dans sa vie ce qui doit rester distinct, on verra qu'elle peut bien être regardée comme hérétique par les théologiens de la cour
de Rome, mais qu'en fait elle ne troubla jamais le monde chrétien, — bien au contraire!
LES RELIGIONS ET LES SECTES DANS L'EMPIRE HÉRÉSIE DE THÉODORà
Que ses croyances ne fussent pas exactement celles des papes, je le crois sans peine, puisque tant d'écrivains Taffirment. Ses contemporains Prpcope, Évagre, le pape Pelage, le diacre Libératus, Victor de Tunes, après eux Anastase le Bibliothécaire, Paul Diacre », Zonaras, Nicéphore, Calliste et d^autres encore attestent qu'elle avait embrassé avec ardeur la doctrine d^Eutychès. Ce docteur 2 soutenait, on le sait, qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule nature, la nature di-
1. Paul Diacre, né vers 780, mort au mont Cassin, vers 796, a écrit en six livres une QyiCQllQnte Histoire des Lombards, qui s'étend jusqu'à l'an 744.
2. Né en 878, mort vers 454. Sur les querelles de l'eutychianisme et du nestorianisme, voy., outre les historiens ecclésiastiques, Amédée Thierry (Récits de V Histoire romaine au cinquième siècle), et notamment les chapitres relatifs au Concile d'Ephèse et au Concile du Brigandage,
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vîne, même après Fincarnation. Condamné par le concile de Chalcédoine, en 451 ', il ne s'était point soumis. Un siècle après, ses panisans, nombreux en Orient, tenaient bon comme au premier jour de la lutte. Théodora lui resta toujours attachée passionnément et de bonne foi. Dans le péle-méle inouï des religions et des sectes qui se partageaient alors le monde romain, chacun se faisait sa croyance et chacun se croyait orthodoxe. La diversité des opinions religieuses était infinie. La controverse pénétrait, nous dit Evagre^, jusqu'au sein des familles, armait les fils contre les pères, les femmes contre les maris, et réciproquement.
Cette multiplicité de doctrines et de cultes ne nous est pas attestée seulement par les historiens et les théologiens; nous en trouvons aussi la preuve dans les lois de Justinien. Notons d'abord en passant que le paganisme, proscrit par tant
1. Le concile de Chakédoine, par une politique de juste milieu qui ne contenta personne, anathématisa tout à la fois les eutychiens et les nestoriens (leurs ennemis déclarés).