SCÈNE III
Les Précédents, LE MOINE
OXFORD
Vous venez de la part de monseigneur? Et la nouvelle?
LE MOINE
Telle que vous l'espériez... J'arrive à l'instant de la Ville Eternelle et voici la réponse que Notre Saint Père le Pape fait à la demande de la princesse...
OXFORD (arrachant la bulle des mains du moine)
Assez ! Donne ! Peuple, le Ciel se déclare contre Perkin Warbeck! Réjouissez-vous, madame (montrant Warbeck) Par ordre de Sa Sainteté cet homme ne vous est plus rien !
CATHERINE
Tu mens, Oxford!... Il est tout pour moi, au contraire...
OXFORD
Malgré les foudres de l'Eglise ?
CATHERINE
Rien ne me détachera de lui !
OXFORD
Mais tu n'es plus sa femme.,.
CATHERINE
Je le demeure par la vertu indélébile du Sacrement!
LE MOINE
N'avez-vous pas réclamé le divorce auprès du Saint Père ?
Le divorce? Moi? Apprends que s'il existait une loi pour me séparer de lui, ne pouvant plus être sa femme, je me contenterais d être sa concubine à la face de la terre et du Ciel!... Mais non, jamais Dieu ne tranchera le lien qu'il a noué lui-même! Et c'est à Dieu que j'en appellerais, de l'arbitraire du chef de la chrétienté !
LE MOINE
Malheureuse femme! Elle blasphème!
(Murmures en sens divers dans lafoule partagée entre sa terreur religieuse et ses sympathies.)
CATHERINE (ne s'occupant que de Warbeck qu'elle a rejoint et dont elle a saisi les mains)
Nul ne nous séparera désormais. Je veux ma place sur ton banc d'infamie, comme j'aurais partagé ton trône, mon noble roi martyr et comme je partageai ta couche, mon beau seigneur, mon doux Richard... Etreignons-nous dans la mort, comme dans la vie !...
WARBECK
Ah, trop bienfaisante Catherine!... Tu m'accables de félicité !...
LE MOINE Madame... Répudiez cet imposteur sacrilège...
OXFORD Obéissez au vicaire de Dieu!
CATHERINE
Jamais!... Vois, comme je le répudie !
(Elle s'est jetée au cou de Perkin et lui fait un collier de ses bras.)
WARBECK (avec une émotion croissante)
Non!... C'en est trop... Je n'ai pas mérité tant de gloire et de délices ! . . . Catherine ! . . . Madame ! . . . Ecoutez ce courtisan et ce prêtre... Us ont raison... Détournez-vous d'un misérable... Vivez!... Soyez longtemps encore l'ornement et la consolation de ce pauvre monde!... Vous m'avez ouvert le Ciel et je n'attends plus rien ici-bas... Je meurs heureux, béatifié... Lord Dalyell, éloignez-là!...
CATHERINE (s'attachant à lui)
Quoi, ingrat!... Tu te ligues avec eux! Moi, je veux rester tienne, entends-tu ! Et au besoin malgré toi-même! Qui parle encore de nous séparer?... Dites, en faut-il davantage pour vous convaincre? Et toi, méchant, songeais-tu sérieusement à t'en aller sans moi? Ecoute plutôt, mon aiméV une dernière prière de ta compagne... Tu ne me refuseras pas un suprême gage d'amour!... Jeté demande, j'exige un dernier baiser... Tes lèvres, ô mon Richard!...
\YARBECK (cédant et l'embrassant avec frénésie)
Ah... chère... chère femme!... Qu'il m'eut été doux d'expirer sur ta bouche!... Mais l'empreinte de tes lèvres sera mon onction, mon viatique...
CATHERINE
Par ce baiser sacré, que nous venons d'échanger, je jure de te demeurer fidèle sur cette terre, à travers la mort et dans l'éternité!
OXFORD
Songez que la corde attend ce malandrin !
LE MOINE
Et que l'enfer guette cet anathème !
DALYELL
Non! Dieu ne damnerait un tel amour !
CATHERINE
Un malandrin!... Un anathème! Oxford, tu outrages la majesté royale, et toi, piètre, tu interdis un saint! Ah, je suis fière de lui, je me réjouis de porter son nom! Nous nous suivions de près, ô mon maître... oh, mon roi!
WARBECK (en proie à un grand trouble, sa crise morale va se résoudre)
Ton roi, dis-tu Catherine... seulement ton roi?...
CATHERINE
Mon Richard adoré ! Mon royal époux ! . . .
WARBECK (solennel, pantelant)
Catherine Gordon . . . princesse de sang. . . cousine d'un
roi tu ne pleurerais point la couronne que je me nattais de poser sur ton front ?. . .
CATHERINE (arec exaltation, commençant à comprendre ce qui se passe en Warbeck)
Que me fait la couronne? Je ne tiens qu'à toi, je ne pleurerais que toi durant les quelques instants qu'il me faudrait te survivre !
Et tu ne pleurerais pas le roi ?
CATHERINE
Ne nous inquietonsplus dune vaine majesté. Richard, mon beau prince, tu me suffis!
WARBECK
C'est donc que tu m'aurais chéri .. pauvre,... obscur?...
CATHERINE Je t'aime.
WARBECK
Indigne... coupable?...
CATHERINE
Je t'aime!
WARBECK
Si je n'étais pas celui qu'on a dit... si je n'étais pas le fils d'Edouard?
(Sensation.)
OXFORD (tendant l'oreille)
Va-t-il se passer lui-même la corde au cou?
DALYELL
Où veut-il en venir?
(Profonde anxiété dans la foule.)
LES APPRENTIS
Ecoutez!... Ecoutez!