‹ L'impératrice Théodora: étude critiqueChapitre 83 sur 105 · Annales ecclésiastiques j liv. VII, p · texte numérisé non relu

Annales ecclésiastiques j liv. VII, p

LA CHRÉTIENNE m3

quiconque s'écartait de la vraie foi. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu de persécuteurs plus violents que ce dévot prince, qui composait des hymnes et passait ses nuits à rêver théologie. Dès le début, nous le voyons confirmer les lois de ses prédécesseurs contre le paganisme. Mais ce n'est pas assez ; elles étaient sanguinaires, il les trouve trop douces. Il institue de nouvelles peines pour les fauteurs des antiques superstitions. Prenez le Code (liv. I, tit. xi), vous y lirez : « Ceux qui, après le saint baptême, persistent dans l'erreur des païens, seront punis du dernier supplice. Ceux qui n'ont pas encore été baptisés se rendront, avec leurs femmes, leurs enfants et toutes leurs familles, aux saintes églises et feront baptiser sans délai leurs petits enfants... S'il en est qui en vue des emplois militaires, des dignités, des capacités civiles, se fassent baptiser pour la forme et laissent vivre dans l'erreur leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs et tous ceux qui leur touchent de près, ils seront frappés de confiscation et de peines corporelles convenables, et exclus des fonctions publiques. S'ils n'ont pas été

baptisés, ils ne pourront remplir aucune charge; leurs biens meubles et immeubles seront dévolus au fisc; eux-mêmes seront exilés. L'idolâtrie et les sacrifices seront punis comme le manichéisme. Les païens ne pourront enseigner; ils n'auront point de part à Vannone publique,,, » Cette loi est sans doute de Pan 529, époque où, comme on sait, le gouvernement sévit avec une rigueur extraordinaire contre les gentils, A peu près à la même époque, Théophane nous signale un édit enjoignant aux païens de Fempire de se soumettre sous trois mois au baptême et à la foi catholique. Un grand nombre des fonctionnaires non chrétiens perdent leurs emplois,, leurs dignités; beaucoup sont mis à mort, tous sont dépouillés de leurs biens. Les sept philosophes, qui enseignaient encore à Athènes les vieux systèmes, sont expulsés et ne trouvent d'asile et de sûreté qu'auprès de Chosroès, roi de Perse. Quant aux juifs, aux samaritains et aux hérétiques en général, on ne voit pas que Justinien les ait traités avec plus de douceur, alors même qu'il laissait prendre à Théodora tant d'autorité dans les

affaires publiques. En 528, les rescrits impériaux portés contre eux poussent à bout ces malheureux ; ils prennent les armes en Syrie et en Palestine, brûlent, massacrent, se vengent furieusement. Mais bientôt on les écrase, on les pourchasse, on en tue cent mille, et tout se tait '.Je ne suis pas surpris que les prescriptions de l'empereur les eussent poussés au désespoir. Que dit en effet le code? D'abord il condamne simplement au dernier supplice les manichéens 2. Quant aux autres, écoutez : « Les orthodoxes seuls peuvent succéder aux samaritains, aux juifs et aux hérétiques et recevoir des legs, qu'il y ait testament ou non... Quiconque n'est pas orthodoxe... est exclu de l'armée, des dignités, des emplois publics, de l'enseignement, des fonctions d'avocat. Quiconque pour y être admis aura simulé l'orthodoxie sera renvoyé, s'il est convaincu d'avoir une

î. Procope, Histoire ' secrète, ch. 11. — Théophane, Chronogr.y année 529. — Cyrille de Scythopolis, Vie de saint SabaSy etc.

2. Code, liv. I, tit. I {De Summa Trinitate etfide catholica et ut nemo de ea publiée contenderé audeat); — ibid,, tit. V.

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femme et des enfants hérétiques et de ne pas les amener à la vraie foi... Si Fun des époux est orthodoxe et l'autre hérétique, les enfants devront être orthodoxes. Si tous les enfants sont hérétiques, la succession des parents est dévolue aux parents orthodoxes de la femme ou, s'il n'y en a pas, au fisc,..' » Cette loi si odieuse n'est pas un simple accident. Comme elle est d'une application difficile, elle est souvent méconnue. Mais à chaque instant le pieux empereur la réitère et la confirme. C'est ainsi qu'en SSo^, en 542, il ne reconnaît comme héritiers des hérétiques en général, des nestoriens et des acéphales en particulier, que ceux de leurs enfants ou de leurs parents qui sont de la vraie foi, a S'il ne s'en trouve pas, ajoute-t-il, les biens seront au bout d'un an adjugés à l'Église 3... » Je passe bien d'autres lois analogues 4, qui pourtant ne manquent point d'intérêt; on y voit par exemple que

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