‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 195 sur 228 · OCCUPATION ET ENTREPRISE · texte numérisé non relu

OCCUPATION ET ENTREPRISE

peuples colonisateurs. C'est une règle sans exception. Le plus souvent la colonisation résulte de l'occupation d'un territoire déterminé par un peuple, une Confédération ou agglomération de tribus nomades. Il ne pouvait en être autrement. La sécurité de chaque personne n'a pu être garantie que par la persistance des liens de la tribu ou par une force indépendante comme celle des Margraves de Prusse, lors de la colonisation du Brandebourg. Les colonisations les plus nombreuses et les plus importantes ont été faites au moyen de la transformation sur un territoire déterminé d'une Confédération de tribus nomades en tribus sédentaires.

Les conditions sociales et économiques des membres des Confédérations ont été nécessairement maintenues, ainsi que les obligations en résultant. Les chefs des tribus sont devenus les grands propriétaires, sauf attributions de lots, à titre héréditaire ou temporaires, aux membres de la tribu d'origine libre, à charge de redevandes directes. Peu à peu le gouvernement oligarchique des chefs de tribus est devenu monarchique. La principale ressource du gouvernement a été une part dans le territoire, avec certaines réserves domaniales, telles que les forêts, les mines, les droits de pêche et de chasse. Dans toutes les fixations de tribus ou appropriations du sol, le service militaire, obligatoire dans la tribu, est demeuré obligatoire avec des redevances en nature, bétail, grains, vêtements, armes, logements.

Tel a été le mode de formation de tous les États de l'Europe orientale et septentrionale, surtout de l'Europe slave, la Russie en très grande partie exceptée. En Russie, l'énorme disproportion entre le territoire et la population a eu pour résultat d'empêcher toute fixation définitive des populations qui, demeurées nomades, n'ont été attachées au sol que par la servitude, garantie elle-même au moyen du Mir et de l'Artel.

Les mêmes nécessités, aggravées par les invasions des Mongols, des Tartares et des Turcs Ottomans, qui ont si douloureusement pesé sur l'Europe orientale pendant cinq siècles et qui pèsent encore sur quelques-unes d'entre elles, ont eu pour effet de modifier également la condition de toutes les populations rurales du Nord et de l'Est de l'Europe et de les ré-

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duire, non pas à la servitude des paysans russes, mais à l'état de colons corvéables, ou de Kmets, fermiers héréditaires du sol, plutôt en vertu d'une coutume de tolérance qu'en vertu d'un droit réel, vivant également à l'abri d'anciennes associations, Joupanies ou Zadrugas, au sud du Danube, qui, tout en leur procurant une certaine protection, garantissaient les propriétaires au point de vue des redevances en nature et du service militaire.

Dans de semblables milieux, les ressources fiscales des États, des gouvernements ne pouvaient guère être, surtout à la fin du xiv'= siècle, que des redevances en nature ou des monopoles dans les campagnes et des taxes locales dans les villes.

VIII. Dans l'Europe centrale, représentée par l'Empire germanique, il y a une distinction essentielle à faire, entre la partie de la Germanie que les Romains et Charlemagne, après eux, ont colonisée, l'Allemagne occidentale, l'Allemagne christianisée de bonne heure, et l'Allemagne orientale qui se relie à l'Europe orientale et se confond avec elle. La condition de l'Allemagne orientale (Brandebourg, Prusse, Bohème, Autriche) est à peu près la même à la fin du xiii" siècle que celle de l'Europe slave au point de vue des ressources fiscales; c'est ce qui sera établi plus tard. Au contraire, l'Allemagne occidentale, celle entre le Rhin et l'Elbe, participe, plus ou moins, des conditions générales, à cette époque, de l'Europe occidentale ou féodale.

IX. Les différences, si grandes et si persistantes, que nous aurons à constater dans les systèmes des États de l'Europe occidentale et orientale ont, en partie, leur explication dans l'histoire même de ces États, dans les conditions du développement qu'y a pris la civilisation. L'Europe orientale, malgré quelques importations provenant des colons allemando, n'a pas connu le véritable régime féodal, parce qu'elle n'a pas connu la civilisation romaine. Aussi le droit de propriété absolu, quiritaire et même la pleine et grandiose Hberté du citoyen romain, dont la civilisation romaine a transmis les modèles et la tradition à l'Europe occidentale, ne se retrouvent pas dans l'Europe orientale. Elle a, il est vrai, comme compensation une pratique immémoriale et admirable du droit d'association, pratique qui l'a soutenue dans les

SUPERlOniTE DE L\ COLONISATIOX OCCIDENTALE. / 50

épreuves douloureuses qu'elle a eu à supporter. Dans Tensemble, sa part a été', il semble, moins avantageuse que celle de l'Europe occidentale, mais l'avenir s'annonce comme meilleur. Bien que civilisée en partie par l'Eglise grecque orthodoxe, qui est reliée étroitement avec la civilisation byzantine, l'Europe orientale a été moins atteinte que l'Europe occidentale, par ce qu'il y a de délétère dans les traditions des anciennes civilisations, dont l'Empire romain a été l'héritier. Elle développe rapidement ses vastes ressources avec une grande liberté d'action; elle paraît comme appelée à exercer dans les vieux foyers primitifs de la civilisation des vallées du Tigre et de l'Euphrate, en Arménie, en Perse, dans l'Asie centrale, en Chine, dans toute la sphère de l'empire des Mongols, une influence bienfaisante, pacifique et civilisatrice.

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