‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 162 sur 228 · LEUR TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

LEUR TRANSFORMATION

rations qui occupèrent le territoire de Boii, antérieurement à l'arrivée des Lechsdans les vallées de la Vistule et de la Warla, les Hanaci, Horaci, Slovaci, Yalaszy, Chorvati. Aussi ces tribus se sont converties plus tôt au Christianisme et plus tôt transformées en sédentaires. Elles formèrent des Joupanies, des cercles (Kraje), sous la direction d'Ispans, çt la suprématie de rois qui ne devinrent héréditaires qu'au xii'' siècle. Jusqu'au xiie siècle, la nationalité tchèque, contrariée par les Allemands, même par la Pologne et la Hongrie, se constitue avec peine. Toutefois au xiii'' siècle, avec les OLtokar, la Bohème exerce une réelle influence politique; elle jouit d'une prospérité qui, comme pour tous les Etats slaves, ne sera que temporaire. Ainsi à la fin du xiue siècle, la Bohème fut vaincue (Bataille de Durrent Krout, 28 août 1278) par Rodolphe de Habsbourg. Depuis lors, sans perdre son indépendance, elle a gravité dans l'orbite de l'Autriche, jusqu'à la réunion de 1547.

L'influence germanique, déjà grande en Bohème, est devenue plus considérable, non seulement l'influence politique, mais l'influence ethnique. Pendant tout le Moyen âge, les Allemands ont été colonisateurs, franchissant l'Elbe, puis l'Oder, allant jusqu'à la Vistule, transportant avec eux leurs coutumes et leurs institutions. « La féodalité se substitue au régime pau triarcal, et l'égalité primitive est remplacée par une hiérarchie « compliquée. Les seigneurs tchèques ont leurs armoiries, leurs (( châteaux-forts, leurs vassaux; ils auront bientôt leurs serfs. « Les anciens Joupans n'ont plus sous leurs ordres que la « banlieue de leur forteresse, et le nom même de Joupa, qui « rappelle l'ancienne division du pays, tombe peu à peu en « désuétude. Le peuple n'a plus aucune influence dans les « diètes, les petits propriétaires libres disparaissent rapide- « ment; les paysans, pour se soustraire aux corvées, réclament « le droit allemand, et, s'ils obtiennent ainsi, moyennant une re- « devance déterminée, Vusufruit héréditaire des domaines qu'ils « cultivent, ils consentent à une sorte de diminution civile et « politique, et deviennent les hommes des seigneurs (1) ». Dans

(1) Lavisse et Rambaud, Hist. ijénèrale, t. II, p. 761; L. Léger, Hist, de l'Au-

PROGRES ET IMPOTS DE LA BOHEME. rZ.^

celte page remarquable, on touche du doigt, pour ainsi dire, la transformation de la tribu, Joupa, et de la Joupanie en tenure féodale (1). Eh bien! n'en déplaise à l'e'crivain auquel nous la devons, cette transformation est encore la base de la civilisation de l'Europe occidentale, et si la Pologne a péri, c'est pour n'avoir pu l'accomplir. Si elle l'avait accomplie, elle aurait écouté la voix de Jean Casimir. Il a même fallu que cette transformation eût des résultats bien favorables, pour que la Bohême re'sistàt aux révolutions religieuses et politiques qui l'ont assaillie au XV* siècle, a Possesseurs emphytéotiques de leurs terres, ga- « rantis contre les redevances et les corvées arbitraires, maîtres « de laisser leurs biens à leurs enfants et protégés dans leur « liberté individuelle, les paysans s'attachèrent au Roi, et leur « activité confiante accrut la prospérité générale ». La tenure vaut donc mieux que la tribu, que la Joupanie, que la Zadruga et que le Mir. Et M. Denis d'ajouter : « Des vignobles furent « plantés, des fabriques de papier et des verreries furent fon- « dées, la fabrication de draps améliorée; les villages mieux bàlis « et plus propres. Aussi Énéas Sylvius s'étonnait de trouver des « fenêtres vitrées dans les habitations des paysans ; les an- « ciennes routes furent entretenues avec soin, de nouvelles fu- « rent construites; beaucoup de péages supprimés, les mines, « mieux exploitées, donnèrent d'importants revenus, etlesalté- « rations de monnaies cessèrent (2) ». En définitive, la Bohême, de 811 au xv^ siècle, présente le tableau des diverses étapes de la civiHsalion : l" état nomade combattu par Charlemagne ; 2o fixation des tribus tchèques, conversion chrétienne, Joupanies; 3"> transformation féodale, seigneuries, tenures, droits féodaux; 4° naissance de l'industrie. C'est très probablement, cet ensemble de progrès qui a élevé assez haut, au xvi'^ siècle, l'intelligence politique du peuple tchèque pour le décider à sa-

trlche-HoïKjric, chii]). ne et du même, La Bohême hUttorinnr. Le droit allemand, c'est le droit féodal, le droit du progrès, ù côté du droit «lave ii iicinc formulé et dont le fomloment est le droit des nomades.

(1) Lavisse et Ranitiaud, ibidem, t. H, p. 761, 3>-" vol., p. C63.

(2) Lavisse et Rimbaud, Hist. <jénérale, 3" vol., p. 664.

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crifier une indépendance impuissante et dangereuse à une association de sauvegarde.

D'après ces faits, on est autorisé à conclure qu'au xiv'= siècle, les impôts en Bohême devaient être à peu près les mêmes que ceux de l'empire germanique; c'e'taient les impôts, les redevances, les corvées, les taxes de l'époque féodale en Allemagne.

§ o. La Serbie.

Ce petit État de 48,589 kilomètres carrés, avec une population de 2,300,000 habitants, est l'un des foyers les plus authentiques, les plus anciens, les moins mélangés de la race slave. Pline mentionne les Sirhi et Ptolémée les oypCot, ces mentions les reportent au premier siècle de l'Empire romain (1). Le fond de la population paraît provenir de trois Confédérations ou grandes tribus les Karpi, les Kostolioks et les Chrbet ou Chrobat. De ces derniers sont provenus les Croates. Serbie et Croatie ont été longtemps réunies, bien que séparées depuis. Ces Confédérations ont formé des Joupanies, lorsqu'elles sont devenues sédentaires. Pendant les premiers temps, le chef ou roi de Serbie portait le nom de Joupan. Les Confédérations se partageaient en Joupas.

Pendant le xi'^ siècle, la Croatie, la Bosnie, actuelles, une partie de la Dalmatië, de l'Herzégovine et même de l'Albanie, occupées par des tribus serbes ou sorabes, de même origine, ont constitué une sorte de fédér-ation générale de tribus dont Bêla Ouroch, Joupan, réunit les éléments pendant le xii"^ siècle. Cette œuvre fut reprise par Stéphane Nc'inanya, reconnu grand Joupan en 1165. Ncmanya s'occupa de propager le Christianisme, de combattre les progrès du manichéisme des Bogomiles en Bosnie, de résister aux empereurs grecs, d'achever l'œuvre de transformation des tribus serbes. 11 parvint à désigner les Jou-

(1) l'Jiiciiclopedia Jlritann ira, articlo Servia et Croatia ; Viquesuel, Vùiiaye dans la Turquie d'Europe; BouO, La Turquie d'ICumpe, 1840, 4« vol.; Cliopiu et Ubicinl , Les provinces danubiennes, daus la collection L'Univers, Chapus, Bosnie et Herzégovine, 1896; Millet, Serbie économique, 1889; Demelic, Le droit coutumier dîs Slav.is miri'iionaux, 1876 ; Économiste français, 19 déc. 1896.

L EMPIUE DE DOUCHAX. / VO

pans de chaque Confe'de'ration. C'est un cas intéressant de l'œuvre de transformation (1). Son fils Stéphane abandonna le titre de Joupan pour celui de Kral, Krol, ou roi; il fut couronné, en 1217, par le légat du Pape, comme roi de Serbie. C'est le moment où la prise de Constantinople par les Français, la chute de l'empire grec donnent près d'un siècle d'indépendance aux divers territoires, dépendant de l'ancienne préfecture d'Iilyrie. C'est aussi le plus grand moment de la Serbie avec Ouroch le Grand (1242 et 1276), Miloutine (1281-1321) et l'illustre Douchan (1331-1355).

I. Empire de Douchan. — Douchan est une des belles physionomies du Moyen âge, l'un des hommes d'État les plus éminents des Slaves. Il parvint à réunir la Serbie, la Rascia, avec Novi Bazar pour capitale, la Primordia, c'est-à-dire une partie de l'Herzégovine et de la Dalmatie jusqu'à l'Herzégovine, la Sclavonie, la Bosnie, la Bulgarie, la Macédoine, la Croatie, préparant ainsi les éléments d'un empire méridional des Serbes. Renonçant au titre de Kral, il se fit sacrer le 16 avril 1346, jour de Pâques, dans une Skoupchtina tenue à Uskup, comme Tsar de Serbie et de Piomanie. Il compléta son œuvre en donnant à son empire le code qui porte son nom, Code de Douchan, document important (2), d'après lequel on peut se faire une idée assez exacte de l'état social et des institutions fiscales des divers territoires ou groupes, compris dans l'empire serbe, au milieu du xiv« siècle. Deux influences paraissent avoir dominé dans l'ensemble des institutions de l'empire serbe : 1" l'influence byzantine; 2° l'influence germanique.

Dans l'ordre politique, c'est l'influence byzantine qui a prévalu, ce qui a eu pour résultat considérable d'arracher la Serbie à l'Église latine, bien que Grégoire VII, en 1078, eût sanctionné le titre royal, revendiqué par le Joupan Michel, pour l'unir à l'Église orthodoxe. La Pologne, la Bohème, la Hongrie sont restées catholiques; il en a été de même de la Dalmatie, de la

(1) Lavissc ft Rambiuui, Htst'nre ijhurnle, 2' vu]., p. 828.

(2) Il a été publié flans le 4* volume du voyage en Turquie d'Europe de M. Boue, 1849.

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