INTRODUCTION
Les pages qui suivent ont pour objel l’élude de l’organisation financière et militaire dans Jean- Jacques Rousseau et dans Mably. Les historiens qui se sont occupés de ces écrivains ont presque uniquement porté leur attention sur leurs doctrines sociales et politiques, au préjudice de leurs théories économiques et financières (1). Assurément, celles-ci n’offrentpas la méme valeur que les autres; elles n’ont pas exercé une influence aussi grande, eu un retentissement si prolongé. Dispersées en outre dans d'assez nombreux ouvrages, l'enchainement rigoureux d'un système coordonné leur manque : le simple lecteur peut difficilement les enfermer dans une vue d'ensemble. Est-ce à dire qu’elles
(1) Inversement, la Richesse des nations, d'A. Smith, a rejeté dans l'ombre la Théorie des sentiments moraux, du même auteur, celui de ses ouvrages pour lequel il avait une préférence marquée. Les doctrines économiques des physiocrates sont les seules pierres restées debout de leur édifice sociologique. Montesquieu, plus favorisé, a été étudié aussi bien au point de vue politique qu’au point de vue économique.
soient dénuées de tout intérél? En aucune façon. Les idées financières de Rousseau et de Mably n’ont sans doute que de lointains rapports avec la science telle que nous la concevons aujourd'hui. Si l'art des finances a élé pratiqué de loul lemps, ce n’est que très tardivement, à l'époque de la Renaissance, qu’il commence à avoir de sérieuses répercussions dans la doctrine, et à l’époque de Rousseau et de Mably, la science financière en est encore à chercher sa vraie méthode (1). La théorie de l'impôt, telle que la construisent les physiocrates, indique de leur part plus d’ingéniosilé et de logique que de véritable esprit scientique, el moins encore à Rousseau et à Mably qu'aux physiocrates on peut demander de se plier aux éludes minutieuses el aux multiples analysesnumériques qu'exige par exemple la solution du problème de l'incidence et de la répercussion des taxes. Aussi bien Rousseau et Mably ne s’inquièlent pas de cela. L'expérience et l’induclion leur sont inconnues. Leur théorie des charges publiques dérive comme un corollaire des principes généraux de leur système. Ils ne touchent méme
(1) V. le bref aper;u historique sur la Science des finances, dans le petit traité de Luiçi Cossa : Premiers éléments de la Science des finances (trad. Bonnet, 1899). Ii faut reconnaitre du reste que l’observation et la statistique tiennent une grande place dans les ouvrages financiers de Froumenteau, de Vauban et de Boisquilbert