ÉLÉMENTS ROTURIERS
libre, du moins depuis de longues générations; les autres proviennent des divers rangs de la servitude : servitude domestique, servitude ecclésiastique principalement, servitude urbaine, servitude rurale, car les degrés de la servitude sont infinis. Dans l'esclavage, il n'y a pas de degrés; il n'en est pas de même de la servitude. Aussi faut-il, dans ce paragraphe, détacher tout ce qui concerne les droits féodaux ou autres concernant les divers degrés de la servitude et les réserver pour un paragraphe spécial, afin de mettre la roture en relief et de la montrer telle qu'elle était.
Ses éléments principaux consistaient dans : 1° les personnes libres des villes ; 2° les anciens colons qui n'étaient pas tombés en servitude; 3° les propriétaires des campagnes non nobles; 4° les serfs antérieurement affranchis; o° et les nouveaux arrivants. Pendant tout le moyen âge, du vi^ au xv« siècle, il y a eu sur le territoire gaulois ou français un mouvement d'immigration important. Ce mouvement existe encore aujourd'hui. Il est dans la nature des choses; il tient à la situation du territoire, à l'extrémité de l'Europe et de l'Asie.
La plupart de ces éléments se trouvaient répandus dans les seigneuries; les autres dans les villes, avec un mouvement perpétuel de va et vient qu'on constate dès qu'on ouvre les documents du temps. Néanmoins, la situation des roturiers dans les villes se différencia de bonne heure de celle qu'ils avaient dans les campagnes, et ces différences ont modifié les droits féodaux, parce que certaines villes conservèrent quelque indépendance vis-à-vis des seigneurs et que, dans le milieu féodal, une situation à part fut faite, surtout à partir du xii* siècle, soit aux villes, soit aux communes, et par suite aux populations comme aux biens, meubles et immeubles, leur appartenant. Nous traiterons donc à part des droits féodaux dans les villes et les communes, affectant exclusivement ce paragraphe aux tenures roturières rurales, de beaucoup les plus nombreuses et les plus importantes jusqu'en 1789 (1).
Nous avons indiqué plus haut la diversité des formes des te-
(1) Consulter spécialement sur ces tenures, Glassou, t. IV, 386-425. — Lefort,