‹ L'impérialisme anglais, son évolution: Carlyle.--Seeley.--ChamberlainChapitre 2 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ 1. — La transfonnation éoonomique et politique de l'Angleterre : 1832-1874. — Action et tactique du parti radical ; leurs premiers résultats. — Diffusion des doctrines de Manchester.

Dans le cours de ce xix* siècle, si fertile pour l'Angleterre en réformes el en transformations profondes, les années comprises entre 1832 et 1874 constituent une période particulièrement une et féconde. Elles voient s'accomplir, sous l'égide du parti libéral renforcé, guidé, éperonné aussi, par le radicalisme nou-

veau, une révolution sans précédent peut-être dans l'histoire, tant par la grandeur que par la sage, pacifique et comme régulière progression de ses conquêtes.

La « Grande Réforme » de 1832, en brisant le privilège électoral, le monopole parlementaire des familles de grande et de petite noblesse, inaugure en fait le mouvement que préparaient dès la fin du siècle précédent les théoriciens du radicalisme, et en vue duquel les « unions politiques » de TOuest travaillaient depuis 1815. Le gouvernement, que possédaient depuis près de soixante-dix ans les conservateurs, à litre, semblaitil, d' « estate » inaliénable et imprescriptible, passe aux mains des libéraux : ils entrent à la Chambre des Communes avec 370 voix de majorité ; ils resteront les maîtres pendant dix renouvellements, sur treize, jusqu'en 1886 (1), et pendant près d'un demi-siècle, dix ministères libéraux vont présider aux destinées britanniques (2)....

majorité lib.

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conserv.

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[The new House of CommonSy octobre 1900, the Times.) (2) La longévité du ministère Disraeli, dont Tavènement en 1874 marque en réalité la fin de Thégémonie libérale, a été atteinte ou dépassée par les ministères de lord Melbourne, lord J. Russell, lord Aberdeen, lord Palmerston et Gladstone.

C'est pendant cette pc^riode que TAngleterre industrielle, ouvrière et commerçanle, la u noire » Angleterre des mines, des fabriques fumeuses et des sombres boutiques, prend conscience pleinement de sa jeune puissance. Renforcée de l'appoint de ses cent députés nouveaux, s'inspiranl des dogmes utilitaires des Bentham, des Mill, des Spencer, entraînée par les prédications d'un libéralisme enflammé, que du haut du a Free TradeHall » de Manchester, le prophète du moderne Evangile, le grand Cobden, fait retentir dans l'univers entier, elle pénètre peu à peu et transforme l'ancien parti whig dans son esprit comme dans son personnel ; ce sont ses conseils, sa direction, son esprit qui vont aménager une Anglelerre nouvelle.

Par une pression continue du dehors sur le dedans, de Topinion sur le Parlement, « by pressure from withoui » ; par un persévérant et confiant appel du droit à la légalité, non aux vaines brutalités de l'insurrection c< force u no remedy » ; son peuple opprimé, dépossédé, expulsé, de chercheurs et de dissidents, va parvenir à se faire entendre, et écouter, par les « beat! possîdentes » héréditaires et les conservateurs satisfaits. Les réformes qu'auraient irrémédiablement compromises des exigences tumultueuses et violentes, la tactique, toute de pacifique persuasion, du u radicalisme constructeur », leur permet de se réaliser d'elles-mêmes. A mesure que ressorteut avec plus d'évidence, sous Teffort quotidien de ses ligues et de ses meetings, sous les démonstrations

multipliées de ses pétitions (1) et de tracts partout répandus, les injustices inavouées et les absurdes déperditions sociales, Tintransigeance première des tenanciers de Tan tique devise « Je maintiendrai », se fait honteuse, puis s'évanouit. Un nombre croissant chaque jour de transfuges des anciens partis vient enfler les flots du courant libérateur. Sous la poussée ininterrompue et progressive d'une opinion bientôt universelle (2), s'effondre par blocs pesants (3) Tédifice de privilèges et de franchises doiit une tradition plusieurs fois séculaire barricadait la (^ verte » et grasse Angleterre des agriculteurs, des éleveurs et des propriétaires fonciers. En moins d'un demi-siècle, tous les obstacles au libre jeu des forces naturelles accumulés depuis les origines par une coutume et une législation routinières, réglementations étroites et vexatoires, lois de contrainte et de protection, ont définitivement disparu: TAngleterremoyen-

(1) Oa peut dire que la pétilion de Manchester (rédigée par Gobden) fut à Ja révolution économique de l'Angleterre ce que fut la Déclaration des droits à la Révolution Française.

(2) « ...Le mérite de ces mesures (Fabolition des lois sur les blés), je le déclare à l'égard des membres de Topposition, comme à l'égard de nous-mêmes, ce mérite n'appartient exclusivement à aucun parti. Il s'est produit entre les partis une fusion, qui, aidée de l'influence du gouvernement, a déterminé le succès définitif... » Discours de retraite et testament politique de Sir Robert Peel.

(3) 1846 : Abolition des lois sur les blés ; 1849 : abolition de l'acte de navigation et proclamation de la liberté de navigation ; 1832, 1867, 1872, 1884 : élargissements du suffrage pour les élections aux Communes ; 1835, 1894 : libre élection des rouages locaux ; 1833, 1870, 1891 : réformes scolaires ; 1833, 1847 : premières lois sociales ; 1871 : charte des Trade-Unions, garantissant leurs intérêts corporatifs et financiers.

àgeuse de 1830 (1) jouît en 1880 de la liberté religieuse, de la liberté d'administration locale, de la liberté de réunion et d'association, de la liberté enfin absolue pour toutes les manifestations de l'activité humaine ayant traita la production, à l'échange, à la consommation de la richesse.

L'heureuse coïncidence des premières applications pratiques des nouvelles découvertes (2), et de l'application des premières réformes libérales, multiplie la fécondité de leurs résultats. Dans les artères du pays appauvri par les guerres napoléoniennes circule librement un sang plus riche et plus actif. Les famines et les crises industrielles qui, périodiquement depuis le début du siècle, affamaient les faubourgs, ruinaient les usines et suscitaient des émeutes violentes cèdent peu à peu devant la marée montante d'abondance et de prospérité qui progressivement couvre de ses ondes l'Angleterre manufacturière et commerçante.

L'accomplissement paisible et comme spontané de ces transformations, l'immense et soudain essor de la vie économique, assurent la diffusion rapide et la popularité des doctrines de Manchester. Et ses oracles

(1) En 1835, encore, lorsque Cobden y fonda rAthenœum, une ville comme Manchester subissait encore le régime féodal imposé par la conquête normande au petit village d*où elle tirait son origine. Un « lord of the manor » héréditaire avait droit de contrôle sur la muiiicipalilé, imposait des taxes, percevait des droits de toute nature.

(2) 1830 : inauguration du premier chemin de fer ; 1838 : du premier télégraphe ; lancement du premier vapeur.

en prennent plus d'assurHnce etd*ardeur. Leur prédication se fait dogmatique. C'est une Loi Universelle, impérieuse et pressante, qu'ils proclament désormais : « Laissez dire, laissez faire, laissez passer ; le commandement s'adresse à tous ; il lient la loi et les prophètes. La seule liberté peut guider parmi les apparences contradictoires, peut concilier les intérêts rivaux. Elle seule est partout et toujours principe de vie et de progrès. Que les nations du monde se préparent, car le temps de son règne est proche I »

Il semble en effet, et cette foi rallie en Angleterre des adeptes de plus en plus nombreux, que la merveilleuse révolution qui s'y opère doive être pour Tunivers entier le principe d'une transformation radicale. L'écho de la Vérité trop longtemps méconnue, aidé de la vue des forlunes grandissantes qui s'édifient sur elle, retentitdéjà et commence à porter ses fruits chez les voisins immédiats de TAnglelerre. Il va se propager de proche en proche, jusqu'aux contrées les plus lointaines, par l'intermédiaire de ses commerçants aventureux, de^ hardis pionniers d'affaires qu'elle entretient en tous lieux. Les Etats devront renoncer aux anciens errements, comme les individus aux privilèges d'un autre âge. Plus de frontières impénétrables, plus de murailles infranchissables, plus d'interdictions surannées à l'entrée et à la sortie des personnes et des choses, à l'émigration des bras et des métiers, ou à l'introduction des produits de l'industrie étrangère. Le régime antique d'un monde

divisé en fractions repliées sur elles-mêmes et jalouses de leur isolement, a définitivement vécu. Déjà s'accuse le fléchissement de la politique des prohibitions absolues. Les tarifs simplement protecteurs qui les remplacent iront s'atténuanl progressivement jusqu'au jour possible, et peut-être prochain, où luira sur la terre transfigurée, l'aurore de la liberté victorieuse ; où tous, hommes et peuples, las enfin de leurs luttes éternellement vaines contre des lois fatales et des forces incoercibles, se soumettront à la nature ; où tous, au lieu d'user, à fausser ses lois, des efforts stériles, s'emploieront à les connaître, à y conformer leurs actes et leurs institutions — car toute leur fécondité dépend de leur accord avec les inflexibles dispositions de l'Ordre Economique nécessaire.

Et ceci bientôt n'est plus seulement le rêve de quelques théoriciens ; le triomphe prochain de la liberté, au moins son rapide et universel progrès dans le monde est pratiquement escompté par une portion croissante de l'opinion anglaise : les calculs et les espérances que fonde cette croyance vont se généraliser assez pour déterminer une orientation nouvelle de l'activité du plus grand nombre.

en prennent plus d'assuPHnce et d ardeur. Leur prédication se fait dogmatique. C'est une Loi Universelle, impérieuse et pressante, qu'ils proclament désormais : « Laissez dire, laissez faire, laissez passer ; le commandement s'adresse à tous ; il tient la loi et les prophètes. La seule liberté peut guider parmi les apparences contradictoires, peut concilier les intérêts rivaux. Elle seule est partout et toujours principe de vie et de progrès. Que les nations du monde se préparent, car le temps de son règne est proche I »

Il semble en effet, et cette foi rallie en Angleterre des adeptes de plus en plus nombreux, que la merveilleuse révolution qui s*y opère doive être pour Tunivers entier le principe d'une transformation radicale. L'écho de la Vérité trop longtemps méconnue, aidé de la vue des forlunes grandissantes qui s'édifient sur elle, retentit déjà et commence à porter ses fruits chez les voisins immédiats de l'Angleterre. Il va se propager de proche en proche, jusqu'aux contrées les plus lointaines, par Tintermédiaire de ses commerçants aventureux, de^ hardis pionniers d'affaires qu'elle entretient en tous lieux. Les Etals devront renoncer aux anciens errements, eutiiuitles individus aux privilèges d'un autre fige. Plus dt frontières impérjélrables, plus de murailles in f^anchî^ sables, plus d'interdiclions surannées à Tentrée et h l sortie des personue^^ et des choses, h romigration di bras et des métiers, ou à rinlroduelion ^^jnls l'industrie étrangère. Le régime aiilîf

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