LES PERSÉCUTIONS DE JUSTINIEN
Ces derniers mots peuvent faire pressentir au lecteurs que si Théodora fut, en politique, toutepuissante, elle n'eut point grand ascendant sur son époux en matière religieuse. C'est là ce qu'on n'a généralement pas vu. La plupart des auteurs qui l'ont jugée veulent non seulement qu'elle ait été eutychienne au fond de Pâme, ce qui est vrai, mais qu'elle ait entraîné Justinien dans son parti
I. Évagre, liv. IV, ch. x-xi. — Nicéphore Calliste, liv. XVII, ch. VIII.
et provoqué par là dans Tempire de terribles discordes. A les entendre cet empereur devint, sous son impulsion, d'orthodoxe et pieux qu'il était, hérétique, impie. et persécuteur'. Mais c'est ce qu'il faudrait prouver, par des faits, a Que Justinien eût été heureux, s'écrie quelque part Baronius », et qu'il eût surpassé les plus grands princes — païens et chrétiens — si, au lieu d'avoir Théodora pour femme, il eût trouvé une épouse catholique comme lui!.. » Je ne vois pas du tout, pour ma part, quand et comment Tinfluence de cette impératrice sur son mari a porté préjudice à l'Église romaine et à ce qu'on est convenu d'appeler l'orthodoxie. Remarquons d'abord que Justinien, après comme avant son avènement, était ou croyait être fort bon catholique. A ce titre, il avait horreur de toute religion qui n'était pas la sienne, de tout dogme qui n'était pas enseigné par son Église. A ce titre aussi il trouvait juste et nécessaire de traiter, au besoin par le fer et le feu,
i.Sexta centuria Ecclesiasticœ Historiœ (Basileae, 1662), p. 52.