LA DÉPOSSËSSION DANS LES GAULES
une contribution spéciale ou taille afin de traiter avec les Vikings. Cette contribution fut appelée l'impôt normand, comme il y a eu l'impôt danois (Danegeld) en Angleterre. L'influence des incursions des Xorthmen sur l'établissement du régime féodal a été considérable. Le traité de Kiersy, juillet 877, qui le consacre, a été signé au moment où ces incursions furent le plus désastreuses. Les Carlovingiens , divisés entre eux , afTaiblis par l'anarchie et le mouvement féodal , ne purent continuer la lutte. En 911, Charles le Simple céda à HroU ou Rollon, Viking établi à l'embouchure de la Seine, dans l'entrevue de Saint-Clair-sur-Epte, toutes les terres situées entre Epte et la mer. Rollon se considéra comme le seul propriétaire des terres qui lui avaient été abandonnées. Il procéda, comme devait procéder loO ans plus tard Guillaume le Conquérant pour toute l'Angleterre même (1). Il partagea les terres concédées, entre les chefs de sa bande, en toute propriété, sous la seule condition de l'aider à défendre le pays. Ce partage eut lieu au cordeau, avec tirage au sort des lots. Au lieu d'être astreints au tribut, les occupants furent dépossédés et réduits à devenir les tenanciers des Normands; méthode que les Normands ont portée avec eux par tout. C'est qu'ils n'étaient eux-mêmes que demi-nomades et que, dans la mesure possible, ils entendaient devenir sédentaires, propriétaires. C'est là l'un des faits les plus importants dans l'histoire de la civilisation et des impôts. Au tribut, les Normands ^2) substituent la dépossession, ou plutôt, comme l'a montré Sumner-Maine pour l'Inde, la rente. L'ancien proprié-
(1) Nous avons conservé le nom de Xorthmen, les Honinies dn Nord, jusciu'ii la prise de possession du territoire qui deviendra la Xormcmdie.
(2) Le pays fut divisé au cordeau. Toutes les terres désertes ou cultivées, ù l'e.xceplion de celles des Kglises, furent partagées de nouveau, sans égard aux droits des indigènes. Les compagnons de RoU, chefs ou soldats, devinrent selon leur grade, seigneurs des villes et des campagnes, propriétaires souverains de domaines, grands ou petits. Les anciens propriétaires étaient contraints de s'accommoder ii la volonté des nouveaux venus, de leur céder la place s'ils l'exigeaient, pour détenir d'eux leur propre domaine à ferme, ou en vasselage. De nouvelles dénominations géographiques résultèrent de cette répartition de la propriété territoriale, et l'usage attacha dès lors à un grand nombre île domaines les noms l)ropres des guerriers Scandinaves qui les avaient ref-us en lot . A. Thierry, Cou quête de l' Angleterre, 1" vol., p. 203.