SCÈNE V
Les Précédents, L'ÉVÊQUE DE DURHAM
L'ÉVÊQUE DE DURHAM (qui est entré et qui. se tenant à
l'écart, a assisté à une partie de la scène qui précède)
Se peut-il? Il se trouble. Va-t-il se confesser? WARBECK
Hélas! Un mystère pesa jusqu'à présent sur ma naissance... Catherine, je doutais toujours, je doute encore de moi-même... Peut-être ces grossiers habits sont-ils ceux de ma caste et ne suis-je, à ce que ces seigneurs prétendent, que le fils d'un infime artisan, comme vous autres, mes amis ? (aux apprentis).
LES APPRENTIS
Tant mieux! Voilà notre homme !
CATHERINE
Et quand tu le serais!... Encore une fois qui que tu sois, je t'aime. M'entendras-tu enfin? J'aime Perkin Warbeck !
WARBECK L'imposteur! Le faux Richard IV!
CATHERINE
Oui le criminel... l'imposteur ! (Elle tombe dans ses bras.)
WARBECK (exalté)
Miracle!... Je vois clair! Ma mère ne maudira plus son enfant ! . . . L'équivoque s'est dissipée ! . . . L'amour de ma Catherine sera mon salut. Je vis, je respire, je suis réconcilié. Catherine m'aime tel que je suis, moi le pauvre ouvrier, le prince pour rire... Oh tout éclat pâlirait à côté de cette apothéose... Aussi j'abdique ma royauté, j'abjure mon erreur! Catherine aime le fils d'un tisserand!... Oui, peuple, écoutez tous, je ne suis point votre roi, je suis plus grand, bien mieux. Je suis l'élu de la meilleure des femmes !
L'ÉVÊQUE (se portant en avant)
Dieu m'éclaire à mon tour et m'apprend mon devoir. Cet homme ne fut que l'instrument loyal de la perfide duchesse de Bourgogne. Il se repent. Le Ciel lui pardonne !
OXFORD Vous, Monseigneur!...
L'ÉVÊQUE
Je suis venu à temps pour absoudre un pécheur; non, pour bénir un juste.
OXFORD
A votre aise ! Je vous laisse son âme, mais à nous sa carcasse. Il avoue! Nous le tenons!... Peuple, vous avez bien entendu! (murmures de pitié). Monsieur le shériff, voici l'ordre du roi. Inutile de surseoir à l'exécution.
(Il déplie l'arrêt de mort et le remet au shériff qui le reçoit en s'inclinant; Perkin et Catherine se tiennent embrassés, indifférents à tout ce qui les entoure, déjà ravis au ciel.)
LE SHÉRIFF (aux exécuteurs)
Et à présent, mes compères, au gros œuvre !
L'EXÉCUTEUR (mettant la main sur l'épaule de Warbeck qu'il arrache à son extase)
L'ami, si vous le voulez bien, nous nous mettrons en
route pour arriver avant le coucher du soleil (à. ses aides :) Ceci nous épargne un second voyage!...
DALYELL
Infortuné Warbeck !... Tu t'es perdu!... Mais je t'estime sans réserve à présent. Tu t'es trompé, tu fus de bonne foi. Ta main ! Et bon courage !