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Son origine réaliste lui a donné parfois de la vulgarité. Il a souvent traité trop grandement des sujets médiocres, et il a trop facilement vu la vie par le côté anecdotiquc. Il a manqué de synthèse psychologique (sauf Degas). Il a trop volontairement nié tout ce qu'il y a sous la réalité apparente de l'univers, et affecté de séparer la peinture des facultés idéologiques qui régnent sur l'art tout entier. Par haine de l'allégorie académique, par défiance envers les symboles, les abstractions, les scènes romantiques, il a refusé de s'occuper de tout un ordre d'idées, et il a eu tendance à faire du peintre avant tout un ouvrier. Il le fallait au moment où il est venu, cela n'est plus nécessaire maintenant, et les peintres le comprennent d'eux-mêmes. Enfin, il a été trop souvent superficiel même dans l'obtention des effets, il a cédé au désir de surprendre les yeux, de jouer des tons pour l'amour de la virtuosité. Il donne souvent le regret de voir des symphonies de couleurs magnifiques dépensées pour exprimer des canotiers ou un coin de café, et nous en sommes venus à un degré d'intellectualité complexe qui ne se satisfait plus de ses thèmes rudimentaires. 11 y a eu des outrances inutiles, des défauts de composition et d'harmonie, et tout cela n'est pas niable.
Mais il serait injuste de tenir pour défaut le manqua de certaines qualités qu'excluaient les conditions ellesmêmes du mouvement. Il était impossible à l'impressionnisme de porter son plus grand efibrt vers la com-
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position, encore moins vers des sujets symboliques ou très complexes ; sa raison d'être était précisément la spontanéité devant la nature. Ses outrances compensèrent d'autres outrances. On a essayé de contester sa technique. On a dit que les toiles de Monet, désagréables par l'aspect même de la matière, se désagrégeraient rapidement à cause de l'introduction de la poussière dans les empâtements. Cela est inexact pour toutes les œuvres de la première période, qui, vues après vingt ou trente ans, apparaissent dorées, admirablement conçues pour la durée et la patine. Cela peut être plus vrai pour les Cathédniles qui sont exécutées d'une façon très singulière. Mais Manet, Renoir ont donné à leurs œuvres une solidité indéniable, elles vieillissent superbement, les tons purs ne s'influencent pas et la chimie secrète des couleurs joue simultanément dans toutes les tonalités sans en altérer l'harmonie, et les Degas, très légers de matière, restent aussi nets que lorsqu'ils furent créés, au lieu que les a^uvres académiques sont décomposées par le bitume et les terres d'ombre. Semblant des improvisateurs, les techniciens impressionnistes ont été de parfaits ouvriers, ils ont donné à la peinture de demain un immense répertoire de procédés : c'est là, plus que leur néoréalisme, leur contribution capitale à la peinture française.
Leur art demeure séduisant par des dons qui enthousiasmeront toujours, la hberté, la fougue, l'éclat, la
MARY CASSATT. — Portrait.
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verve, la joie de peindre el la passion des belles lumières. C est, en somme, le plus grand mouvement pictural que la France ait vu depuis Delacroix, et il termine glorieusement le xix" siècle en ouvrant celui-ci. 11 a accompli ce grand fait de nous avoir replacés en présence de notre véritable lignée nationale, bien plus que le romantisme qui était mêlé d'éléments étrangers. C est bien là une peinture qui ne pouvait être conçue qu'en France, et il faut remonter jusqu à Watteau pour retrouver la même impression. Il a apporté une renaissance presque inespérée, et c'est ce qui lui assure son plus incontestable litre à la reconnaissance de la race. Il a exercé sur la peinture étrangère une inlluence très appréciable. Parmi les principaux peintres ralliés à ses idées et à ses recherches, on peut citer, en Allemagne, M. Max Liebermann, qui a été le chef de la réaction réaliste contre le style romantique et symboliste de Bocklin, de Stûck et de leurs élèves vite dégénérés, autaut que contre le piteux académisme de l'école de Dusseldorff et le goût encouragé par l'empereur. Auprès de M. Liebermann se sont rangés divers peintres de mérite, entre autres, MM. (Jothardt Knehl et Karl Kcx'pping. Fn Norvège, les brillants succès de M. Tliaulow, trop parisianisé aujourd hui, ne feront pas oublier de sérieux artistes comme MM. Cari Larsson et Skredsvig, auxquels s'est joint récemment le fougueux coloriste Diriks. Le Danemark est représenté par un considérable peintre, M. Kroyer.
La Belgique a affirmé par les expositions des XX et les Salons de la Libre Esthétique ses vives sympathies pour l'impressionnisme : MM. van Ryssclberglie, Emile Claus (celui-ci digne émule de Monet en ses admirables paysages), Verlieyden, Heymans, Willaert, Verstraete, Yytsman, Baertsoen, Morron, M"" Anna Boch, ont constitué un groupe compact d'impressionnistes auprès de symbolistes intéressants comme MM. Xavier Mellery, Henry de Groux, James Ensor et Willy Schlobach : encore la technique de ces trois derniers se rapproche-t-clle souvent du coloris de Renoir ou du pointillisme. En Espagne, auprès de M. Zuloaga qui n'est pas sans rapports avec Manet, M. Dario de Regoyos a adopté la division des tons très rigoureusement, et M. Sorolla y Bastida est nourri d'impressionnisme. En Italie, le regretté Segantini y inclinait dans ses derniers paysages alpestres, et M. Boldini s'est fortement nourri de Degas avant d'incliner vers l'art mondain. En Amérique, rinilucnce a été moins sensible, ainsi qu'en Angleterre : le regretté John LcAvis-Brown a été imbu de Degas et de Monet, tandis que des personnalités comme celles de M. Dannat, de M. Alexander, de MM. Lavery et Guthrie, sont inspirées de Whistler, qui fut le compagnon de la première heure des impressionnistes sans partager leurs idées. M. Sargent, qui a des affinités évidentes avec Besnard, est un grand virtuose sensuel, isolé. Mais nombre de jeunes peintres de Glasgow, de Baltimore