DES CONTRADICTIONS DE PROCOPE
Quelques auteurs modernes, et notamment Hermann Eckardt, cité plus haut, admettent bien que Procope, en général, mérite confiance, mais reconnaissent que V Histoire secrète ne doit être lue qu'avec beaucoup de précautions. Leur opinion diffère sur ce point de celle d'Alemanni, juge érudit, mais passionné, qui, dans sa dissertation et ses notes
sur Touvrage en question*, paraît n'avoir d'autre but que de laver Procope de tout reproche d'erreur ou de partialité. Pour assurer le succès de sa thèse, qui eût été impossible s'il eût publié en entier le manuscrit de V Histoire secrète^ le docte éditeur de 162 3 supprima deux passages du chapitre ix où sont rapportées, à la charge de Théodora, des anecdotes tellement immondes qu'elles en sont incroyables. Ces racontars cyniques, que Bernard Monnoye imprima depuis dans ses Menagiana^ prouvent que Procope était bien crédule ou bien haineux. Comment, du reste, Alemanni n'a-t-il pas vu que Procope avait, à l'avance et lui-même, infirmé par ses propres aveux son autorité d'historien ? Que lisonsnous en effet dans la préface de l'histoire des guerres ? « L'éloquence, dit gravement Pro-
I . Voir le travail d'Alemanni, au t. III de Procope, dans le Corpus scriptorum historiœ By^^antince (Bonnae, i838).
cope, convient à l'orateur, la fiction au poète, la vérité à Thistorien. C'est pourquoi Tauteur de ce livre n*a point dissimulé les fautes même de ceux qu'il aimait le plus ; il a au contraire scrupuleusement mis en lumière les actions de chacun, belles ou honteuses ? » Et que déclare-t-il dans la préface de V Histoire secrète ? Justement qu'il n'a pas tout dit dans ses premiers ouvrages et que la crainte lui a fait passer bien des faits sous silence. Quelle confiance peut inspirer au lecteur un pareil caractère ?