PREMIÈRES MONNAIES RUSSES
Elles tiennent à l'immensité du territoire et à réloignement dans lequel la Russie s'est trouvée des centres de production des métaux précieux et des grands courants commerciaux. Elle n'a extrait de l'or qu'au siècle dernier. Aussi, elle a toujours été et elle est encore réduite au régime de la monnaie fiduciaire.
Jusqu'au xve siècle, le prix des choses était fixé en Russie d'après des quantités variables de peaux de martre et d'écureuil (1). On ne se servait comme instrument monétaire que des martres communes. Au lieu de porter les peaux aux marchés et de les y compter, on se contentait de morceaux de peaux qu'on appelait kounis (2). Un kounis équivalait aune peau de martre ordinaire; c'était l'unité monétaire. Pour calculer plus rapidement, on compta par grivna. La grivna se composait de vingt peaux de martre, soit vingt kounis. On rapportait la valeur de la grivna à celle de l'argent et même de l'or. La grivna de Novgorod contenant vingt peaux de martre équivalait (3) à une livre d'argent du poids de treize onces. Au cours de l'argent, avant la baisse actuelle, cette livre de treize onces valait 88 fr. 79 qui étaient la valeur de vingt peaux de martre, et la martre ou le kounis représentait 4 fr. 43. .Mais au xiii'^ siècle, la valeur de l'argent était tout autre qu'aujourd'hui. \ ingt peaux de martres ont toujours dû équivaloir à une quantité d'argent, c'est-à-dire représenter une valeur réelle. Il est difficile de donner des chiffres comparatifs d'une suffisante exactitude. Tout ce qu'on peut ajouter, c'est qu'au xiiu' siècle, l'argent, dans l'Europe occidentale, doit être estimé au moins à quatre fois sa valeur et peut-être à huit fois au x"^ siècle, avant la baisse actuelle. Oleg avait imposé les Drevlianes à un kounis par charrue et les Radimitches à un schelling. Le schelling représentait 10 francs et
(1) Karamsin, tome I, p. 307 ; 2" vol., p. 47 ; 3' vol., p. 380; 5« vol;, p. 402.
(2) Connue monnaies d'appoint, on comptait par morceaux, non pas de peau mai.s de membre. Ainsi, un museau de martre, un front dV-cureuil, une oreille <>u une demi-'M-eille. La patte de martre (-tait le quart de la grivna, on l'appelait la noijata; le VvUorhe était le 20» de la grivna.
(3) Cette équivalence variait beaucinip. .\ Kiew. à la même ('■poiiiie, la grivnn équivalait ii 9 1/4 onces d'argent.
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le kounis 33 fr. 44. Dans tous les cas, la taxation devait être différente.
La valeur des peaux de martres étant relativement élevée, même celle des peaux d'écureuils ; on leur substitua peu à peu le cuir. Vingt morceaux de cuir, d'une certaine dimension, d'un certain poids et portant un cachet officiel, servirent d'équivalent à un kounis de peaux. On eut ainsi une monnaie beaucoup plus abondante. La grivna de cuir remplaça celle de peaux. Kounis et grivnas de cuir se déprécièrent très rapidement, parce qu'ils devinrent une monnaie entièrement fiduciaire. La Russie resta alors soumise à la monnaie fiduciaire de cuir, comme elle a été soumise au xviii'' siècle à la monnaie fiduciaire de cuivre et au xix'' siècle à la monnaie fiduciaire de papier. La dépréciation du cuir fut encore plus rapide et plus complète que celle des peaux de martres et d'écureuils. Le kounis et la grivna devinrent des monnaies purement conventionnelles.
Cette dépréciation s'accrut avec la circulation de l'argent (1). L'argent s'était peu à peu répandu en Russie par le commerce avec les Grecs de Byzance, par les Khazars, nomades qui faisaient le commerce, et surtout après l'arrivée des Mongols. L'argent est déjà mentionné à titre monétaire, dans les traités d'Oleg avec Byzance. Les Radimitches furent imposés à un tribut payable en argent. Les Mongols, tout en se servant du papier-monnaie, sur une très grande échelle, avaient également des monnaies d'argent. Ils payaient en papier-monnaie et exigeaient de l'argent de la part de leurs tributaires. Ils refusèrent en Russie les grivnas et les kounis de cuir et n'acceptèrent, en paiement des tributs que des peaux de martres ou de l'argent, dans une certaine proportion.
Le rouble, argent russe, est antérieur à l'époque des Mongols ; mais c'est à leur époque que sa circulation s'est étendue principalement dans le commerce et dans les villes. Il équivalait alors au quart d'un lingot d'argent d'une livre russe (2) ou à
(1) Il est très difficile de bien saisir les changements monétaires de la Russie depuis le xi^ siècle. Karamsin donne beaucoup de renseignements; mais ils sont loin de concorder les uns avec les autres.
(2) La livre russe est de seize onces. Chaque once contient six zolotniks. La