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CHAPITRE VI

DE l'impôt dans les AUTRES ÉTATS DE LA GRÈCE ANCIENNE.

En dehors de Lacédémone, d'Athènes et de la Crète, les divers Etats de la Grèce se divisaient en deux catégories bien distinctes, ceux où dominait la race dorienne ou son influence; ceux oij prévalait, au contraire, l'influence d'Athènes et, avec elle, de la race ionienne. Dans les premiers, les institutions politiques, sociales, fiscales des Doriens, particulièrement celles de Lacédémone l'emportaient complètement, sauf certaines difîérences dont plusieurs avaient de l'importance. En aucune autre partie de la Grèce , les Doriens n'avaient pu cependant installer leurs institutions dans les mêmes conditions qu'en Crète ou que dans le Péloponèse. Nulle part on ne rencontrait un éle'ment militaire, entretenu de la même manière que les Spartiates, aussi remarquable et aussi puissant. Comme dans tous les Etats doriens la production agricole étant la forme presque exclusive du travail et de la richesse; l'impôt consistait surtout, notamment en Thessalie , en Sicile, dans la grande Grèce, en une dîme, variable de taux, sur les produits bruts. La dîme a été générale dans la Grèce héroïque; elle a été remplacée à Athènes, à Lacédémone, à Crète par une organisation plus savante; mais elle y a été la première forme de l'impôt, forme que le Christianisme, d'origine orientale, y a ramenée. Ainsi on sait qu'il existait des Périèques en Thrace , en Thessalie, à Sinope, en Sicile, et qu'ils étaient astreints à des redevances fixes de même qu'à Lacédémone (1).

Dans les Etats non doriens, la plupart des impôts, si variés d'Athènes, existaient également, mais on y levait aussi la dîme qui n'avait été conservée à Athènes que comme contribution

(1) Guiraud, ibid., 537, 542. - Gilbert.

134 DE l'iMPÏT dans les autres états de la GRÈCE ANCIEN^'E.

religieuse envers les temples; dans quelques Etats cette dîme devait être payée en argent et prenait la forme d'un impôt foncier.

On y rencontrait notamment :

1° L'impôt sur le capital, ou si^çopa, parfois permanent, parfois temporaire, mais avec un caractère militaire. L'impôt sur le capital paraît avoir été l'élément fiscal prépondérant pour les ligues d'Achaïe, d'Etolie et de l'Asie-Mineure (1). .

2o Les douanes et les octrois intérieurs, qui ont beaucoup contribué à maintenir et à aggraver l'esprit de division des Hellènes.

3î> Les droits de marché et même de circulation sur les marchandises.

4" Les diverses liturgies, triérarchies, chorégies, avec leurs formes diverses, telles que l'hestiase (2).

La Sicile, qui appartenait en grande partie, à la colonisation hellénique, spécialement des Doriens, a été la partie la plus ravagée par les excès fiscaux, pour diverses causes; d'abord la grande prospérité dont elle a joui du v^ siècle A.-C, au second siècle E.-C; puis les difficultés intérieures, les tyrannies qui l'ont accablée, notamment Denys l'Ancien. Aristote prétend que Denys l'Ancien leva pendant 5 ans un st^oopa de 20 p. 0/0 c'està-dire la totalité du capital. C'est invraisemblable, mais cette affirmation doit se référer à de grands excès.

L'impôt principal de la Sicile, en rapport avec sa production célèbre de céréales, était la dîme. Les Romains n'eurent garde de ne pas en profiter. Comme la conquête de la Sicile leur coûta fort cher, ils s'emparèrent des dîmes afin de mettre la main sur les blés de Sicile. C'est en Sicile qu'ils ajoutèrent au frumentum decumanum, le frumentum imperatum et le frumentum einptum. Les Verrines donnent un tableau complet de la richesse de la Sicile, de ses ressources et des atroces exploitations qu'elle eut à subir. M. Marquardt rappelle, d'après Cicéron , que la Sicile

(1) Dictionnaire Daremberg, article eiocpcpa, § 11.

(2) Guiraud, ibidem, 540-544.

(3) Guii-aud, 541. Marquardt, Orrjanisation financière des Romains, 144.

DE l'impôt en SICILE. 135

dut fournir, pendant une année, au préteur Verres : 1° 3,000,000 modii, dime ordinaire, valeur, 2,750,000 fr. ; 2° 800,000 modii imperati, valeur, 700,000 fr.; 3° 3,000,000 modii, seconde dime, 2,750,000 fr. (1).

La dîme a des avantages; mais elle a, entre autres inconvénients, celui de rendre les exactions plus faciles.

La dîme a donc joué un rôle fiscal considérable en Grèce, sauf à Athènes. A Lacédémone, les redevances des Périèques étaient une véritable dîme.

(1) Sur tout ce qui concerne les blés que la Sicile devait fournir au peuple romain à divers titres, consulter les notes ajoutées par M. J.-V. Leclerc, à la traduction des Terrines, édition 1824, petit format, tomes 7, 8, 9, notamment tome 8, p. 268, 277, 279, 4G4, t. 2, p. 21, et dans le Dictionnaire Daremberg , larticle Frumentarie leges.

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