‹ L'imposteur magnanime Perkin WarbeckChapitre 24 sur 36 · CATHERINE, OXFORD, LE ROI HENRI VII, L'ÉVÊOUE DE DURHAM · texte numérisé non relu

CATHERINE, OXFORD, LE ROI HENRI VII, L'ÉVÊOUE DE DURHAM

^Catherine se dirige en chancelant vers Henri VIL Elle va parler; Oxford passe par un moment d'angoisse ; mais il se rassure peu à peu, Catherine s'étant ravisée.)

CATHERINE (elle s'est jetée aux pieds du roi)

Ah... Le roi... Richmond !... Pitié, sire!

HENRI

Pourquoi cet émoi, princesse? (Il la fait se relever avec bonté en la prenant par la main et il la conduit doucement jusqu'à un fauteuil). Mon apparition vous trouble à ce point? En ce cas j'en serais bien confus, car nul ne compatit plus que moi à vos infortunes!... Malheur à celui qui vous manquerait!... Seul le souci de votre réputation et de votre rang m'a contraint de vous retenir provisoirement à Londres... Mais c'est mon palais que je vous assignais pour retraite et c'est aux plus galants seigneurs de ma cour que j'accordais l'honneur de vous

garder, en m'estimant moi-même le plus humble et le plus empressé de vos servants.

(Il lui baise la main et la fait asseoir.)

CATHERINE

Merci, généreux Richmond... vous aurez pitié... vous ferez grâce...

(Elle éclate en sanglots.)

HENRI

Madame, consolez-vous! Le tout premier je déplore la fatalité qui vous prit, vous si noble et si touchante, pour le jouet de cette exécrable aventure... Et j'en veux presque autant à ce félon d'avoir capté votre main que d'avoir convoité ma couronne!...

Et pourtant, sire, je vous implore pour cet infortuné, pour mon époux, Richard duc d'York.

HENRI

Quoi, madame!... Vous osez intercéder en faveur de ce rebelle et le parer du nom d'un des saints Innocents

du Paradis égorgés par un nouvel Hérode! Oubliezvous que cette démarche vous rend presque complice de ce Warbeck?

CATHERINE

Non pas... S'il est coupable je le sais autant et même plus que lui... Le soir même où je le vis pour la dernière fois, il aspirait à une existence obscure . C'est moi, hélas, qui lui imposai d'être roi !

HENRI

Il avait abusé de votre amour et de votre candeur... Et c'est encore à votre égarement que je veux imputer votre outrageante intercession... Toutefois, qu'il ne soit plus jamais question du contrat qui vous attachait à ce misérable...

L'ÉVÊQUE

Hâtez-vous de renier un pacte diabolique et de demander au Ciel l'annulation d'un vœu dont vous ignoriez l'exécrable nature...

HENRI

Nous sommes décidés à vous affranchir malgré vous

de cet odieux vasselage... d'accord avec lord Huntley, votre père, qui vient d'arriver...

CATHERINE

Mon père, ici ?

OXFORD (à part)

Pour contrarier mes projets !

HENRI

C'est notre royal cousin d'Ecosse qui nous l'envoie et qui le charge d'épouser en son nom notre bien-aimée fille Marguerite. Vous le verrez à l'instant, car il lui tarde de vous prodiguer ses consolations... Plus tard quand vous aurez repris possession de vous-même et que le Souverain Pontife vous aura dégagée d'un lien infâme, nous vous proposerons de choisir entre deux partis dignes de vous : l'un est le comte Dalyell, particulièrement cher à lord Huntley, et l'autre, ce noble comte d'Oxford que je vous recommande moi-même...

CATHERINE

. Dieu m'est témoin que je n'aime et n'aimerai jamais que mon Richard... Dailleurs lord Dalyell est trop fier

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et trop généreux pour se conquérir une épouse en profitant du malheur d'un rival.

HENRI

Et que diriez-vous de mylord d'Oxford ?

CATHERINE (hésitante, puis avec défi)

Pour se rendre digne de votre patronage, sire, le comte d'Oxford ne sera pas moins fier que lord Dalyell. . .

OXFORD (à part)

Bien joué!... Mais j'aurai ma revanche.

L'ÉVÊQUE (bas à Oxford)

Heu! Elle m'a l'air de chérir ce Warbeck plus tendrement que jamais.

OXFORD (à l'évêque)

Parce qu'elle croit encore en son illustre naissance. Attendez qu'il soit démasqué...

HENRI

Brisons-là, madame... Le moment n'étant pas venu d'insister sur les mérites de ces deux gentilhomme?... Puissent la solitude, la méditation, les sages avis de votre père et aussi le pieux ministère de monseigneur de Durham vous dessiller les yeux et vous guérir d'un amour que le Ciel même aura réprouvé... Adieu.

Le roi baise respectueusement la main à Catherine et la confie à l'un des pages. Un combat se livre en Catherine. Dénoncera-t-elle Oxford ? A la porte elle se retourne vers le roi. lui tend les mains jointes, mais un geste et un regard du comte qui se tient derrière Henri l'ont matée et elle se résigne à sortir, échevelée.

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