I. Évagre, Hist, ecclés,, liv. IV, ch
LA CHRETIENNE i6i
lement que jamais. Le vent avait tourné. Justinien ne voulait plus être qu^un persécuteur. Que cette dernière loi ait profondément affligé Théodora, nous n'en pouvons douter '. Que l'amie de
I. Voici quelgues-unes des prescriptions de cet édit vraiment barbai-e : a Qu'aucun chrétien ne garde les écrits de Sévère; ces ouvrages sont profanes, rejetés par l'Église catholique ; ceux qui les possèdent doivent les brûler, s'ils ne veulent s'exposer à des peines rigoureuses. ^^ -le doit les copier... Cet acte sera puni de l'amputar „ Je la main... Défense à tous ceux qui s'efforcent de déchirer l'Église catholique de Dieu (qu'ils suivent l'hérésie de Nestorius, les leçons insensées d'Eutychès, les doctrines blasphématoires de Sévère ou de leurs disciples ] de porter le trouble dans les très saintes églises et de parler de la foi (c'est-à-dire défense de prêcher). Nous leur ordonnons de se taire, leur défendons de tenir des réunions, de rebaptiser, de souiller la sainte communion, de la donner aux autres et d'exposer les doctrines interdites soit dans le palais que nous habitons, soit dans quelque autre, le tout sous les peines les plus sévères. Défense à qui que ce soit de les recevoir. Nous voulons qu'ils soient chassés des villes qu'ils ont troublées, rappelant les peines portées par nos divines constitutions, savoir que les maisons, où a lieu quelque chose de semblable, et les terres, grâce auxquelles (ces hérétiques) sont entretenus, seront enlevées à leurs propriétaires et dévolues aux très saintes églises... »
152 CHAPITRE lir
Sévère en ait souhaité la révocation ou tout au moins l'adoucissement, qu'elle ait intercédé pour les évêques persécutés, c'est évident. Mais qu'elle ait, justement au lendemain de pareilles mesures, attaqué en face le concile de Chalcédoine, qu'elle ait cherché à ce moment même à en faire abolir les décrets, on l'a dit, je le sais, mais on ne l'a pas prouvé ^ L'ancien patriarche d'Antioche et ses sectateurs avaient reconnu, dans le colloque de 533, la légitimité de la condamnation d'Eutychès. Ils n'avaient défendu jusqu'au bout que la doctrine des théopaschîtes. L'impératrice souhaitait simplement que l'on ne regardât pas cette dernière croyance comme trop opposée aux décrets de Chalcédoine pour permettre à ses amis de rentrer en grâce. Elle pria sans doute longtemps l'empereur ; elle n'en obtint rien à cet égard. C'est alors qu'elle s'adressa au souverain pontife, s'efforça de l'apitoyer sur des chrétiens si maltraités, si dignes de pitié, et obtint de lui des promesses formelles en leur faveur. On était
I. V^voco^Qy Histoire secrète, — Évagre, liv. IV, ch. xl. — Victor de Tunes, etc.
Î.A CHRÉTIENNE i63
en 536. Le pape Agapet, qui était venu à Byzance pour faire chasser Anthime, venait d'y mourir '. Il avait amené avec lui un diacre nommé Vigile, personnage remuant, ambitieux, qui convoitait le siège de Saint-Pierre et avait cherché, en 53o, à s'en emparer de vive force 2. Théodora pensa qu'un tel homme, pour obtenir la tiare, ne reculerait pas devant quelques concessions. Elle fit donc venir Vigile et lui promit que, grâce à elle, il deviendrait pape, s'il voulait seulement lever l'excommunication de Sévère, d'Anthime et de Théodore 3. Ordonna-t-elle pour cela, comme on • l'a dit, à Bélîsaire ( qui commandait alors en Italie) d'employer tous les moyens pour assurer le triomphe de son protégé 4 ? Je ne le crois pas. On a
1. Anastasele Bibliothécaire, Vie d' Agapet (dans Muratori, t. III).
2. Anastase le Bibliothécaire, Vie de Boniface, Vie de Vigile,