LA RENTE FONCIÈRE EN NORMANDIE
taire est réduit à la condition de fermier ou même de tenancier at vill, parfois de métayer. Beaucoup de nos belles fermes de Normandie proviennent de ces arrangements et ont dû être constituées à cette époque. Il en a été de même en Angleterre, depuis Guillaume le Conquérant. La rente foncière a eu par suite en Angleterre et en Normandie une autre origine que celle du fermage. Elle y a correspondu à un changement violent de propriétaires, à une dépossession et non au tribut. Dans l'Empire arabe, il y eut aussi des dépossessions particulières, mais, en général, les vaincus purent conserver leurs terres à charge de payer le Djizyé et le Kharadj, fixés une fois pour toutes. Dans les pays conquis par les Norlhmen, les vaincus furent dépossédés de la propriété; ils n'en conservèrent que l'exploitation à condition de payer la rente, dont le taux n'était pas immuable. Entre ces deux conditions économiques, la situation des populations normandes a cependant été préférable, parce que, nouveaux propriétaires et anciens, ceux-ci devenus tenanciers, étaient de même race, de même religion, et que la disparition du tribut personnel a favorisé le rapprochement et la fusion des vaincus et des vainqueurs. Les Normnnds apportaient, en outre, malgré leur ancien état nomade et leurs mœurs féroces, des principes sociaux et politiques supérieurs à ceux du Coran. Mais pour l'ensemble des populations, le cens féodal français, quoique affecté d'un certain caractère tributaire, de même que la rente, dans les pays de dépossession, a été une forme supérieure d'accession à la propriété foncière, c'est-à-dire un instrument plus favorable d'amélioration de la condition sociale. Les pays normanisés ont conservé les mœurs, les idées, les institutions aristocratiques, auxquelles la rente est favorable; le cens, au contraire, avec son taux fixé par la coutume et la propriété conditionnelle, a tendu à élever le censitaire à la condition de propriétaire. Ce sont là des différences fondamentales. RoUon introduisit dans le gouvernement de son territoire, des idées d'ordre, des traditions de sécurité, inconnues à la vieille Gaule(l). Ces idées, ces traditions prouvent qu'il existait dans les États Scandinaves (Danemarck, Suède,
(1) A. Thierry, i&irto», p. 204.