‹ L'Imposition des TransportsChapitre 2 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Evolution parallèle des voies et des moyens de transports et des progrès de la civilisation. — Illogisme de la taxation des transports.

La vieille thèse physiocratique de la « stérilité » du commerce et des iransports peut à bon droit nous faire sourire aujourd’hui.Il faut être juste cependant, ni Quesnay, ni ses disciples n’ont jamais songé à nier le rôle essentiel que doivent remplir les voies de communication dans l’économie de toute société avancée.Le parallélisme de leur développement et du progrès de la civilisation est devenu un thème banal et indiscutable. Que font les puissances lorsqu'elles ont conquis une colonie, lorsqu'elles veulent tirer de l’état chaotique un peuple primitif ? Elles le dotent de routes, améliorent le régime de ses fleuves, y creusent des ports, plus tard y établissent des chemins de fer. Non seulement, en effet, le pouvoir

Moret 1

pre

central doit avoir la mainmise sur les tribus éloignées pour éviter les insurrections, non seulement l’administration doit être en contact facile avec tous ses subordonnés ; — mais, surtout, il faut que le pays cesse d’être isolé ; — qu'il se connaisse lui-même et qu'il connaisse ses voisins ; — que des relations commerciales se nouent entre les différents points de l’intérieur et avec les peuples amis ; — que des industries, extractives ou autres, puissent écouler rapidement leurs produits vers la frontière et vers les ports ; — que les richesses matérielles et les richesses morales des Etats plus avancés pénètrent aisément jusque dans les coins les plus reculés du territoire.

Les grandes puissances mettent ainsi à profit leur propre expérience : chez elles l’évolution a été très lente, parce que le développement des voies et des moyens de transport a été lui-même très lent. Dans les périodes où la marche a été plus rapide et plus accentuée, invariablement, les communications ont été plus nombreuses et, qui mieux est, moins coùûteuses. Combien réconfortante est cette constatation de la tendance continue de la civilisation ; toujours mieux, avec moins d'effort ! Le siècle dernier, qu’on a pu appeler le siècle des chemins de fer, et de la navigation à vapeur, est celui qui méritera davantage la reconnaissance de l'avenir par les progrès intellectuels, sociaux, et économiques, pour le bond

on D our

prodigieux qu'y aura fait l’humanité. A chaque élape, vers un mieux être nouveau, correspond une progression en sens inverse dans le prix des transports.

Les conséquences mondiales de cette transformation ont été incalculables : extension indéfinie des marchés, adaptation de la production au milieu qui lui est le plus favorable, spécialisation de plus en plus exagérée dans la fabrication, nivellement général des prix, concurrence effrénée, crises agricoles et industrielles, dépendance réciproque des bourses et des places financières, nécessité pour tous les pays d’un protectionnisme étroit, déplacement des travailleurs et des capitaux, mise en valeur des pays neufs, importance soudaine prise par des Etats d’ordre secondaire, installation possible aux Etats-Unis de l’axe directeur des affaires.

L’essor colossal des voies ferrées et de la navigation maritime n’est évidemment pas la seule cause de cette révolution, beaucoup d’autres éléments ont pu intervenir ; il n'en est pas moins vrai que l’abaissement du coût des transports, réduisant presque à néant un facteur autrefois essentiel du prix de revient, a eu une influence notable sur la vie économique des nations. Toutes les branches productrices de l’activité humaine, aiguillonnées par une concurrence sans merci, par la perspective de débouchés de plus en plus larges, et les peuples eux-mêmes,

LG EEE

envisagés en tant que grandes masses consommatrices, ont pu de la sorte réaliser tous ces progrès industriels, scientifiques, et même moraux et intellectuels qui se traduisent à leur tour par une facilité plus grande dans les moyens d’existence et par un bien-être général. |

Le législateur, en bonne logique, doit donc toujours encourager ce développement bienfaisant ; il est incompréhensible que par des entraves fiscales d'une inopportunité évidente, il cherche à aller à l'encontre des lois de l’évolution. En agissant ainsi, il risque de se laisser devancer par ses voisins plus sages, el, à notre époque de lutte mondiale pour la vie, ce retard peut lui être fatal.Tous les grands Etats actuels sont cependant tombés dans cette erreur, tous, écrasés par des budgets sans cesse grandissants, toujours à l'affût de nouvelles ressources, ont voulu saisir la circulation comme ils avaient saisi la production et la consommation. Les intéressés ont pu se plaindre, les économistes ont pu crier gare, la nécessité impitoyable l’a emporté.

Nombreuses furent les excuses invoquées à l’appui : des taxes très légères devaient augmenter de quelques centimes à peine les prix des transports ; par contre, à cause de l’extension indéfinie de la matière imposable, elles constitueraient pour le Trésor un revenu appréciable ; pourquoi, dès lors, se priver d’une ressource qui ne gênant sensiblement

Page 1