ADMINISTRATION DES FINANCES
droit de gîte. D'après ces chiffres, on comprend rextrème importance qu'avaient pour la Royauté les revenus domaniaux. Sous Casimir le Grand, qui les faisait administrer avec soin, ils avaient suffi aux dépenses du gouvernement, mais, trois siècles plus tard, ils n'y suffisaient plus. Les Rois étaient obligés d'aliéner les domaines. C'est au moyen de ces aliénations qu'ils entretenaient le Trésor d'espèces. Ces aliénations ont été leur véritable instrument financier.
L'administration financière avait les mêmes caractères d'intermittence, d'insuffisance et d'incertitude que le système fiscal. La plupart des impôts étaient affermés aux Juifs qui faisaient des avances, de même que les Traitants sous Louis XIV et Louis XV. Les principaux fonctionnaires, notamment le Chancelier et le Trésorier, étaient nommés à vie; ils devaient rendre leurs comptes, non pas au Roi, mais à la Diète. C'est dire qu'ils n'en rendaient aucun, pas plus que les autres fonctionnaires (1). Enfin, lorsque la Diète générale votait des taxes extraordinaires, c'étaient les diétines qui les percevaient, qui enrôlaient et payaient les soldats (2). Dans cette situation, la Pologne a pu réunir parfois, sous le coup d'un mouvement général, comme à l'époque de l'expédition de Vienne, des armées redoutables, mais ces armées ne pouvaient fournir un long service, faute de ressources. Les régiments appartenaient à leurs colonels qui en avaient la charge et qui s'entendaient soit avec le Roi, soit avec les diétines (3). Ces traditions militaires, loin de s'améliorer, se sont aggravées avec le temps, car toute réforme a toujours été impossible dans le milieu polonais, dominé par un courant anarchique irrésistible et un fonds de misère et de luxe dans la Szlachta.
Impôt, armée, nation, sont solidaires. Les nations se constituent, s'agrandissent, se conservent par leurs armées. Les armées sont entretenues par l'impôt ou par le tribut. Il n'y a pas à choisir.
(1) Lcuisse et Rambaud, ibidem, 4' vol., p. 631, 5<^ vol., p. 617, 6" vol., p. 631.
(2) Lavisso et Rambaud, ibidem, 6" vol., p. 633. Les diétines affermaient également les impôts aux .liiifs.
(3) Lavisse et Rambaud, ibidem, 7' vol., p. 464.