‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 194 sur 228 · PROCHES ÉCONOMIQUE ET FISCALITÉ · texte numérisé non relu

PROCHES ÉCONOMIQUE ET FISCALITÉ

Nous n'avons pas cependant encore signalé, dans ces aperçus, le service décisif rendu à l'Europe occidentale par le régime féodal, service bien grand, puisqu'il a consisté à affranchir les populations féodales de tout tribut. Cet affranchissement est résulté de la constitution même de la propriété foncière ; le fief et les tenures comportaient rigoureusement le service militaire. Il n'est pas possible en étudiant les diverses formes de l'impôt de ne pas s'occuper du service militaire. Dans toutes les civilisations, chez tous les peuples, les impôts et le service militaire sont intimement unis. Cette solidarilé, la France, après l'avoir respectée et en avoir singulièrement profilé pour la formation, la conservation et la grandeur de sa nationalité, l'a méconnue, à partir de la mort de Louis XIV, jusqu'aux lois organiques de 1872. Le véritable courant de la Révolution n'était rien moins que militaire, de même que les gouvernements de 1814 et de 1830. Pendant toute la période féodale la possession du sol a comporté l'obligation militaire, obligation qui s'est affaiblie, puis qui a presque disparu pendant la période monarcliique. La constitution, la protection, la défense du territoire, sa sécurité extérieure contre les peuples voisins, alors presque nomades et fort dangereux, a été l'une des functions essentielles du régime féodal. De là, les classes, les familles militaires françaises qui sont loin d'avoir disparu et qu'on retrouve, encore aujourd'hui, dans notre nouvelle et grande armée nationale. Il y a des familles militaires féodales qui servent depuis dix siècles. Il en est de même en Allemagne, en Espagne, mais peut-être à un degré moindre en Italie et en Angleterre.

VII. Il n'était pas moins indispensable d'étudier la seconde des deux grandes régions entre lesquelles nous avons partagé l'Europe du v" à la fin du xive siècle. C'est la plaine du Nord avec ses dépendances, que les Romains n'ont que très imparfaitement connue et dans laquelle ils n'auraient apporté aucun élément des anciennes civilisations, sans la propagation du Christianisme, soit catholique, soit orthodoxe. La grande erreur de Napoléon I" et de Napoléon III, a été d'engager successivement la lutte contre les grands Etats qui se sont peu à peu constitués dans cette seconde région et dont la population représente actuellement 180 millions

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d'habitants, en ne comptant que rAllemagne du Nord, FAutriche- Hongrie et la Russie. Cne pareille masse d'hommes forme la moitié de la population actuelle de l'Europe. Si on y joint la population des parties de l'Europe sous la dépendance immédiate de ces Etats, on est amené à reconnaître que le mouvement de la civilisation et l'influence politique, obéissant fatalement au groupement des forces, sont appelés à changer de direction et à se reporter d'Occident en Orient. Il est donc du plus haut intérêt de savoir comment s'est accomplie l'œuvre de la civilisation et de la colonisation dans celte seconde région, quels ont été les éléments primordiaux des populations, quelles leurs institutions politiques et sociales, quels leurs systèmes fiscaux. C'est ce qui explique l'importance de la place que nous avons dû leur donner dans le tableau général de l'Europe à la fin du Moyen âge, car désormais leur place et leur influence ne cesseront de grandir.

Pendant la première partie du Moyen âge, toute cette seconde zone, formée principalement par l'immense plaine du Nord de l'Europe, se reliant elle-même aux plaines et aux steppes de l'Asie, constitue une sorte de territoire de parcours sur lequel se juxtaposent la plupart des tribus nomades de l'Europe et de l'Asie du Nord, appartenant à des races, c'est-à-dire à des étapes diverses de l'humanité. Nous en avons décrit les différents groupes, en montrant que, chez toutes, l'impôt existait sous des formes variées. Peu à peu, ces groupes, Confédérations ou peuples, se sont établis temporairement, de même que les Celtes avant César, les Germains avant Tacite, dans certaines parties de cette zone, sous des impulsions diverses, mais en général sous celle de familles anciennes, directricesj princières, devenues les familles royales ; fait général qu'il n'est pas possible de contester et qui rend compte, à lui seul, du contraste que présentent aujourd'hui les institutions politiques de l'Europe orientale avec celles de l'Europe occidentale.

Si, dans l'Europe occidentale, cette fixation sur le sol des nomades, si leur transformation en sédentaires a été une œuvre extrêmement longue et difficile, qui ne s'est réalisée que dans les foyers multiples et rigoureux des seigneuries et du régime féodal, combien cette œuvre a-l-elle été plus pénible dans l'Eu-

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rope orientale, reste'e ouverte à toutes les apparitions de nouveaux groupes nomades de l'Asie? C'est ce que nous avons tenu à établir en naontrant les diverses invasions qui avaient porté sur l'Europe orientale, spécialement celles des Mongols et des Tartares, qui ont exercé une si grande influence sur la Russie, c'est-à-dire sur le plus grand empire actuel du globe.

L'étude de cette fixation des populations nomades et de leur transformation en sédentaires dans l'Europe orientale, de l'occupation, de l'appropriation et de l'exploitation du sol, de leurs institutiorxS fiscales, ne pouvait être que du plus vif intérêt; c'est l'élude d'une colonisation, différente de celle de l'Europe occidentale, les éléments n'étant pas les mêmes, mais bien autrement vastes. A cet égard, les travaux exécutés dans ces dernières années sur la colonisation de l'Allemagne entière, puis de l'Europe orientale, depuis la Baltique jusqu'à bien au delà du Danube, et de l'Elbe au Volga, ne laissent pas l'ombre d'un doute et renouvellent le fonds même de l'histoire de la civilisation en Europe. L'honorable M. Lavisse, qui a si bien raconté ce mouvement dans le Brandebourg et la Borussie, ou Prusse du Nord, a cité des contrats de colonisation, avec de nombreux entrepreneurs, tout comme de nos jours pour le Brésil et l'Afrique australe.

A côté des colonisations par entreprise , nous avons montré les colonisations par occupation, comme celles si curieuses, de la Hongrie, de la Pologne, de la Roumanie, de beaucoup les plus importantes.

Dans ces colonisations on assiste à l'occupation du sol, soit par des sociétés d'entreprises, soit par des peuples tout entiers. Tel est le cas de la Hongrie. Dans les deux cas, on voit comment se sont établies les populations, comment s'est partagé le sol, comment s'est préparée, s'est constituée et s'est transmise la propriété foncière. En général, il y a eu dépossession, comme aux États-Unis, dans l'Afrique australe et en Australie de nos jours, d'une race inférieure. L'histoire des Slaves à cet égard est péremptoire ; néanmoins, il y a eu également des cas de transaction et d'assimilation, comme en Pologne et en Russie.

La direction de ces colonisations appartient aux chefs des

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