TOLÉRANCE RELIGIEUSE ET JUSTICE SOCIALE
Un élément de faiblesse subsisterait, et non le moindre, si l'union sacrée, base de la politique impériale, ne nous procurait enfin, et à titre définitif, la suppression des persécutions pour une idée, Toctroi absolu de la liberté de penser dont la conséquence immédiate et logique sera la sécurité des religions et l'organisation du travail.
Quelques semaines avant la guerre, le Matin avait ouvert une enquête intitulée : Où est l'avenir de la France? La plupart des réponses visaient l'union des Français réconciliés dans une même pensée de travail économique, financier, social ou moral. Nous en avions retenu une formule excellente donnée par le recteur de l'Institut catholique de Paris, M^"^ Baudrillart. Parlant de l'antagonisme des classes, ce distingué prélat proclamait qu'il fallait plus de tolérance religieuse d'un côté, plus de justice sociale de l'autre.
Cette formule fera sans doute son chemin dans le monde, car la question religieuse et la question sociale sont précisément les principaux prétextes à nos discussions intestines.
11 n'y a pas à douter que, si ces questions particulièrement irritantes recevaient une solution équitable, il serait fait un grand pas vers l'union de tous les Français. On peut se demander si l'apaisement et la concorde que nous préconisons ici sont également souhaités par les agitateurs et les dirigeants des partis. La réponse à cette question n'était guère douteuse avant la guerre. Les
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politiciens qui exploitent à leur profit les passions sectaires de leurs électeurs ne faisaient rien pour les calmer; bien au contraire, par les polémiques exaltées de leur presse de combat et par leur propagande d'erreurs et de mensonges, ils réussissaient à envenimer les haines et à paralyser les efforts des partisans de l'accord religieux ou social.
Jusqu'à présent la question religieuse et la question sociale n'ont été en France que des bouillons empoisonnés, où les politiciens cultivaient avec autant de haine que d'amour tous les microbes de la pestilence électorale et parlementaire.
Aujourd'hui que tous les Français, les catholiques comme les socialistes, viennent de se montrer bons Français, et qu'ils l'ont fait consciemment, il s'agit pour eux de signer un Edit de Nantes de réconciliation définitive.
Nous allons tâcher de montrer que les concessions qu'ils auraient à se faire les uns aux autres seraient de peu d'importance en présence du grand profit qui en résulterait pour la France et qu'il s'agit simplement, de chaque côté, de renoncer à quelques préjugés qui ne résistent pas à l'examen rationnel des problèmes en jeu.