‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 28 sur 252 · INCIDENCE ET EFFETS DES IMPÔTS · texte numérisé non relu

INCIDENCE ET EFFETS DES IMPÔTS

16" En général les impôts étaient affermés, ce qui les rendait plus accablants. Il en est de même des tributs et des monopoles. Aussi pas de forme plus redoutable que le tribut affermé, mais la plus terrible est cependant le monopole afferme'.

17° Pendant cette seconde époque de très grands changements ont eu lieu. Ils ont coïncidé avec la décadence de l'Egypte. Plus cette décadence s'est manifestée, plus le système fiscal s'est étendu. On peut dire qu'il est devenu complet sous les Lagides et que les Pharaons macédoniens ont laissé peu de chose à glaner dans le champ de la fiscalité. Mais ils n'étaient pas des Égyptiens; ils traitaient l'Egypte en province conquise. Cette nation, illustre entre tontes, qui a gravé ses idées religieuses sur tant de monuments admirables et transmis tant de preuves de son infatigable labeur et de sa grandeur historique, s'est toujours enveloppée de mystère et de silence. Que pensait-elle de sa condition? Comment faisait-elle face à toutes ses charges? Elle ne Ta pas dit : on ne le saura jamais. On peut toutefois se rendre compte, dans une certaine mesure, de leurs effets. Les taxes de consommation, celles sur les achats, les frais de justice, les diverses capitations, les logements, les fournitures durent modifier la condition des classes agricoles et préparer les longues souffrances qui les ont accablées depuis. Les droits de succession, le paiement en argent d'une partie de la dîme, d'après un cadastre, les droits de mutation, ceux de douanes, et surtout les confiscations eurent sur les hautes classes de l'Egypte une influence plus désastreuse encore. Ils les ruinèrent peu à peu et ainsi se constitua la société égyptienne de la décadence où l'on ne rencontre guère plus que des fonctionnaires et des fellahs dans les campagnes, tandis que s'accumulent dans les villes des multitudes de toute race, de toute religion, de toute langue, sans tradition et sans patrie, qui révoltaient Tacite, mais qui ont eu une part décisive dans les deux puissants mouvements 'du Christianisme et du Mahométisme.

M. Maspero trace un tableau, déjà bien sombre, de la situation des cultivateurs de l'Egypte à cette époque. « La condition des cultivateurs libres devait rappeler par plusieurs côtés celle du

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fellah moderne; certains ne possédaient d'autre bien qu'une cahute en boue faite assez large pour eux et pour leur femme. D'autres s'enhardissaient à louer les terres du seigneur ou d'un soldat voisin. Les plus heureux acquéraient des domaines dont ils n'étaient censés avoir que l'usufruit, la nue propriété restant toujours entre les mains du Pharaon, des feudataires laïques ou religieux. Ils pouvaient d'ailleurs la léguer, la donner, la vendre san.s opposition. Ils payaient, outre la taxe personnelle, un impôt foncier proportionné à l'étendue de leur fonds et à la nature des [erres qui le composaient ». M. Maspero donne des détails les plus complets sur les arpentements , nécessités par la crue du Nil, sur le cadastre et ses révisions, sur la surveillance de la crue du Nil par les agents du Pharaon et des seigneurs, sur les messagers chargés de renseigner les cultivateurs sur la crue c'est-à-dire sur Timpùt, sur la rigueur des fiscalins qui n'hésitaient pas à faire usage du bâton (la courbache est antique en Egypte) pour démontrer le niveau moyen de la crue, sur les corvées extraordinaires exigées parle seigneur pour enlever les récoltes comme aux temps féodaux et naguère en Russie', sur les corvées ordinaires pour les canaux.

iS° Cette décomposition, arrêtée pendant plusieurs siècles par a conquête des Arabes, a été la conséquence d'une longue lutte qui s'est engagée, d'une part, entre la royauté et les prêtres, et d'autre part, les classes militaires égyptiennes. Le gouvernement royal, appuyé sur les scribes, les prêtres, l'administration, n'a pu modifier le système fiscal de l'Egypte qu'en brisant la féodalité miUtaire qui en assurait l'indépendance. Il est douteux que ces classes militaires eussent pu proléger l'Egypte contre la Perses, les Grecs, les Romains ; mais elles auraient pu amoindrir l'influence politique et sociale de leurs invasions et, peut-être même, permettre à la nationalité et à la race de survivre, de se reconstituer; quand les classes militaires d'un peuple sont détruites, tout est perdu.

19» L'administration fiscale et financière de l'Egypte ressemblait, dès cette époque, à ce qu'elle est aujourd'hui : elle avait un caractère industriel, résultant des conditions physiques du

(1) Maspero, Ibidem, p. 372.

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