‹ L'imposteur magnanime Perkin WarbeckChapitre 8 sur 36 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les précédents moins JACQUES IV, PERKIN WAR- BECK, FRION, FRANS DE BRUXELLES et LORD HUNTLEY

LES DAMOISELLES

Oh ! le joli prince !

OXFORD

Un prince? Vous voulez dire un larron, un ribaud, une fleur de tapis franc.

(Murmure réprobateur. Cette fois on ne se contente pas de s'écarter d'Oxford; d'aucuns lui tournent le dos.)

PREMIÈRE DAMOISELLE

On ne l'avait pas flatté ... Et Douglas qui lui accordait assez bonne mine... Mais il est exquis ce petit prince... Il a grand air...

DEUXIEME DAMOISELLE (extatique)

Les dehors d'un esprit céleste banni du chœur des séraphins en expiation d'un péché très véniel...

OXFORD

Peuh ! Vous n'êtes pas difficiles. Je lui trouve au contraire l'encolure d'un bélître.

LA BALIOL (à Oxford)

La princesse n'a encore rien dit...

(Catherine est restée debout, la main au dossier de sa chaise, rêveuse.)

OXFORD (à Catherine, insinuant)

N'est-ce pas votre avis, princesse?

CATHERINE (émue)

Je me tais.

OXFORD

Je vous comprends à mi-mot... Ce jeune bragard n'a pu que vous déplaire. . .

CATHERINE .'de plus en plus troublée)

N'insistez pas, mylord...

OXFORD

J'insiste, au contraire, car le jugement d'une personne de votre sagesse et de votre caractère présente une importance extrême... Peut être empêcherez-vous vos charmantes mais trop légères compagnes de se laisser aller à un fol engouement. Il est temps qu'un mot de raison prémunisse les seigneurs de cette cour eux-mêmes, contre des entraînements irréfléchis... Oui, il importe surtout qu'en parlant vous empêchiez votre jeune roi de frayer un moment de plus avec ce prince interlope.

CATHERINE (décidée, s'exaltant à mesure qu'elle parle)

Eh bien, non... Vous vous méprenez sur mon silence... Puisque vous voulez absolument connaître ma pensée, apprenez, mylord, que je partage tout à fait les sentiments de ces dames et de ces chevaliers, et que j'applaudis aux actes de mon roi... Si les paroles déguisent parfois la vérité, la voix même ne saurait mentir. Or, le simple discours de ce jeune étranger m'est allé jusqu'à lame, tant j'y sentais s'exhaler la sienne. C'était comme si ses malheurs

eussent fait partie de ma propre expérience. En l'écoutant, il me semblait que nous poursuivions le même but... que mon sort se confondait avec son destin... Et, pour vous ouvrir tout mon cœur, si j'étais homme, j'épouserais aussitôt sa cause...

OXFORD (ricanant)

Et, comme vous êtes femme, c'est lui-même que vous épouseriez !

DALYELL (à part)

Elle l'aime!... O mon rêve s'écroule!

CATHERINE

Il me touche déjà de si près que, s'il avait failli, s'il s'était déshonoré, en un mot, comte d'Oxford, s'il était tout ce que vous pensez de lui, je serais honteuse et désespérée, comme si moi-même j'avais été infâme !

(Mouvement.)

LA BALIOL (à part)

Parlez-nous de ces mijaurées... Une fois parties, bien rapide celui qui les rattrapera!

OXFORD

O princesse!... C'est vous qui parlez ainsi!

CATHERINE

Vous l'aurez voulu. D'ailleurs, cette déclaration m'étouffait. Je me réjouis, je suis fière d'avoir parlé... Vous me flattiez, vous vantiez ma sagesse, ma raison, que sais-je encore!... Eh bien, si jamais ma conscience fut avertie, c'est en ce moment. Oui, je crois sérieusement en ce jeune prince...

(Sur ces entrefaites, le roi Jacques est rentré avec Perkin Warbeck, Huntley, Frion et Frans.)

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